Abdelkrim Bellot, accusé d’être l’auteur de la fusillade de Villerupt, qui a fait cinq blessés dans cette commune du nord de la Lorraine en 2023, a été condamné vendredi à Nancy à 30 ans de réclusion criminelle.
Au terme de trois heures de délibéré, la cour d’assises de la Meurthe-et-Moselle a prononcé cette peine, assortie d’une période de sûreté des deux tiers, soit 20 années. L’avocate générale Sophie Partouche avait requis la peine maximale, la réclusion criminelle à perpétuité, estimant que l’unique autre option qui s’offrait aux jurés était de prononcer «30 ans de réclusion», comme cela a donc été finalement le cas.
Abdelkrim Bellot, 40 ans, a été reconnu coupable de «tentative d’assassinat» pour avoir blessé par balles cinq personnes alors âgées de 17 à 30 ans, sur la place centrale de Villerupt, au niveau d’un porche connu pour abriter un point de deal, le 13 mai 2023.
«C’est hyper important pour les victimes. La peine leur importe peu, elle est à la hauteur du drame que cela représente mais ça, ça ne les regarde pas. Ce qui est important, c’est que le responsable a été condamné», a déclaré à l’AFP Nicolas Braun, avocat de deux victimes.
Peine «adaptée»
«C’est une peine satisfaisante», a aussi déclaré à l’AFP Thomas Kremser, avocat de deux victimes, dont Kenzo, aujourd’hui âgé de 20 ans, en fauteuil roulant. Mais «mon client a déclaré à l’audience qu’il avait pris perpétuité», avec des séquelles à vie après avoir été touché en pleine tête lors de la fusillade, a-t-il rappelé.
Ses clients sont néanmoins «extrêmement satisfaits que la thèse de M. Bellot (selon laquelle il n’était pas le tireur, ndlr) n’ait pas été retenue par la cour d’assises», a poursuivi l’avocat.
«La peine est tout à fait adaptée à la situation et à la gravité des faits», a aussi estimé Pierre Amadori, avocat d’Erwan, 22 ans. «Trente ans, c’est une peine significative, c’est un marqueur important. Et 20 ans de sûreté, c’est important aussi pour les victimes, c’est quelque chose qui les rassure. Ce sont des gens qui ont peur».
Ayant reconnu durant toute l’enquête être le tireur, M. Bellot a changé de version à son procès, assurant que le tireur était une mystérieuse connaissance rencontrée «au Luxembourg», un homme «sans-papiers» qui se serait « porté volontaire » pour venger son frère, victime d’une violente agression trois semaines auparavant.
«Je vous jure que ce n’est pas moi qui ai tiré», a déclaré l’accusé auquel la parole a été donnée en dernier avant la clôture des débats. «Je suis innocent», a-t-il dit, niant avoir tiré mais reconnaissant une «part de responsabilité». Il a aussi présenté ses excuses aux victimes. Gianni, Kenzo, Alexandre, Erwan et Sabrina ont tous reçu au moins une balle dans la partie supérieure du corps, entraînant un immense traumatisme et des séquelles physiques.
Lourd passé judiciaire
Dans son réquisitoire, Mme Partouche avait évoqué les «aveux circonstanciés» de l’accusé à plusieurs reprises, son identification par de « très nombreux témoins » ayant reconnu sa voix ou son allure. Mais pour l’avocat de la défense, Thomas Hellenbrand, qui avait plaidé l’acquittement, «il n’y a pas de preuve matérielle» et «scientifiquement acceptée» qui permettrait de dire que son client est le tireur.
Il a regretté que le juge d’instruction et l’accusation aient «fait l’économie de la recherche de preuves» et notamment d’analyses ADN sur la vingtaine de douilles retrouvées sur les lieux.
En détention, Abdelkrim Bellot avait réalisé des vidéos sur TikTok – réseau social sur lequel il compte 5.000 abonnés – dans lesquelles il revendiquait à nouveau les faits, affirmant avoir «rafalé, sans pitié», car à ce moment-là, il était «en guerre» pour venger un de ses frères, victime d’une humiliante agression, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux.
«Il a passé autant de temps de sa vie en prison qu’à l’extérieur», a rappelé Mme Partouche, avec 38 mentions au casier judiciaire, pour 140 infractions enregistrées. Des «peines courtes» pour l’immense majorité, selon Me Hellenbrand. L’accusé dispose de 10 jours pour faire appel.