Depuis des années, ils vivaient comme des colocataires. Quand Simone lui a annoncé avoir rencontré un autre homme, Patrick l’a fait disparaître avant de signaler sa disparition.
Le 30 septembre 2023, Patrick se rend à la police pour signaler la disparition depuis la veille de son épouse âgée de 58 ans. Un appel à témoins est lancé. Une semaine plus tôt, Simone a annoncé au prévenu avoir rencontré un autre homme et vouloir divorcer. Trois jours plus tard, Patrick avoue l’avoir tuée dans la nuit du 28 au 29 septembre 2023.
Avant ces aveux, la police déploie les grands moyens pour passer le pays au peigne fin afin de retrouver Simone. Sans succès. Elle ne se trouve pas non plus auprès de son amant en Allemagne. La voiture de Simone est finalement découverte sur le parking de la poste à Echternach, à proximité du lieu de travail de la disparue.
Le 2 octobre 2023, Patrick se présente à nouveau à la police, «car il voulait changer quelque chose à l’appel à témoins». Un ami lui a proposé de vérifier les caméras de vidéosurveillance dans les environs. Le prévenu doit réaliser qu’on pourrait l’y voir et que sa version risque de ne pas tenir bon. Il a dans un premier temps indiqué aux policiers que son épouse était partie travailler le 29 septembre 2023 à 7 h.
Sa requête éveille les soupçons de la police et de la fille du couple. Patrick reconnaît avoir conduit la voiture qui appartient depuis 30 ans à son épouse pour «lui jouer un tour, car elle s’était bien amusée la veille». Il dit s’être ensuite rendu en bus à son travail au Grand Théâtre à Luxembourg «alors qu’il était en congé».
Petit à petit, l’étau se resserre autour du prévenu de 66 ans, même si, dans un premier temps, il essaye de dissimuler son implication dans la disparition de Simone. Il participe aux recherches pour la retrouver, lui téléphone, joue au mari éploré et délaissé, envoie un message à son épouse pour lui demander de préparer du saumon alors qu’il vient de faire disparaître son corps et a réponse à tout. Malgré les incohérences relevées par les enquêteurs. Notamment sur les traces de sang trouvées dans l’encadrement de la porte d’entrée ou le sac de Simone.
Des repérages «au cas où»
«Il était froid et calme», indique un enquêteur du service Infractions contre les personnes de la police judiciaire. «Cela ne correspondait pas à la situation. Il parlait d’elle au passé de manière monotone comme si elle n’allait jamais revenir.» Patrick aurait également confié aux policiers «être incapable de faire du mal à son épouse et être une épave». Avant de passer aux aveux à la fourrière de Sanem, «quand il s’est rendu compte des moyens dont dispose la police».
Une dispute aurait éclaté entre le couple qui se connaissait depuis 40 ans. Patrick reconnaît finalement lui avoir asséné un coup de poing qui lui a cassé le nez avant de l’étrangler. «Je lui ai dit, tu as pris ma vie, je te prends la tienne, pendant que je serrai très fort.» L’enquêteur lit les aveux de Patrick à la barre de la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. «Je me suis souvenu que ma femme voulait un enterrement en forêt.»
Il a embarqué le corps de Simone dans sa voiture et l’a balancé dans un ravin sur la route d’Echternach, dans une forêt près de Scheidgen. Le lendemain, il est retourné sur place pour s’assurer que le corps était bien dissimulé sous des branchages et a jeté le smartphone de Simone dans un étang sur le chemin du retour.
Juste avant, il a dévêtu son épouse et placé ses vêtements dans des sacs-poubelles dont il s’est débarrassé au Grand Théâtre.
Des images de vidéosurveillance.
Patrick avait revêtu Simone d’une combinaison de peintre noire et recouvert le haut de son corps avec un sac en plastique attaché avec du ruban adhésif. Comme si de rien n’était, il a continué sa vie. «Il semblait avoir clos le chapitre de sa vie de couple», note le policier. «Il parlait d’elle comme un objet et nous a décrit la mise à mort sans montrer d’émotion.»
La dépouille de Simone a été retrouvée le 3 octobre 2023. Aux enquêteurs, Patrick assure ne pas avoir prémédité son acte. Il y aurait juste réfléchi «au cas où». «Il avait déjà visité l’endroit où il a déposé le corps et a acheté deux combinaisons de peintre et le ruban adhésif « au cas où »», rapporte le policier qui poursuit sa lecture de la déposition de Patrick. «Si elle avait été sobre, il ne se serait rien passé à 80 %.» Rien n’est moins sûr.
Outre ses repérages et ce qui pourrait passer pour des actes préparatoires, Patrick aurait prévenu Simone qu’elle «avait eu de la chance qu’il ne l’ait pas encore étranglée», selon une amie du couple.
Ce jeudi après-midi, des experts psychiatres exposeront leurs conclusions concernant la personnalité du prévenu et son comportement.