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Protoxyde d’azote au Luxembourg : un phénomène sans chiffres ni cadre


La police ne dispose pas de statistiques sur le nombre d'accidents provoqués par le protoxyde d'azote. (Photo d'illustration : afp)

Le «gaz hilarant» est facilement accessible et son usage détourné soulève une inquiétude croissante au Luxembourg.

Le protoxyde d’azote, surnommé «gaz hilarant» ou «ballon», est une substance destinée à des usages médicaux et industriels. Dans le domaine médical, il est notamment utilisé comme anesthésique, et à domicile il sert dans les siphons à crème. Depuis plusieurs années, son usage est également détourné à des fins récréatives, notamment par les jeunes.

Et si ses effets sont de courte durée, ils ne sont pas sans conséquence pour la santé. À court terme, il peut provoquer des effets aigus tels que des vertiges et étourdissements, hypoxie et perte de connaissance. Mais il peut également avoir des conséquences à plus long terme. Une consommation prolongée et intensive peut, par exemple, entraîner de graves troubles neurologiques, dont certains sont irréversibles.

Une pétition pour l’interdire

C’est justement pour demander l’interdiction de la vente et la consommation récréative du protoxyde d’azote au Luxembourg qu’une pétition a été lancée mi-décembre. «On constate une augmentation inquiétante de sa consommation et une diffusion non encadrée, parfois par le biais de ventes dans les quartiers ou de livraisons à domicile, facilitant son accès à des personnes même mineures», écrit le pétitionnaire.

Interrogé sur l’ampleur du phénomène, le ministère de la Santé avoue que l’accessibilité du produit le rend «particulièrement difficile à contrôler» : «Il est vrai qu’une présence accrue de capsules a été observée dans les centres de recyclage, ce qui pourrait s’expliquer par une augmentation de l’usage récréatif, mais aussi par l’amélioration des pratiques de recyclage ou par une combinaison des deux facteurs.»

Avant d’ajouter : «À l’heure actuelle, le ministère n’a pas observé d’augmentation significative de son utilisation chez les jeunes sur base des informations rapportées par les associations spécialisées de prise en charge de jeunes ou d’usagers récréatifs.»

Même son de cloche du côté de la police grand-ducale, interrogée sur de possibles accidents provoqués par l’usage de gaz hilarant : «Le protoxyde d’azote n’est pas interdit au Luxembourg, raison pour laquelle nous ne disposons d’aucune statistique.»

Sensibilisation et réglementation

Afin de «protéger la santé publique», en particulier celle des jeunes, la pétition demande donc que le Luxembourg «interdise la vente et la consommation récréative du protoxyde d’azote, renforce les contrôles relatifs à sa distribution et son utilisation et mette en place des campagnes de prévention et de sensibilisation dans les écoles et les médias.»

De son côté, le ministère de la Santé estime que «la vente et l’usage de protoxyde d’azote s’avèrent en tout état de cause être difficilement contrôlables par une quelconque législation exclusivement nationale». Il est, en revanche, favorable à une éventuelle réglementation en la matière à l’échelle de l’UE.

En attendant, le ministère «promeut les efforts de sensibilisation en la matière, qui visent à fournir davantage d’informations sur les risques liés à l’utilisation et le mésusage de protoxyde d’azote» et «suit les changements législatifs à l’étranger, même s’il est difficile d’en évaluer les effets compte tenu de l’accessibilité du produit et du fait que ces législations sont encore assez récentes, voire non évaluées».

La consommation au volant en hausse, alerte une étude française

Chez nos voisins, le phénomène inquiète également. En France, la Fondation Vinci Autoroutes tire notamment la sonnette d’alarme sur la consommation de protoxyde d’azote, ou «gaz hilarant», dans une enquête menée avec Ipsos pointant des comportements inquiétants au volant chez les moins de 35 ans.

Indétectable lors des contrôles routiers, les traces de cette consommation sont visibles sur les bords de route : les gestionnaires d’autoroutes constatent une augmentation alarmante des cartouches et bonbonnes abandonnées sur la voie ou sur les aires de repos.

Interdit dans certaines villes

«Près de 1,5 tonne ont été ramassées en 2024, et l’augmentation sera d’au moins 10% en 2025», expose Bernadette Moreau, déléguée générale de la Fondation Vinci Autoroutes, qui vise à sensibiliser le grand public aux risques routiers. Ces déchets, difficilement recyclables et susceptibles d’exploser, témoignent de l’usage grandissant de ce gaz normalement utilisé dans les blocs opératoires ou en cuisine.

Sa vente est interdite aux mineurs et dans certains lieux depuis 2021, mais sauf arrêtés locaux, il reste légal. Certaines villes françaises de la Grande Région interdisent par exemple sa détention, consommation, vente et abandon. C’est le cas de Metz, Saint-Avold, Forbach ou encore Freyming-Merlebach.

Un jeune sur dix

Selon l’étude (portant sur 2 256 personnes de 16 à 75 ans interrogées selon la méthode des quotas du 6 au 13 juin 2025), un jeune de moins de 35 ans sur dix consomme du protoxyde d’azote «occasionnellement lors de soirées» (contre 2% des 35 ans et plus) et parmi eux, la moitié l’a déjà fait en conduisant.

Malgré la hausse des accidents imputés à ce gaz, la perception du risque reste insuffisante : 10% des 16-24 ans estiment qu’en consommer au volant n’est pas dangereux, selon l’étude.

Pourtant, «après l’inhalation, le pic euphorisant d’une minute peut s’accompagner de vertiges, pertes de contrôle, distorsions visuelles, et même de trous noirs durant les 30 à 45 minutes suivantes», souligne Bernadette Moreau.

Des accidents mortels

Le spectre du protoxyde d’azote au volant plane sur plusieurs accidents meurtriers ces derniers mois. Le 1er novembre, Mathis, 19 ans, a été tué à Lille par un conducteur ayant consommé du protoxyde d’azote et qui tentait de fuir la police. Début décembre, trois jeunes de 14, 15 et 19 ans sont morts noyés après que leur voiture, où plusieurs bouteilles de protoxyde d’azote ont été retrouvées, a raté un virage et fini sa course dans une piscine à Alès dans le Gard.

Dans sa campagne de sensibilisation, la Fondation Vinci Autoroutes propose une vidéo choc en collaboration avec l’association Protoside, spécialisée dans la prévention des intoxications, et plusieurs activités de sensibilisation sur des aires d’autoroute.

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