Alors que le volume de courrier est en baisse depuis de nombreuses années partout dans le monde, certains pays ont décidé de se séparer de ce service public pour le confier au secteur privé. Mais au Luxembourg, les fameuses boîtes aux lettres jaunes ne devraient pas disparaître de sitôt.
C’est une première en Europe. Depuis le 1er janvier 2026, la poste danoise ne prend plus en charge l’acheminement du courrier. Après 400 ans de service, l’opérateur public PostNord a décidé d’arrêter cette activité et de la laisser aux entreprises privées, pour se concentrer sur la livraison de colis.
La raison est bien sûr la chute drastique du nombre de lettres envoyées aujourd’hui alors que la numérisation, notamment des démarches administratives, est de plus en plus présente. L’entreprise danoise rappelle en effet que le volume de courrier a baissé de plus de 90 % depuis 2000, insuffisant aujourd’hui pour représenter encore un réel intérêt, d’autant que la situation n’est pas près de s’améliorer.
En parallèle, avec l’essor du commerce en ligne, le nombre de colis a augmenté de manière exponentielle ces dernières années, ce qui a naturellement conduit les services postaux, au Danemark comme ailleurs, à s’engouffrer dans la brèche pour ne pas se faire dépasser par la concurrence. L’adoption d’une nouvelle loi postale en 2023, qui a acté la suppression du service universel postal, a fini de condamner l’activité. Jusqu’alors, la poste danoise était tenue de maintenir un réseau, en échange d’une contribution de l’État.
Si les boîtes aux lettres luxembourgeoises restent un peu plus garnies en courrier, celui-ci est également en perte de vitesse au Grand-Duché. Selon l’Institut national de régulation, en près d’une dizaine d’années, le trafic national et transfrontalier a baissé de plus 34%, passant de 190 millions de courriers délivrés par les services postaux en 2016 à 125 millions en 2024.
Comme partout ailleurs, le nombre de colis suit une courbe inverse avec 7 millions de paquets envoyés en 2016 contre 19 millions en 2024, soit une hausse de 171%, même si le chiffre d’affaires ne suit pas forcément (lire encadré).
Une nouvelle organisation du travail
Pour autant, Post Luxembourg n’a pas prévu d’arrêter l’un des plus vieux services publics au monde pour le moment. Le recul du courrier, qui représentait encore 86% des envois en 2024, reste modéré et si l’entreprise reconnaît que le choix de PostNord est cohérent, le modèle danois n’est pour autant pas reproductible au Grand-Duché.
Les Luxembourgeois continuent ainsi de recevoir beaucoup plus de courriers que les Danois (136 lettres par an contre 18), particulièrement avancés en termes de dématérialisation. La taille réduite du pays permet également d’absorber cette baisse et rend les tournées toujours viables.
Mais face à cette nouvelle réalité, l’entreprise a tout de même dû revoir son organisation. Alors qu’elle emploie encore près de 1 300 personnes, Post a opté pour une stratégie basée sur la mutualisation. Si dans de nombreux pays, les réseaux courriers et colis sont séparés, ce n’est pas le cas au Luxembourg où tous les envois sont centralisés à Bettembourg.
Ce décloisonnement permet une meilleure adaptabilité pour réorganiser les tournées selon le volume des différents flux. Une logique qui permet d’optimiser les coûts, mais aussi de réduire l’impact carbone de l’entreprise. Et de garder une activité pérenne malgré les profondes transformations du secteur.
Si le volume de colis est en constante augmentation, la rentabilité ne suit pas la même évolution. Alors que leur nombre augmente d’environ 5,3% par an, le chiffre d’affaires est plutôt en stagnation, la faute à une concurrence assez féroce. Si Post reste le premier distributeur de colis, 85% des envois sont externalisés par un recours à des prestataires tiers. Une situation de tension pour l’entreprise qui doit faire face à cette compétition tout en préservant sa mission de service public. Le revenu moyen d’un colis reste tout de même intéressant, puisqu’il est de 10,64 euros par envoi contre seulement 85 centimes pour une lettre.