Un jeune retraité néerlandais a été tué sur l’A1 par un camion-benne défectueux qui avait arraché un portique de signalisation. Le camionneur est accusé d’homicide involontaire.
Des automobilistes lui ont fait des appels de phares, pourtant Pedro n’a pas réagi. La benne du camion qu’il conduisait sur l’autoroute A1 le 22 septembre 2023 se redressait de plus en plus pendant que le véhicule était en mouvement. Jusqu’à ce qu’elle arrache un portique de signalisation surplombant toutes les voies à 5,50 mètres du sol. Un père de famille de nationalité néerlandaise, grièvement blessé, y a perdu la vie et cinq personnes, dont le prévenu, ont été blessées.
Le camionneur est accusé d’homicide involontaire ainsi que de coups et blessures. «Le camion a traîné le portique sur une cinquantaine de mètres avant de s’immobiliser sur le terre-plein central. Ses roues ne touchaient plus le sol», note un policier. «Le portique a touché des voitures arrivant en sens inverse.» De Luxembourg vers Sandweiler.
Que s’est-il passé pour que la benne se soulève? Mauvaise manipulation ou défaut technique? Le policier pense que le camionneur a pu ne pas se rendre compte que la benne était peut-être mal arrimée à force de vider la benne. «Par routine.»
Le camion de marque Mercedes et d’un modèle antérieur à 2005 n’était pas équipé d’un système de sécurité qui l’empêcherait de démarrer ou de dépasser une certaine vitesse si la prise de force était enclenchée. Il s’agit d’un système mécanique qui transfère la puissance du moteur à un équipement externe comme, ici, la pompe hydraulique qui permet de faire basculer la benne.
L’affaire traitée ce vendredi matin par la 9e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg est technique. Pedro, chauffeur expérimenté de 52 ans, affirme ne pas avoir actionné en roulant le levier qui permet de faire basculer la benne. Mal en point psychologiquement depuis l’accident, il jure avoir inspecté son camion sous toutes les coutures avant de quitter la carrière Baatz.
«J’ai vu la benne se soulever. Cela s’est passé en cinq minutes», rapporte un automobiliste témoin de l’accident. «Je n’ai pas osé doubler.» Le camion a accroché le portique, les roues avant se sont soulevées et le camion a vrillé, percutant une première voiture, puis une autre.
La logique et le doute
Un expert judiciaire ne voit, après avoir effectué de nombreux tests et développé de nombreux scénarios, qu’une seule explication. «Un problème technique peut avoir entraîné l’élévation de la benne.» Il explique que, la prise de force étant en marche, la benne peut se soulever d’elle-même quand le moteur du camion dépasse les 1 300 tours. Il en a fait l’expérience. Reste que Pedro aurait dû remarquer une alerte lumineuse sur le tableau de bord.
Trop lourde, la benne ne peut se soulever sans prise de force. Pedro est pourtant certain d’avoir désactivé la prise de force, «comme d’habitude». Pour lui, il est inconcevable que la benne se soulève sans être actionnée et que le camion puisse démarrer avec la prise de force enclenchée.
«Nous avons eu l’impression que quelqu’un nous rentrait dedans par derrière», explique le chauffeur, qui formait un collègue le jour de l’accident. «Je n’ai vu aucune alerte sur le tableau de bord. On ne peut pas les ignorer.» «Est-il possible que vous ayez oublié d’avoir enclenché la prise de force?», lui redemande la juge. «C’est impossible. Je ne joue pas avec la sécurité et quand on ne la respecte pas, il y a des sécurités, comme des alarmes sonores.»
Nerveux, Pedro est de plus en plus confus. L’enjeu pour lui est énorme. Les différentes parties civiles lui réclament près de 600 000 euros et il risque une peine de prison, même si le parquet a demandé au tribunal d’en faire abstraction. Le magistrat a requis une amende appropriée et une interdiction de conduire. Pour lui, l’accident était «imprévisible», mais aussi «évitable».
Il n’y a qu’une conclusion logique à cette affaire, selon lui. C’est celle apportée par l’expert judiciaire. Une erreur humaine couplée à un problème technique. Encore faut-il pouvoir démontrer cette erreur de Pedro. Son avocate évoque «des incertitudes» et «des doutes» quant à sa culpabilité et a plaidé en faveur de son acquittement.
Le prononcé est fixé au 12 février.