DAKAR-2026 Grégoire Munster a vu son premier Dakar s’arrêter brutalement, mardi. Un bras de direction cassé l’a envoyé dans le décor. Mais heureusement, plus de peur que de mal pour le copilote luxembourgeois. Et son pilote Jourdan Serderidis.
Comment allez-vous?
Grégoire Munster : Ça va. L’épaule droite se réveille un peu à froid. Mais sinon je vais bien et Jourdan aussi. Bien sûr, on aurait préféré que ça n’arrive pas, mais ça reste le principal.
Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous est arrivé?
On était dans l’étape 3, aux alentours du km 100. Le bras de direction avant gauche a cassé net et la roue avant gauche a pointé vers la droite. Ça nous a directement envoyés en tonneaux. On a dû en faire trois ou quatre. La voiture était fortement endommagée. L’arceau était touché. Je savais que c’était terminé.
C’est la première fois que ça vous arrive?
Non. Mais en Ford Raptor, je ne l’avais jamais fait. C’est beaucoup plus lourd, tu sens beaucoup plus l’impact. En plus, comme copilote, je n’ai rien pour m’accrocher. Après, ça va très vite, ça dure quelques secondes, on n’a pas le temps de s’en rendre compte.
Tu demandes au copain comment il va.
Tu essaies de sortir du véhicule.
Tu regarde s’il y a moyen de repartir.
Pour nous, ce n’était pas possible
Quel est le premier truc qui vous vient à l’esprit?
Tu demandes au copain comment il va. Ensuite, tu essaies de sortir du véhicule dans la mesure du possible. Et après tu regardes l’état de la voiture. S’il y a moyen de repartir ou pas. Et pour nous, ce n’était pas possible.
Qu’est-ce qui se passe après?
C’était un peu compliqué. On était dans le désert. Il n’y avait pas de réseau. On avait un téléphone satellite, mais le nôtre s’est cassé dans l’impact. Dans la voiture, on a aussi un système satellite avec une antenne reliée à Paris. Mais comme elle était sur le toit, l’antenne ne pointait pas au bon endroit. La direction a vite vu qu’il y avait un problème, ils ont envoyé un hélicoptère. Ils ont fait un check-up médical sur place. Ils nous ont donné de quoi nous nourrir et de quoi démarrer un feu. Ils sont restés quelques heures avec nous jusqu’à ce qu’ils aient des infos du PC course. Et après ils sont repartis et nous ont laissé attendre notre équipe.
Qui a pu faire quoi?
On a un camion d’assistance, mais il avait eu un problème la veille. Donc, ils ont envoyé un autre type d’assistance, juste un Ford Ranger avec aucune pièce de secours. Ils avaient juste leurs outils. Ils ont juste fait en sorte qu’on remette la voiture sur quatre roues pour pouvoir la ramener au bivouac.
Et visiblement, ça a mis un certain temps?
Oui. On est sortis vers 11 h 50 et on est rentrés après trois heures du matin. On a passé 13 h dans le désert et on avait encore deux ou trois heures de route après. En attendant, des locaux sont venus nous apporter du thé, des gâteaux. Ça nous a donné un avant-goût de ce qu’aurait pu être l’étape-marathon.
Il s’agissait de votre premier Dakar. Vous n’avez pas pu aller au bout. Mais est-ce que ça vous a donné quand même envie d’y revenir?
C’est notre première participation au Dakar et le premier but, c’était d’aller au bout. Et malheureusement, ce ne sera pas le cas. Avec le Dakar, tu te retrouves toujours face à beaucoup de scénarios. De challenges. Le deuxième jour, il y avait des passage très rocailleux qui étaient très difficiles à supporter pour moi en tant que copilote du point de vue des chocs à encaisser. Je n’ai pas pris tellement de plaisir. Et je me disais que si ça devait durer comme cela pendant 12 jours, ça allait être compliqué. Mais le troisième, c’était moins rocailleux, il y avait pas mal de navigation et c’était vraiment agréable. Je prenais du plaisir à ce jeu de piste, à garder du rythme. On prenait du plaisir sur ces cent premiers km. Et on a été coupés net dans notre élan.
Ça n’a pas duré aussi longtemps qu’on le souhaitait. Mais c’était chouette!
Quelle est la suite de votre programme? Vous rentrez vite en Europe?
Le Dakar se déplace tous les deux jours. Là, on se dirige vers Hail. L’équipe est partie vers 7 h. Nous, comme on est arrivés à 3 h 30, on a dormi plus longtemps. Et on est dans le mobile home sur la route. On a fait 452 km et il nous reste encore une soixantaine de bornes. Jourdan va rentrer jeudi. Moi, je ne sais pas encore. Soit je rentre en même temps que lui, soit je reste encore un peu jusqu’à la journée de repos.
Même si elle a été courte, comment jugez-vous votre expérience de copilotage?
Le stage que j’ai fait avec Alex Haro (NDLR : le copilote de Nani Roma, chez qui il a fait un stage express de deux jours pour apprendre les bases du copilotage) m’a bien servi. L’exercice m’a plu. Après, mon corps doit s’habituer à prendre des chocs d’une manière différente de quand tu pilotes. J’ai apprécié le fait de copiloter au cap. En rallye, tu as une grosse symbiose entre le pilote et le copilote, mais lui annonce les notes et il y a très peu de dialogues. Alors qu’en raid, c’est différent. Le « navigo » récupère un roadbook à la dernière minute, il doit l’interpréter et essayer de le communiquer au pilote. Je lui donne un cap à suivre, mais lui doit confirmer. Moi j’ai beaucoup d’infos, lui doit aussi m’aider. Il a le visuel. Je trouve que ça marchait bien. Ça n’a pas duré aussi longtemps qu’on le souhaitait. Mais c’était chouette!
Entretien avec notre journaliste
Romain Haas