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Rétrospective 2025 : une année politique sous haute tension


Selon l’Union OGBL-LCGB, quelque 25 000 personnes ont battu le pavé à Luxembourg, le 28 dernier, pour s'opposer à la politique du gouvernement. (Photo : hervé montaigu)

Le différend majeur entre les syndicats et le gouvernement a marqué les douze derniers mois. Ni les rondes sociales en été, ni les réunion bipartites en automne n’ont réussi à calmer les ardeurs. Le Grand-Duché a ainsi connu une mobilisation sans précédent depuis 2009. Et la démission d’un ministre. On oublierait presque qu’un nouveau Grand-Duc a pris les rênes du pays.

Guillaume, nouveau Grand-Duc et chef de l’État

Le Grand-Duc Guillaume a prêté serment devant la Chambre des députés, au côté de la Grande-Duchesse Stéphanie. (Photo : julien garroy)

Le temps d’un week-end, les tensions politiques et sociales qui ont marqué 2025 ont été mises entre parenthèses. Au matin du 3 octobre, sur le coup de 10 h, le Grand-Duc Henri signe son abdication au Palais grand-ducal. Le souverain était devenu chef de l’État le 7 octobre 2000. Après avoir célébré ses 25 ans de règne et ses 70 ans autour de la fête nationale, Henri cède la main au Grand-Duc héritier.

«Vous avez littéralement consacré toute votre vie au service de notre pays, avec une loyauté sans faille», notait le Premier ministre, Luc Frieden, lors de l’hommage rendu au chef de l’État sortant. «Le peuple luxembourgeois, nous tous, n’aurions pu souhaiter de meilleur souverain. Car vous avez exercé cette fonction avec tout votre cœur et toute votre énergie», ajoutait le chef du gouvernement, avant de conclure : «Vous avez profondément marqué le Luxembourg».

Peu après 11 h,  en ce 3 octobre 2025, le nouveau Grand-Duc Guillaume prête serment devant la Chambre des députés.

«Vous serez confronté à d’autres défis que vos ancêtres. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui remet de plus en plus en question les valeurs qui nous sont chères», avançait Claude Wiseler, le premier citoyen du pays, en s’adressant au nouveau chef de l’État. «Nous sommes convaincus de pouvoir surmonter ces défis. Et ceci est d’autant plus aisé lorsqu’un pays a un chef de l’État dont on sait d’avance qu’il défendra, quoi qu’il arrive, les valeurs de notre pays et de notre société : la démocratie, la solidarité, la liberté et le respect. Nous vous faisons confiance», complètait le président de la Chambre.

Le Grand-Duc profitait de son discours du trône pour «promettre d’être au service de l’ensemble des habitants de notre pays, et d’agir, en toutes circonstances, dans l’intérêt de la nation. Je m’engage à rester toujours à l’écoute et à œuvrer à la recherche de solutions communes. J’agirai avec intégrité, je resterai authentique, et je servirai notre pays avec loyauté et honnêteté».

Une grande fête populaire, organisée le 4 octobre, est venue compléter ce moment historique pour le Grand-Duché.

 

Le 28 juin comme tournant

La Place Guillaume-II était aux couleurs des syndicats OGBL et LCGB. (Photo : fabrizio pizzolante)

L’année 2024 s’était clôturée par la menace de l’OGBL et du LCGB de décréter une grève générale afin de ramener à la raison un gouvernement, dont le seul objectif serait de détruire les syndicats. La réforme des pensions, mais aussi les cavaliers seuls pour libéraliser le travail dominical et les heures d’ouverture dans le commerce, sont les principales raisons de la fronde menée par le camp syndical.

Début janvier, le Premier ministre, Luc Frieden, avait tenté, en vain, de calmer les ardeurs. Lors des congrès respectifs du LCGB et de l’OGBL, le ton monte encore. La grande manifestation nationale du 28 juin, annoncée dès la fin janvier, est précédée, le 20 juin, par la création de la nouvelle Union des syndicats OGBL-LCGB. Il s’agit d’une alliance inédite entre deux formations qui n’ont eu cesse de se chamailler depuis de longues années.

«Ils ont tenté de nous détruire et ont atteint le contraire. La politique tente encore ces jours-ci de nous diviser. Nous ne pouvons désormais plus être divisés. Ce message doit être compris et entendu. Cette alliance est faite pour durer», soulignait alors Nora Back, la présidente de l’OGBL.

