Quelques mois seulement après la Cour des comptes, la Patiente Vertriedung asbl remet sur la table sa revendication d’introduire une taxe sur les boissons sucrées au Luxembourg. Une mesure déjà refusée par le gouvernement, mais que l’association juge aujourd’hui plus pertinente que jamais.
La Patiente Vertriedung asbl accueille favorablement la publication du rapport «Gesond Gesellschaft duerch Präventioun» de l’Observatoire national de santé. Dans un communiqué, l’association «accueille favorablement le rapport […] qui confirme que la majorité des maladies chroniques au Luxembourg sont évitables grâce à des politiques de prévention efficaces et fondées sur des données probantes».
Le document met en lumière le poids des facteurs de risque tels que le tabac, l’alcool, l’alimentation déséquilibrée et l’inactivité physique. Des éléments qui, rappelle l’asbl, «ne relèvent pas uniquement de choix individuels, mais sont profondément influencés par l’environnement social, économique et réglementaire». Elle insiste notamment sur le fait que «les patients issus de milieux défavorisés en subissent les conséquences de manière disproportionnée».
Une demande formulée dès 2024
Pour l’association, ces constats viennent renforcer une revendication ancienne, «déjà formulés en 2024, notamment à travers son communiqué en faveur d’une taxe sur le sucre dans les soft-drinks» face à la progression des maladies chroniques.
En mars 2024, la Patiente Vertriedung plaidait en effet «en faveur de l’introduction d’une taxe sur le sucre dans les soft-drinks au Luxembourg, similaire à celle mise en œuvre au Royaume-Uni». Elle s’appuyait alors sur des chiffres jugés «alarmants», soulignant qu’«un enfant sur cinq âgé de 11 à 12 ans est en surpoids, et un enfant sur trois a des caries non traitées».
L’objectif affiché n’était pas tant budgétaire, mais plutôt préventif : «L’objectif n’est pas de prendre plus d’argent aux consommateurs.», soulignait l’association à ce propos. Selon elle, une telle taxe devrait avant tout encourager les fabricants à «réduire la teneur en sucre de leurs produits» et contribuer à une «amélioration durable de la santé publique».
Un levier de régulation jugé efficace
La Patiente Vertriedung met en avant l’exemple britannique, où l’introduction d’une taxe différenciée selon la teneur en sucre aurait entraîné une «reformulation des recettes» et une «baisse de la consommation». Elle évoquait notamment une «diminution significative des cas d’obésité infantile» ainsi qu’un «impact positif sur la santé dentaire».
Aujourd’hui, l’association considère que le nouveau rapport conforte cette approche et rappelle que «la prévention n’est pas une question de morale ou de discipline individuelle, mais une responsabilité collective et politique». À ses yeux, seule une action «structurelle et réglementaire permettra de réduire durablement les inégalités sociales de santé».
Une stratégie nationale à renforcer
Dans son communiqué, l’asbl appelle «à des mesures structurelles contraignantes, intégrées dans une stratégie nationale de prévention ambitieuse, transparente et centrée sur les droits des patients». Elle estime qu’une taxe sur les boissons sucrées s’inscrirait pleinement dans cette logique et pourrait constituer un signal fort en matière de santé publique.
En novembre dernier, la Cour des comptes avait, elle aussi, proposé l’introduction d’une taxe sur le sucre, qui «pourrait constituer une mesure stratégique à double finalité», de prévention sanitaire et pérennité des recettes fiscales.
Refusée à plusieurs reprises par le gouvernement ces dernières années, la taxe soda revient ainsi au cœur du débat. Portée de longue date par la Patiente Vertriedung, pourrait-elle, à la lumière des nouvelles données sanitaires publiées, retrouver une actualité politique inattendue ?