Rosa a empoisonné son compagnon lors d’un séjour à Figueira da Foz, au Portugal, avec la complicité de ses proches. L’argent et l’amour sont de possibles mobiles du crime.
Quatre prévenus, des dizaines de versions différentes au fil de l’instruction et de la confusion : le procès de l’empoisonnement de Marco, un ressortissant portugais, a débuté lundi matin face à la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Le 5 août 2021, un corps est retrouvé dans un fleuve, le Mondego, près de Figueira da Foz, au Portugal. Deux jours plus tard, Fatima se rend à la police grand-ducale pour signaler la disparition de son frère, Marco, qui n’est pas rentré de vacances, au Portugal justement.
Les quatre ressortissants portugais sont jugés pendant une semaine au Luxembourg, leur pays de résidence. Rosa, Maria, Marco Antonio et João sont accusés de s’être débarrassés de Marco après une prétendue demande en mariage à Rosa, 49 ans, le 2 septembre 2021. La troisième tentative a été la bonne. Après avoir essayé de l’empoisonner avec de l’acide sulfurique et de la mort-aux-rats, c’est finalement un insecticide soumis à autorisation, le Karate Zeon, qui fera l’affaire. Marco est décédé, mais la police observe toutefois des mouvements sur ses comptes en banque et ses réseaux sociaux. Rosa est filmée à un distributeur d’argent.
La police n’a plus qu’à dérouler le fil. Celui du téléphone en l’occurrence. Maria, la mère, et Rosa, la fille, sont mises sur écoute. Ne se doutant de rien, elles évoquent les faits de manière à peine voilée, selon un enquêteur de la police judiciaire. Une cousine, notamment, dit qu’elle a dû procurer «un médicament pour les scarabées» et ne devait pas en parler à la victime. On évoque des chiens empoisonnés. Deux semaines avant les faits, Rosa aurait versé des laxatifs dans le vin de Marco «pour qu’il se sente mal et tombe du toit» sur lequel il travaillait.
Un poison intraçable
Rosa paraissait déterminée à faire coûte que coûte disparaître son compagnon. Au point d’impliquer ses proches : sa maman, son fils et João, le compagnon de sa maman. Le mobile ? L’argent ou l’amour. L’enquêteur n’en est pas certain. Rosa pensait pouvoir faire main basse sur l’assurance vie de Marco, qu’elle pensait garnie de «300 000, 400 000 ou 500 000 euros». En réalité, elle n’était que de 15 000 euros et avait été annulée un an plus tôt faute de versements. Rosa l’ignorait.
Reste l’amour. Les enquêteurs apprennent que Rosa entretenait une relation amoureuse clandestine avec João, le compagnon de sa mère. Elle s’est même fait tatouer son nom tandis qu’il a fait des recherches en ligne pour trouver «un poison qui ne laisse pas de trace». En public, après le décès de Marco, Rosa essaye de noyer le poisson et crée de fausses pistes pour écarter les soupçons. Les enquêteurs luxembourgeois et portugais ne sont pas dupes. Le 9 mars 2022, les quatre prévenus sont inculpés et des perquisitions ont lieu.
«Au bout de quelques heures d’audition, Rosa a avoué avoir tué Marco. Elle disait qu’il la maltraitait depuis des années», rapporte l’enquêteur. «Elle aurait partagé son plan avec les trois autres prévenus. Elle avait mélangé 125 ml d’insecticide avec un somnifère.» Marco se serait, selon ses aveux, réveillé pendant la nuit pour vomir. Il ne tenait plus debout. Aidée de sa mère, Maria, Rosa l’a conduit jusqu’à un ponton pour le jeter dans le fleuve.
João n’aurait appris la disparition que le lendemain. «Il a nié être impliqué dans le décès de Marco» lors de sa première audition à la police. Maria a, dans un premier temps, évoqué une disparition volontaire avant de reconnaître que sa fille lui avait confié vouloir se débarrasser de la victime. Marco Antonio, le fils de Rosa, nie toute implication dans la mort de Marco. Il a vu sa mère le soutenir la nuit des faits. «Il n’était au courant d’aucun plan, mais pense que sa mère a voulu se débarrasser de lui pour vivre son histoire avec João», ajoute le policier.
Il entendra encore d’autres versions plus contradictoires les unes que les autres lors des auditions qui suivront. Difficile dans ces conditions de comprendre le degré d’implication des uns et des autres dans cette affaire.
Ce matin, un médecin légiste reviendra en détail sur la cause de la mort et sur la date. Des témoins seront également entendus depuis le Portugal.