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Parricide à Esch-sur-Alzette : le procureur a requis la perpétuité


Après avoir tenté de mettre les policiers sur une fausse piste, le prévenu avait avoué le parricide. (Photo : sophie kieffer)

Daniel dit avoir la mort de son père sur la conscience. Une mort, selon lui, accidentelle. Le parquet estime que l’enquête démontre le contraire et a requis la prison à perpétuité.

Le temps est relatif. Cependant, deux à trois minutes ne sont pas une fraction de secondes. Le procureur a voulu le démontrer, hier après-midi, en laissant défiler les secondes dans une salle d’audience silencieuse. Chacun a pu apprécier.

Pour écarter tout doute, le parquet avait ordonné une autopsie. Le 26 décembre 2022, le corps sans vie de Marcel avait été retrouvé à son domicile du boulevard Kennedy à Esch-sur-Alzette par son fils Daniel. Les circonstances du décès avaient paru suspectes aux policiers qui n’avaient pas cru à la thèse du cambriolage appuyée par le fils. À raison. Le septuagénaire a bien été victime d’un crime, mais pas de la part d’un voleur inconnu. Marcel a été tué par son fils. Étranglé la veille.

Après avoir tenté de mettre les policiers sur une fausse piste, le prévenu avait avoué le parricide. Arrêté trois mois après les faits, il avait cependant affirmé ne pas avoir eu l’intention de commettre son acte. Il se tient mordicus à cette version alors que le médecin légiste est formel : un étranglement est incompatible avec un accident. La présidente de la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg et le procureur l’ont répété aux protagonistes du procès ces trois derniers jours.

Le sort de Daniel paraît scellé. Le trentenaire risque la réclusion à perpétuité requise hier par le représentant du ministère d’État. «Il est impossible, à moins de le faire exprès, de compresser de manière massive le cou de quelqu’un constamment pendant deux à trois minutes», a noté celui-ci en s’appuyant sur le rapport du légiste. «En outre, comme l’a indiqué son épouse, le prévenu avait déjà envisagé de tuer son père. Il savait qu’il était fragile.» Le magistrat n’a pas réussi à dégager de mobile. Sinon un Œdipe mal négocié.

Meurtre ou accident

Un repas de Noël arrosé avait tourné au pugilat entre le père et le fils pendant que l’épouse de ce dernier dormait. Daniel prétend avoir voulu calmer son père en passant son coude autour de son cou. Les deux hommes seraient tombés et Marcel ne se serait pas relevé. Par peur de la police et pour ne pas retourner en prison, il a mis les lieux en désordre avant de rentrer chez lui avec sa femme. Le lendemain, il avait téléphoné à son père plusieurs fois avant de faire semblant de découvrir sa dépouille.

Il est impossible, a à nouveau expliqué là légiste, que le septuagénaire, bien que soufrant de maladie cardiaque et pulmonaire, ait pu décéder après quelques secondes de pression, comme l’affirment le prévenu et sa défense. Cette dernière cherche cependant à éveiller le doute dans l’esprit des juges en insistant sur le facteur temps que là légiste n’a pas pu chiffrer à la minute près.

La suite n’est qu’une suite de «démarches hasardeuses» effectuées dans un moment de panique, selon Me Biewer. Des démarches qui devraient permettre d’écarter la préméditation. De plus, Daniel n’avait pas de raison d’intenter à la vie de son père. La défense conteste l’intention de commettre un homicide. Me Biewer a plaidé les coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner et a demandé au tribunal de prononcer une peine conforme à ce type d’infractions.

«La volonté de tuer est depuis le début, un élément déterminant pour l’issue du procès», expliqué l’avocat. «Cette mort était-elle souhaitée ou pas? La réponse fait la différence entre un meurtre ou des coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Les condamnations sont très différentes. La loi prévoit perpétuité dans le premier cas et entre cinq et dix ans de réclusion dans l’autre.»

Daniel n’a plus droit au sursis étant donné son passé judiciaire. Le jeune homme de 35 ans a passé presque plus de temps en détention qu’à l’extérieur depuis sa majorité. Le procureur ne lui avait pas trouvé de circonstances atténuantes et décelé en lui «une absence totale de repères moraux».

Le prononcé est fixé au 26 février.