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Perceuse, hachette et barre de fer à Remich


Aucun mobile plausible n'explique la violence de l'attaque. (Photo : archives lq)

Sans motif apparent, trois ressortissants bosniens ont passé à tabac deux compatriotes dans les rues de Remich, provoquant notamment un accident de voiture pour les empêcher de fuir.

Un banal accident de la circulation survenu à Remich aurait tourné au règlement de comptes le soir du 20 avril 2024. Une Volkswagen aurait percuté la BMW des trois prévenus avant de prendre la fuite. Les trois prévenus auraient décidé de faire justice eux-mêmes et de retrouver la Volkswagen. Un deuxième accident se serait produit dans la rue de la Corniche et les occupants de la voiture en fuite auraient été blessés. C’est une des versions livrées par les prévenus aux policiers.

Un premier commissaire a donné une reconstitution plus plausible des faits à la barre de la 9e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Elle est basée sur les informations fournies par les témoins et les deux victimes présumées, Enes et Eldin. Armés d’une hachette, Kenan, Davor et Eldis auraient poursuivi ce dernier à pied dans Remich. Il s’est réfugié dans la voiture de son ami venu le récupérer avec Enes à son bord. Le trio aurait tenté par tous les moyens de l’en faire sortir. Même en sautant sur le capot pour fracasser le pare-brise. 

La Volkswagen est finalement parvenue à prendre la fuite jusqu’à se faire percuter à trois reprises par la BMW des trois prévenus armés d’une perceuse et d’une barre de fer. «La police technique a exclu la possibilité d’un accident et confirmé un impact volontaire de la part de la BMW», indique l’enquêteur.

Kenan, Davor et Eldis sont accusés de tentatives d’assassinat et de meurtre ainsi que de coups et blessures volontaires. Pourtant, aucun d’eux n’a pu ou voulu justifier de manière explicite un tel déferlement de violence. Ils reconnaissent avoir battu Enes, mais pas Eldin. Des témoins et les deux victimes présumées prétendent toutefois le contraire. «J’ai vu deux personnes qui s’acharnaient sur une voiture», rapporte un habitant de la rue de la Corniche. Ces deux personnes auraient ensuite changé de cible. «Une personne était à terre. Ils lui donnaient des coups de poing et de pied. L’homme essayait de se relever et a rampé jusqu’au ravin.» Où il a chuté.

Un acharnement brutal

Pour le témoin, «ce n’était pas un simple accident de voiture. C’était trop brutal. Ils s’acharnaient». Victimes et agresseurs présumés n’ont pas souhaité donner d’explications. Enes débarquait du Monténégro pour rendre visite à son frère. Eldin a demandé à son chauffeur de le récupérer. «Trois hommes le poursuivaient», indique Enes, confirmant la version de l’enquêteur. Après avoir tenté de leur échapper, ils se sont trouvés nez à nez avec la BMW qui les a percutés. 

Le chauffeur est parvenu à prendre la fuite à travers des jardins. Enes est bloqué dans la voiture. «J’ai pris de coups de perceuse à la tête. J’avais des blessures en forme de cercles. Au début, il y avait encore le forêt.» Il raconte avoir été frappé par deux des prévenus avant qu’ils ne changent de cible et poursuivent Eldin à trois. Pour lui, aucun doute, le trio voulait les tuer. Kenan l’aurait énoncé à haute voix.

«Nous avons essayé de quitter Remich», rapporte à son tour Eldin. «La BMW nous a foncé dessus frontalement à deux reprises et une fois sur le côté. Ils ont essayé de rentrer dans notre voiture par tous les moyens pour nous frapper. Eldis avait la perceuse.» Le jeune homme parvient à se libérer de la voiture. «Je voulais m’enfuir, mais les coups pleuvaient. Ils me poursuivaient.» Il saute par-dessus une clôture et dégringole un ravin avant d’atterrir sur un tas de branches. Dans sa chute, il se casse le bras droit et la hanche gauche.

Juste avant l’attaque, Eldin avait participé à l’anniversaire de Kenan. «Je devais sans doute servir d’appât pour atteindre Enes», suggère le trentenaire. Comme les autres avant lui, il avance une sombre histoire de voiture ayant appartenu à Eldis utilisée par le frère d’Enes. Celui-ci aurait accumulé les amendes à hauteur de 200 euros alors que la voiture était toujours déclarée au nom d’Eldis. 

Ce prétendu mobile justifierait pour les cinq protagonistes de défoncer deux voitures et de se déchaîner violemment sur deux hommes. Sur le banc, les trois prévenus ricanaient et traitaient les deux victimes présumées de menteurs. À l’arrière de la salle d’audience, des armoires à glace patibulaires assistaient en silence à ce qui se jouait face à eux.  

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