Avec 432 détenus à la mi-septembre, le centre pénitentiaire d’Uerschterhaff a dépassé de 8 % sa capacité initiale, obligeant certains prévenus à dormir sur des matelas au sol.
La surpopulation carcérale est devenue un défi majeur au centre pénitentiaire d’Uerschterhaff, à Sanem. Dans trois réponses parlementaires publiées ce mardi 27 octobre, la ministre de la Justice, Elisabeth Margue (CSV), explique ainsi que l’établissement, initialement conçu pour accueillir 400 détenus, a atteint un pic de 432 personnes le 15 septembre dernier.
Soit 108 % de sa capacité initiale. Le taux d’occupation avait déjà atteint son maximum le 29 août. Au 19 octobre, le centre comptait encore 406 détenus, pour un taux d’occupation fixé donc à 101 %, si l’on se réfère à la capacité de référence retenue par la ministre.
La progression est spectaculaire : la population quotidienne moyenne est passée de 247 détenus en janvier 2025 à 423 en septembre 2026. Pour Elisabeth Margue, l’explication réside avant tout dans «l’augmentation du nombre d’admissions plutôt que par une augmentation de la durée moyenne de la détention préventive»
Elle explique ainsi qu’en 2025, Uerschterhaff avait enregistré 985 entrées, contre 844 en 2024. Au 19 octobre, le chiffre atteignait déjà 925. Si cette tendance se poursuit, «le nombre total d’entrées pourrait atteindre 1 233 en 2026, soit une augmentation de 25 % par rapport à 2025». A contrario, la durée moyenne de détention, elle, reste stable : 3,6 mois en 2025 comme en 2026, contre 3,5 mois en 2023.
Un «défi supplémentaire»
Mais la pression sur les capacités a surtout des conséquences très concrètes. Dans sa réponse au député Marc Goergen (Pirates), la ministre confirme que, «depuis fin août, des détenus dorment sur des matelas au sol». Elle précise que ceux-ci se trouvent «exclusivement dans les cellules», et qu’aucun matelas n’est installé dans les couloirs.
Pour remédier à la situation, 20 lits superposés supplémentaires doivent être installés d’ici à la fin de ce mois d’octobre. 20 cellules individuelles ou doubles adaptées seront aussi réaménagées pour accueillir trois personnes. Avec une cellule de ce type déjà existante, l’établissement comptera alors 21 cellules à trois lits, portant sa capacité de 417 à 437 places.
Une surpopulation qui, selon les informations de l’administration pénitentiaire, n’a «pas eu d’incidence sur le régime de détention». Elle reconnaît toutefois que «la forte occupation représente un défi supplémentaire sur les plans organisationnel et sécuritaire», tout en affirmant que «la sécurité du personnel et des détenus a pu être pleinement assurée».
Toujours plus d’heures supplémentaires
Outre le manque de places pour les détenus, la pression concerne également les agents pénitentiaires. Entre janvier et mars 2026, ceux-ci ont effectué en moyenne 120 heures supplémentaires par mois. Entre avril et septembre, cette moyenne est passée à 304 heures mensuelles, selon les données transmises ce mardi par la ministre de la Justice.
Les effectifs de surveillance sont remontés à 251,05 équivalents temps plein en 2026, contre 243,4 en 2025. Le ratio de détenus par agent de surveillance est néanmoins passé de 1,3 à 1,6 entre ces deux années, selon les chiffres ministériels. 38 postes d’agents pénitentiaires sont actuellement ouverts au recrutement.
La ministre souligne que le seuil de référence de 236 équivalents temps plein pour la surveillance, fixé avant l’ouverture du centre, est toujours respecté. Elle ajoute que «les mesures de séparation des détenus qui s’imposent pour des raisons de sécurité ou dans l’intérêt de l’enquête sont aussi respectées».
La situation avait déjà suscité des inquiétudes ces dernières semaines : le 4 septembre notamment, un agent pénitentiaire avait été agressé à l’aide d’une poêle, tandis que l’Association des agents pénitentiaires tire la sonnette d’alarme depuis déjà de nombreux mois, martelant qu’ils sont «en permanence exposés à un danger potentiel».
Des solutions à moyen terme
Au-delà des lits supplémentaires, le gouvernement entend agir sur les procédures judiciaires. Le renforcement des effectifs de la police et des autorités judiciaires se poursuit, tandis que des réformes visant à accélérer les procédures, dont le projet de loi sur la comparution accélérée, ont été déposées mais ne sont pas encore adoptées.
À moyen terme, aucune solution définitive n’est toutefois arrêtée. Les différents scénarios restent à l’étude et dépendent notamment de la décision de la Commission d’analyse critique concernant le projet de réhabilitation du centre pénitentiaire de Luxembourg, à Schrassig.
Elisabeth Margue prévient que «les projections relatives à l’évolution du taux d’occupation du CPU et, partant, à celle de la détention préventive doivent être envisagées avec prudence». En attendant, l’installation de nouveaux lits constitue la réponse immédiate à une situation qui, à la mi-septembre, avait conduit Uerschterhaff bien au-delà de sa capacité de conception.