Paulo pensait s’en tirer à bon compte. Sa méconnaissance de la justice lui a fait vivre un tour de montagnes russes à grande vitesse. Sans avocat pour le soutenir, il a eu le tournis.
Le fonctionnement de la justice peut paraître opaque pour les néophytes comme Paulo. L’homme de 49 ans est passé du soulagement à la surprise, pas forcément bonne, sans, semble-t-il, réellement comprendre ce qui lui arrivait. Le prévenu d’origine portugaise était accusé de coups et blessures sur une ancienne compagne. Le 21 avril 2022, ce gaillard lui aurait asséné plusieurs coups de poing au visage. Un fait, vraisemblablement loin d’être isolé puisqu’il lui est également reproché d’avoir «dans une période non prescrite dans le temps» causé un œil au beurre noir à sa victime présumée.
«Ce n’est pas vrai!», lance Paulo dans un premier temps. Au fond de la salle d’audience, son ancienne compagne proteste. On comprend alors que ce qui s’annonçait comme une énième affaire de violences domestiques, pourrait s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît. Jeudi matin, Paulo s’est présenté sans avocat à la barre de la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, estimant «ne pas en avoir besoin» pour plaider sa cause.
Son ancienne amie et lui ont été en couple pendant trois mois, selon elle, ou un an, selon lui. Le soir du 21 avril 2022, une dispute avait éclaté entre eux dans un café qu’ils fréquentaient à Differdange et Christelle avait décidé de rentrer chez elle en taxi pour couper court à la discussion. Paulo l’avait suivie à l’extérieur et l’avait frappée sous les yeux du chauffeur de taxi.
Quelques semaines plus tôt, il lui avait déjà donné un violent coup de poing qui avait laissé des traces. «À l’époque, je n’avais pas porté plainte contre lui car j’étais en incapacité de sortir de chez moi. J’étais défigurée», explique la femme de 45 ans avant de réclamer 1 000 euros de dommages et intérêts.
Le prévenu avoue tout
Invité par le président à prendre position sur les faits qui lui sont reprochés, Paul lui répond : «Si c’est pour 1 000 euros, j’assume. Cela me paraît correct. Nous avions peut-être bu un verre de trop et cela a dégénéré.» Le prévenu se pense tiré d’affaire «pour 1 000 euros» et passe à présent à table. Il précise juste ne pas avoir eu connaissance de la gravité des blessures infligées à son ancienne compagne.
Soudain en aveux, il ne semble pas avoir compris qu’il ne s’en tirera pas à si bon compte. Le président le ramène de plein pied dans la réalité judiciaire en lui apprenant que le substitut du procureur devait encore prendre position sur son cas qu’il juge «pas très gentleman pour ne pas dire plus».
Le procureur, photographies de la victime présumée l’œil cerclé de mauve foncé à l’appui, a décidé de retenir les circonstances aggravantes de l’interruption temporaire de travail et de délit commis sur la personne avec laquelle il vivait. Le magistrat a requis une peine de 14 mois de prison et une amende appropriée à son encontre. Il ne s’est pas opposé à un sursis intégral.
C’est la douche froide. Paulo semble complètement perdu. Pour sa défense, il ajoute que le soir du 21 avril 2022, il s’était fâché contre Christelle à qui il reprochait d’avoir perdu l’argent qu’il lui avait donné «pour l’aider financièrement» en jouant sur une borne électronique de jeux d’argent dans un café.
Du fond de la salle, Christelle se manifeste à nouveau à son tour. Elle tient à préciser qu’elle n’avait pas dilapidé l’argent, mais qu’on le lui avait volé de son sac au café. « J’ai consulté les images de vidéosurveillance avec la patronne, mais nous n’y avons rien trouvé», précise-t-elle. «Vous pouvez dire ce que vous voulez, le tribunal appréciera», prévient le président, pressé de clore les débats.
Paulo sera fixé sur son sort le 29 janvier.