Le jour J ce sont, selon les organisateurs, quelque 25 000 personnes qui battent le pavé dans les rues de la capitale. Le Luxembourg n’a plus connu de manifestation d’une telle envergure depuis 2009. Le message envoyé au gouvernement est sans équivoque.

«Nous ne laisserons personne nous enlever nos acquis! Des générations de syndicalistes sont descendues dans la rue pendant des décennies, ont fait grève, ont parfois risqué leur vie pour que nous disposions aujourd’hui de nos conditions de travail et de salaire (…) et nous ne laisserons ni Luc Frieden, ni Georges Mischo (photo), ni personne d’autre tout détruire!», clamait Patrick Dury, le président du LCGB, sur une place Guillaume-II comble.

Suivront trois rondes sociales en format tripartite, fin juillet et début septembre, sans qu’un accord puisse être trouvé. Seule concession majeure : les syndicats vont, contrairement à ce qui avait été envisagé, garder leur monopole pour négocier et signer des conventions collectives. Toujours insuffisant pour OGBL et LCGB qui refusent, mi-septembre, de retourner siéger au Comité permanent du travail et de l’empoi (CPTE). La démission, le 8 décembre, du ministre du Travail, Georges Mischo (lire ci-contre), a stoppé net les avancées lors de deux réunions bipartites, organisées à l’automne, sur la réforme de l’organisation du temps du travail.

 

Pensions et commerce : CSV et DP passent en force

La ministre de la Sécurité sociale, Martine Deprez, a défendu à la tribune de la Chambre les ajustements finalement décidés par le gouvernement. (Photo : julien garroy)

Le 13 mai, lors de sa déclaration sur l’état de la Nation, le Premier ministre, Luc Frieden, annonce que le gouvernement compte prolonger de trois mois par an la carrière de cotisations avant de pouvoir partir à la retraite. Le maximum de la formule présentée était une carrière allongée de cinq ans, le tout afin de rapprocher l’âge de départ effectif (60 ans) de l’âge de départ légal (65 ans).

Rapidement, la ministre de la Sécurité sociale, Martine Deprez (photo), s’est vu forcée de rétropédaler et de préciser les mesures. Trop tard pour calmer les ardeurs des syndicats OGBL, LCGB et CGFP. Les rondes sociales en format tripartite, ayant suivi la grande manifestation nationale du 28 juin (lire ci-contre), n’ont pas permis de ficeler un accord avec le camp syndical et patronal. Mais la coalition CSV-DP s’est vu obligée de revoir ses ambitions vers le bas.

La réforme finalement votée fin décembre prévoit une augmentation progressive de la carrière d’un mois, avec un maximum de huit mois de plus en 2030. La formule concerne les personnes qui souhaitent bénéficier d’une retraite anticipée à 60 ans. Les salariés ayant pleinement cotisé pendant 40 ans peuvent toujours prendre leur retraite à 57 ans. Les cotisations augmentent dès cette année 2026 de 24% à 25,5%, soit 0,5 point de pourcentage de plus à prester respectivement par l’État, le salarié et le patron. Une autre mesure est la flexibilisation des années d’études pour le calcul de la carrière de cotisation.

L’ensemble des ajustements repousse les dates critiques du système de pensions de quelques années. Une autre réforme doit suivre à l’horizon 2030.

CSV et DP ont aussi validé la généralisation du travail dominical dans le commerce de quatre à huit heures, et l’extension des heures d’ouverture des magasins. Des conventions collectives sont obligatoires pour bon nombre d’entités qui souhaitent profiter de ce nouveau cadre légal.

La loi sur le travail du dimanche est en vigueur depuis le 1er janvier 2026.

Il faudra attendre juin pour que les commerces puissent ouvrir, en semaine, de 5 h à 21 h, et le week-end de 5 h à 19 h.

 

Le ministre Mischo saute, Spautz appelé à sauver les meubles

Georges Mischo sortant du Palais, le 11 décembre dernier, après avoir été reçu en audience de congé par le Grand-Duc. (Photo : julien garroy)

Le couperet est tombé le matin du 8 décembre. Le Premier ministre, Luc Frieden, informe la presse que le ministre du Travail et des Sports, Georges Mischo, lui avait présenté sa démission. «Ces derniers jours et ces dernières semaines, (il) s’est sans cesse retrouvé sous le feu des critiques. Il a été attaqué d’une manière qu’il a souvent ressentie comme injuste et blessante.» Ces attaques l’empêcheraient de «continuer à exercer ses fonctions avec la sérénité et l’objectivité indispensables pour se consacrer pleinement aux dossiers qui lui ont été confiés».

