Entre l’augmentation du coût de la vie et le casse-tête du logement, les offices sociaux, y compris en milieu rural, doivent faire face.
Alors que la hausse des tarifs de l’électricité et du gaz est sur toutes les lèvres, ses effets ne se sont pas encore fait sentir auprès des offices sociaux. La raison en est simple : la majorité des ménages qui font appel à leurs services ne bénéficient pas du système d’adaptation automatique des factures en fonction de leur consommation réelle. Ils ne constateront les conséquences de la levée partielle du bouclier tarifaire qu’au moment de la réception de leur décompte annuel, ce qui, à ce moment-là, posera sans doute problème.
Actuellement, «beaucoup de personnes essaient de payer d’abord les factures énergétiques pour ne pas se retrouver sans électricité ou sans chauffage», note l’une des responsables d’un office social en milieu rural qui souhaite rester anonyme. «Mais elles ont des problèmes pour régler d’autres dépenses, reprend-elle.
L’inflation est en effet passée par là. «On donne ainsi beaucoup plus de cartes d’accès à l’épicerie sociale.» Parmi ces frais figure évidemment le règlement du loyer, du moins quand on possède un toit au-dessus de sa tête. «Je prends bientôt ma retraite et je n’ai jamais vu autant de situations de détresse», confie cette responsable.
Un grain de sable et tout bascule
«La majorité des personnes aidées sont des working poor. Des salariés qui, malgré un emploi, n’arrivent pas à payer leur loyer ou seulement au prix d’une extrême précarité. Âgées entre 30 et 49 ans, elles sont à parts presque égales de nationalité luxembourgeoise et de pays de l’Union européenne», reprend-elle. «Le moindre grain de sable dans le budget, une voiture en panne, une facture imprévue et tout bascule», détaille-t-elle encore.
À cela s’ajoute la stigmatisation à affronter pour obtenir un bail : mères seules, personnes avec un Revis (revenu d’inclusion sociale), familles nombreuses ou réfugiées sont souvent rejetées par les propriétaires, qui exigent des CDI, des revenus élevés ou… une absence d’enfants.
«On fait le tour des services, des communes, du Fonds du logement… Mais il n’y a rien», soupire-t-elle. «On essaie d’aider avec le règlement de la caution, des frais d’agence, du premier loyer ou bien on s’occupe des démarches administratives pour demander la subvention de loyer, l’allocation de vie chère», poursuit-elle.
Il existe bien la gestion locative sociale, censée faire d’une pierre deux coups : proposer aux ménages à faibles revenus des logements à des prix abordables et remettre dans le circuit locatif des logements inoccupés. Mais cette alternative reste trop limitée et temporaire : «C’est une petite goutte sur une pierre chaude. Après trois ou cinq ans, les gens doivent quitter leur logement et se retrouvent au point de départ, malgré des efforts exemplaires.»
Un marché parallèle bien portant
Ce sentiment d’impuissance résume ce qu’éprouvent nombre de travailleurs sociaux face à la crise du logement. À quelques kilomètres de là, dans la capitale, le nombre de ménages aidés reste relativement stable – 3 129 en 2024 contre 3 089 en 2023 – mais cela s’explique surtout par le manque d’offre de logements. Les structures d’accueil sont saturées, et même les déguerpissements sont en hausse. Si la clientèle de l’office social est un peu différente que dans l’un des 29 autres offices sociaux du pays (beaucoup de demandeurs viennent de foyers), le constat est donc identique.
Devant la forte demande de logements, le marché parallèle prolifère. Des propriétaires peu scrupuleux louent à prix d’or des chambres meublées, souvent insalubres. D’autres vont jusqu’à publier de fausses annonces sur les réseaux sociaux, exigeant des avances pour des appartements inexistants. «Il nous arrive de signaler ces pratiques au procureur», souffle Sofia André, coordinatrice sociale à l’office social de la Ville de Luxembourg. Mais généralement, les propriétaires opèrent à la frontière de la légalité, rendant toute action coercitive compliquée.
Des difficultés de logement auxquelles assistent les offices sociaux, aux premières loges. Sofia André explique : «Dans notre service de suivi et accompagnement social, qui aide surtout le client dans les démarches administratives (…), un client sur deux nous consulte pour un problème de recours de logement.»
Or souvent, ce demandeur a déjà fait le tour de plusieurs services tout aussi désemparés. «Nous sommes le dernier maillon de l’aide sociale et quand on explique qu’on ne peut pas aider pour la cinquième fois, ça crée aussi de la frustration. Certains ne peuvent la contenir… parce qu’ils sont en détresse», glisse-t-elle.
Derrière chaque témoignage de travailleur social, une même fatigue : celle de ne pouvoir offrir de solution durable. Le Luxembourg est certes un pays riche, mais où la richesse côtoie la grande précarité. Comme le rappelait le Statec mi-mars, près d’une personne sur cinq au Luxembourg est toujours en risque de pauvreté. D’ailleurs, la première intervenante alerte sur un autre phénomène inquiétant : l’apparition de situations de grande précarité en milieu rural désormais.
«Nous rencontrons des personnes avec des troubles psychiatriques, avec des dépendances ou qui sont sans domicile… Ce qu’on voyait avant à Esch-sur-Alzette ou Luxembourg, on le voit maintenant ici aussi», témoigne l’assistante sociale. Or l’accès aux services sociaux est plus difficile à la campagne, explique-t-elle, puisque la voiture reste indispensable tout en représentant un coût. «On n’est pas un pays de cocagne, où tout le monde trouve du travail et se loge correctement», conclut-elle.

Vers une légère baisse des loyers
Les prix des loyers constituent une part non négligeable du budget des ménages. En 2023, un locataire dépensait 46 % de ses revenus pour ses dépenses préengagées (loyer, assurance…). Les statistiques livrées par atHome hier devraient donc mettre (un peu) de baume au cœur des locataires. Enfin surtout à ceux du centre et de l’ouest du Luxembourg.
Selon l’agence immobilière, en moyenne, le loyer d’un appartement au Luxembourg s’établit à 1 779 euros par mois au premier trimestre de cette année, tandis que celui d’une maison atteint 3 152 euros mensuels. Après une hausse en 2024, les loyers des maisons reculent de -1,8 % et ceux des appartements de -2,5 %, par rapport au trimestre précédent.
Dans le communiqué rédigé hier par l’agence immobilière, qui se base sur l’observation des annonces passées sur son site, en ce début d’année, «la tendance à la baisse des loyers se confirme, mettant fin à plusieurs années de hausse continue».
Une évolution traduisant un rééquilibrage progressif, qui doit toutefois être relativisée en fonction des régions observées : les loyers des maisons et appartements du Sud et du Nord connaissent une hausse. L’Est voit aussi les loyers d’appartements augmenter, comme ceux dans l’Ouest. Par contre, dans le centre et l’ouest du pays, les prix des maisons à louer diminuent jusqu’à -9,9 % pour la seconde région.