Alors que les arbres meurent à cause du changement climatique et que les nouvelles pousses se font manger par les chevreuils, la chasse pourrait être la solution la plus viable pour réduire le problème.
Avec leurs 90 000 hectares, les forêts recouvrent plus d’un tiers de la surface du Luxembourg. En d’autres termes, cela représente près de 127 000 terrains de football. Mais toute cette surface est menacée par le réchauffement climatique. Chaleur, sécheresse, vulnérabilité aux insectes… Avec l’augmentation des températures, les arbres souffrent. «L’impact du changement climatique se fait notamment ressentir sur les forêts peu adaptées à la station», souligne Winfried von Loë, Assessor des Forstdienstes du Lëtzebuerger Privatbësch.
Les espèces les plus touchées sont celles plantées après la guerre : les épicéas et les hêtres. Deux espèces qui ne survivent pas au manque d’eau, mais qui représentent chacune 30 % des forêts luxembourgeoises. Soit plus de la moitié à elles deux. «Les épicéas auront presque tous disparu d’ici dix à vingt ans, et 10 à 15 % des hêtres ne sont pas adaptés et mourront aussi», chiffre Winfried von Loë. «Deux tiers des arbres sont en état de maladie… 35 à 40 % vont au mieux dépérir, au pire mourir», complète Roger Schauls, botaniste spécialisé en écologie forestière et membre du Mouvement écologique.
Pour remédier à ce problème, il n’y a pas mille solutions. «Aujourd’hui, nous plantons différentes espèces mieux adaptées à la station telles que les chênes ou les charmes», explique Winfried von Loë. Déjà parce que ces arbres sont plus résistants au changement climatique car ils demandent moins d’eau. En outre, parce que le fait de mélanger différentes espèces réduit le risque de grosses pertes. «Si une espèce réagit mal et meurt, il y aura toujours les autres!»
Mais le problème, c’est que les jeunes pousses de ces arbres se font «bouffer» par les chevreuils. D’autant plus qu’il y a «trop» de gibier. «L’impact écologique est énorme car cela annule la diversité que l’on essaye d’introduire et revient à la monoculture que l’on ne veut pas.» Sauf qu’on le sait déjà, une forêt qui meurt et disparaît, c’est très mauvais pour l’environnement. «Les forêts sont des alliées de taille pour limiter la teneur en CO2 et pour réduire la chaleur estivale grâce à leur transpiration», rappelle Roger Schauls.
Ce que dit la loi
La législation luxembourgeoise encadre strictement la régénération des arbres, en particulier après des interventions comme les coupes rases. Selon l’article 13 de la loi modifiée du 18 juillet 2018 concernant la protection de la nature et des ressources naturelles, après une coupe rase, le propriétaire ou le possesseur du fonds est tenu de procéder à la régénération naturelle, artificielle ou assistée du peuplement forestier dans un délai de trois ans à compter du début des travaux.
De plus, la loi du 23 août 2023 sur les forêts dispose que la conversion ou la transformation de peuplements feuillus en peuplements résineux par régénération artificielle ou assistée est interdite, sauf autorisation du ministre. Ces réglementations visent à assurer une gestion durable des forêts, en préservant leur biodiversité et en limitant les impacts environnementaux liés aux pratiques de régénération.
La législation forestière luxembourgeoise encourage aussi la diversité des essences lors des plantations. La nouvelle loi sur les forêts, entrée en vigueur en juillet 2023, vise à assurer la gestion durable des forêts, en mettant l’accent sur la conservation et l’amélioration de la diversité biologique dans les écosystèmes forestiers. Cette loi s’applique à toutes les forêts, publiques et privées, et prévoit une gestion proche de la nature accrue dans les forêts publiques. Ainsi, bien que la législation n’impose pas explicitement l’obligation de planter plusieurs espèces, elle favorise la diversification des essences à travers des réglementations spécifiques et des incitations à une gestion forestière durable.
Doubler le nombre de tirs
Evidemment, les surfaces forestières pourraient être clôturées, notamment les endroits avec de jeunes pousses, mais protéger de cette manière les arbres coûte très cher aux propriétaires. «Le but est d’avoir une forêt mélangée sans avoir à clôturer toutes les surfaces», appuie Winfried von Loë. Alors, quelle autre solution pour stopper un tel cercle vicieux? «Il faut changer la façon dont on chasse», répond-il. «Il faut la réinventer, trouver d’autres formes, parce que la chasse est un instrument important pour limiter la casse», ajoute Roger Schauls.
Actuellement, au Luxembourg, la chasse se pratique encore beaucoup comme un loisir. Surtout pendant l’automne. Mais aujourd’hui, à cause des hivers moins froids, les chevreuils ne meurent plus autant naturellement et sont donc de plus en plus nombreux le reste de l’année. Et les chasseurs n’en chassent pas tous assez. «Le problème, c’est qu’il n’y a qu’un seul marchand qui rachète le gibier au Luxembourg, et il ne le fait pas au printemps… Alors ceux qui ne transforment pas leur viande eux-mêmes ne tirent tout simplement pas», explique un chasseur luxembourgeois. A cela s’ajoute les chasseurs qui ne tirent que sur de «beaux» gibiers pour en faire des «trophées».
«Nous, nous tirons plus ou moins 10 chevreuils par 100 hectares… Il faudrait que tout le monde le fasse et qu’ils ne choisissent plus les chevreuils sur lesquels tirer», complète le chasseur. En d’autres termes, il faudrait que les tirs sur les chevreuils soient doublés pour que le problème soit plus ou moins géré. «Généralement, la période de chasse s’étend jusqu’à janvier, mais si nous prélevons le double de chevreuils avant décembre, le risque de dégâts est déjà réduit», estime Winfried von Loë.
«La loi sur la chasse devrait être changée», suggèrent-ils à l’unanimité. Et le tout doit être complété par de la sensibilisation auprès des chasseurs et du grand public, par la valorisation de la viande de gibier et par la réduction des grandes surfaces agricoles dans lesquelles se cachent les chevreuils. «En tout cas, il faut que les actions et le changement se fassent avec les chasseurs, car rien ne peut fonctionner si nous ne travaillons pas tous ensemble», conclue le chasseur.