La situation de Georges Mischo était devenue intenable. La semaine ayant précédé sa démission, nos confrères de Reporter.lu ont révélé que le ministre des Sports avait signé un protocole d’accord avec un promoteur privé, chargé de planifier et réaliser un musée des Sports sur la lentille Terres Rouges à Esch-sur-Alzette. Le Conseil de gouvernement n’avait pas connaissance de ce document.

Depuis octobre 2024, Georges Mischo se trouvait aussi confronté à des attaques incessantes de la part des syndicats OGBL et LCGB. En cause : son style, son manque de compétences et un dénigrement supposé du camp syndical. Toute tentative de renouer le dialogue social, avec le soutien du Premier ministre, est restée sans succès. La manifestation nationale du 28 juin, suivie de l’échec des rondes sociales, a aussi affaibli le ministre du Travail.

Les réunions bipartites, lancées en automne pour négocier une réforme de l’organisation du temps de travail, ont permis de retourner à un ton plus constructif. L’Union OGBL-LCGB a cependant remis un coup de pression, dans une lettre acerbe adressée au Premier ministre, et lors d’une conférence de leurs délégués, le 2 décembre.

Le successeur de Georges Mischo comme ministre du Travail est Marc Spautz. L’ancien syndicaliste, et désormais ex-chef de la fraction du CSV à la Chambre, s’est présenté tout au long des derniers mois comme un allié des syndicats. Luc Frieden l’a chargé de renouer le dialogue social, de préférence en format tripartite. Une certaine marge de manœuvre lui est accordée, mais, souligne le Premier ministre : l’accord de coalition doit être respecté.

La ministre de l’Agriculture, Martine Hansen, a été nommée ministre des Sports.

 

Un malaise d’envergure à l’université du Luxembourg

Le recteur Jens Kreisel a annoncé la mise en place d’un groupe de travail pour mettre les choses au clair. (Photo : alain rischard)

Le 12 novembre, une quinzaine de personnes, étudiants, professeurs et employés administratifs, décrivent dans nos colonnes un climat toxique au sein de l’université du Luxembourg, doublé de pratiques abusives.

Alors que l’institution prend la tête du classement Randstad 2025 des employeurs les plus attractifs du pays et que les résultats du dernier rapport d’évaluation externe lui sont favorables, depuis la rentrée, des voix se sont élevées pour dépeindre une tout autre réalité.

À l’image de cette action inédite, au cours de laquelle cinq étudiants et professeurs avaient déployé une banderole sous les fenêtres de la Chambre des députés le 16 septembre, de nombreux commentaires négatifs ont été postés en ligne ces derniers mois dans un groupe de discussion dédié à l’emploi, et des enseignants s’estimant victimes de mesures de rétorsion ont même saisi la justice.

Dans ce contexte hautement inflammable, mettant directement en cause l’université  pour la première fois en 22 ans d’existence, tous les interlocuteurs rencontrés par Le Quotidien évoquent un climat dans lequel le harcèlement serait normalisé à travers des intimidations, des menaces et des abus de pouvoir à tous les étages.

Interrogée sur ces révélations, la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin, nous a indiqué de «prendre très au sérieux toute allégation de ce type» et d’avoir demandé au recteur «d’examiner la situation avec toute l’attention requise, et de prendre, le cas échéant, les mesures appropriées pour y remédier.»

Le lendemain de nos révélations, le recteur Jens Kreisel, lors d’un point presse convoqué d’urgence, affirme que les situations dénoncées «ne reflètent ni notre université ni nos valeurs qui sont le respect, la transparence et l’attention authentique que nous portons à notre communauté». Il a précisé qu’avec 7 500 étudiants et 2 500 employés «qui apprennent et enseignent ensemble, toujours avec bienveillance», il ne serait pas surprenant que surviennent «des désaccords et tensions».

Le chef de l’université a annonce la création d’un groupe de travail avec les étudiants et le personnel. «C’est le moment de faire un bilan. Avec ce groupe de travail, on fera un rapport avec des propositions», a-t-il précisé.

Depuis la mi-novembre, de nouvelles révélations ont eu lieu dans la presse, amenant le CSV à demander des explications en commission parlementaire. Aucune date pour un échange avec la ministre Obertin n’est encore fixée.

 

Affaire Caritas : un rapport et des désaccords à la Chambre

La rapporteuse Taina Bofferding en discussion avec Charel Weiler, le président de la commission spéciale Caritas. (Photo : hervé montaigu)

Au bout de huit mois et de 24 réunions, la commission spéciale Caritas a achevé ses travaux, le 2 juillet, avec l’adoption du rapport final.

