La CGFP fustige la création, sous le droit privé, de deux entités chargées de l’approvisionnement du secteur de la santé en médicaments et en matériel. Le litige avec le gouvernement s’accentue.
Le syndicat de la fonction publique dit avoir vécu une année 2025 «particulière». Le président Romain Wolff met ainsi en avant le nouvel accord salarial qui prévoit notamment une revalorisation des traitements des agents de 2 % pour 2025 et 0,5 % pour 2026.
La CGFP et ses sous-organisations – y compris le syndicat partenaire de la fonction communale (FGFC) – ont également raflé la mise lors des élections sociales dans le secteur public, en décrochant 27 des 29 sièges à occuper à la Chambre des fonctionnaires et employés publics (CHFEP).
«Mais il y a aussi eu le pseudo-débat autour de la réforme des pensions. On a vécu une tripartite qui ne devait pas porter ce nom, qui a connu une fin abrupte, malheureusement sans accord. Et cette année est marquée par un dialogue social qui est mis à rude épreuve», résume Romain Wolff.
Il déplore de ne pas pouvoir compter sur le soutien des députés, qui devraient selon lui «rejeter des réformes contraires aux intérêts du pays et de ses habitants». Le gouvernement aurait, dès le début de son mandat, lancé de tels projets sans rechercher un large consensus.
Une belle brochette d’élus du CSV, du DP, du LSAP, de l’ADR et de déi gréng se trouvait hier soir aux premières loges pour entendre cette critique.
Le «plat de résistance» de la Conférence des comités de la CGFP, traditionnellement organisée en décembre, a été «servi» par le secrétaire général Steve Heiliger.
Les piques contre l’exécutif mené par le Premier ministre, Luc Frieden, se sont multipliées et intensifiées lors de son discours. La réforme des pensions, qui doit être adoptée jeudi soir, constituerait «le premier pas vers une réorientation en profondeur de la prévoyance vieillesse, en passant d’un système par répartition à un système capitaliste». Une évolution intolérable aux yeux de la CGFP.
Le dossier majeur mis lundi soir sur la table réside dans les plans de la ministre Martine Deprez visant à réorganiser l’approvisionnement du système de santé public.
Deux entités sont en cours de création : l’Agence luxembourgeoise des médicaments et produits de santé (ALMPS) et la Centrale nationale d’achat et de logistiques (CNAL).
Ces deux structures, «lancées en cachette, sans véritable consultation de la CGFP ou de la CHFEP», sont des établissements publics qui vont fonctionner sous le statut privé. «Dans un domaine aussi sensible que la santé!», s’échauffe Steve Heiliger.
«Un vrai dialogue social, dans tous les ressorts»
Le syndicat de la fonction publique a engagé une procédure de litige, au vu du refus de la ministre d’engager des pourparlers. Martine Deprez est restée de marbre et a soumis au vote de la Chambre le projet de loi créant la CNAL.
«C’est incroyable! Retirer à la direction de la Santé des services et des missions pour les conférer à des établissements publics ressemblant à une entité privée favorise la privatisation de services publics», fustige le secrétaire général.
La CGFP se veut très claire : «Toute privatisation du service public est inadmissible.» «Une privatisation progressive va mener à long terme à une médecine à deux vitesses. Nous allons continuer à plaider pour que chaque citoyen, indépendamment de son revenu et de ses origines sociales, ait le meilleur accès possible aux soins», martèle Steve Heiliger.
La ministre est appelée à retirer le projet de loi portant création de l’ALMPS, afin d’ouvrir la voie vers la conciliation demandée par la confédération syndicale.
La CGFP continuerait à défendre «avec respect envers le gouvernement, mais surtout avec détermination, les intérêts de la fonction publique, sans perdre de vue ceux du Luxembourg dans son ensemble».
«La condition pour réussir est la volonté de mener un vrai dialogue social, dans tous les ressorts», lance Steve Heiliger à l’adresse du gouvernement CSV-DP. Du côté du syndicat, la volonté d’avancer en misant sur des pourparlers constructifs serait, en tout cas, bien présente.