Le 17 juillet 2024 éclatait l’affaire Caritas après la découverte d’un détournement de 61 millions d’euros. La fondation engagée dans le travail social et humanitaire s’est vu obligée d’arrêter ses activités. Elle a été relayée, début octobre, par la nouvelle association Hëllef um Terrain (HUT).

La Chambre des députés, après plusieurs échanges avec les ministères concernés par cette affaire, avait finalement décidé d’approfondir son travail de contrôle en créant, en octobre 2024, une commission spéciale. L’initiative avait été prise par le LSAP, finalement suivi par l’ensemble des autres fractions. Au départ, les élus de la majorité CSV-DP s’étaient montrés réticents.

Le fait que l’enquête judiciaire soit toujours en cours n’a pas facilité les travaux de la commission, appelée à faire la lumière sur la gestion politique de l’affaire Caritas. De plus, deux présidents (Laurent Zeimet et Stéphanie Weydert) ont été contraints de démissionner en raison de possibles conflits d’intérêts. Le député Charles Weiler (CSV) a mené les travaux à bien.

Le 10 juillet dernier, un débat en plénière sur le rapport s’est tenu à la Chambre. Alors que le document de synthèse avait été adopté à l’unanimité en commission, la majorité CSV-DP a suscité l’ire des partis de l’opposition en faisant le tri dans les recommandations. La rapporteuse, Taina Bofferding (LSAP), s’en est fortement émue, accusant la majorité de saboter des mois de travail.

La députée a insisté sur les divergences qui sont apparues au fil des auditions, la majorité protégeant un gouvernement accusé par l’opposition d’avoir trop vite enterré la Fondation Caritas. Un des regrets restera le mystère qui entoure la naissance de HUT.

Le volet politique de l’affaire Caritas clos, les yeux sont à nouveau tournés vers l’enquête judiciaire. Début décembre, trois nouvelles personnes, suspectées d’être impliqués dans le détournement ont été identifiées, augmentation le nombre d’arrestations de fraudeurs présumés à une douzaine.

 

La fronde des médecins libéraux

Le président Chris Roller et son vice-président Carlo Ahlborn maintiennent la pression sur la ministre Martine Deprez. (Photo : fabrizio pizzolante) 

Le ton est devenu moins rude le 17 décembre à la sortie de l’assemblée générale ordinaire l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD), organisée le jour même de l’ouverture des tractations avec la CNS pour négocier une nouvelle convention. Mais, le président Chris Roller et les siens ne comptent en rien lâcher la pression exercée sur la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, Martine Deprez. La revendication demeure une plus importante libéralisation de la médecine ambulatoire, avec davantage de soins à proposer dans des cabinets privés, qui, selon l’AMMD, seraient désavantagés par rapport à la médecine hospitalière.

Après avoir officialisé la résiliation de la convention, au 31 octobre dernier, l’AMMD s’est toutefois retrouvée isolée. Cette «décision historique (…) reflète la volonté claire des médecins et médecins-dentistes de mettre fin à un cadre devenu incompatible avec la réalité de la médecine moderne et avec le principe constitutionnel de liberté d’exercice et de la protection sociale de la population», écrivait-elle dans un communiqué. Depuis cette date, les collèges médicaux des établissements hospitaliers du pays, la fédération des hôpitaux, l’association de défense des patients et les politiques leur opposent l’argument d’un système de santé basé sur la solidarité et l’accès aux soins pour tous.

Le tollé a été tel que le président de l’AMMD, Chris Roller, a multiplié les interventions dans les médias pour tenter de calmer le jeu. L’intention ne serait pas de remettre en cause le système solidaire en soi, mais d’«ouvrir une négociation de fond sur la réforme du cadre légal et réglementaire (…) afin de parvenir à une nouvelle convention adaptée aux besoins réels de la médecine libérale et aux attentes de la population».

L’AMMD s’est alliée aux Médecins salariés hospitaliers (MSH) pour négocier la nouvelle convention avec la CNS. Pendant ce temps, la Chambre des députés a adopté une loi ouvrant la voie pour que les antennes hospitalières puissent proposer deux nouveaux types de soins : des interventions légères en dermatologie et en ophtalmologie, en plus de la dialyse, de l’hospitalisation de jour non chirurgicale, de l’imagerie médicale et de l’oncologie.

La ministre Martine Deprez compte avancer courant 2026 sur une libéralisation plus importante de la médecine ambulatoire.

 

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