L’association Solidaritéit mat den Heescherten s’inquiète du projet de patrouilles communes entre policiers luxembourgeois et roumains prévu à partir du mois de mai prochain dans le pays. Elle craint une politique visant indirectement les Roms et les personnes pauvres.
L’association Solidaritéit mat den Heescherten met en garde contre les conséquences du renforcement de la coopération policière entre le Luxembourg et la Roumanie. Dans un communiqué publié ce mercredi 11 mars, elle réagit à l’annonce de patrouilles communes prévues à partir de mai 2026 pour lutter notamment contre la traite d’êtres humains et la mendicité organisée.
Selon l’association, ce type d’initiative risque d’alimenter une stigmatisation de certaines populations. Elle affirme que, depuis l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne en 2007, des accusations visant les Roms reviennent régulièrement dans le débat public luxembourgeois, «pleines de préjugés et sans base factuelle».
Le communiqué évoque ainsi des discours récurrents sur «des personnes qui ne voudraient pas travailler», «la mendicité organisée» ou encore «des chefs riches envoyant d’autres personnes dans la rue pour récolter de l’argent à grande échelle» : «le mot « Roms » n’a pas été prononcé, mais ce groupe était visé», note l’association luxembourgeoise.
Une «mendicité familiale»
Elle critique également certaines affirmations relayées dans le débat politique, notamment celles évoquant «des bandes organisées venant de Mont-Saint-Martin» ou encore «des limousines allemandes avec des plaques belges déposant des mendiants sur le boulevard Royal».
Selon elle, ces accusations reposeraient surtout sur des rumeurs : une enquête d’ampleur évoquée par le ministre de l’Intérieur «n’aurait finalement donné aucun résultat», de l’aveu même de Léon Gloden (CSV).
Pour les porte-paroles de Solidaritéit mat den Heescherten, «l’épisode des limousines est symptomatique : des accusations sont formulées sur la base de préjugés, mais les preuves concrètes font défaut».
Le communiqué souligne aussi que la mendicité observée dans certaines villes européennes relève souvent de situations de pauvreté extrême. Citant le documentaire Europa Passage (diffusé aux Rotondes le 15 octobre dernier), l’association explique que le réalisateur, Andrei Schwartz, n’y a pas constaté «de mendicité organisée ni de traite d’êtres humains», mais plutôt «une mendicité familiale de personnes appauvries agissant par pure nécessité».
Des coopérations avec d’autres nations ?
L’association s’interroge donc sur l’objectif réel de la future coopération policière : «S’agit-il d’interpeller des mendiants roumains avec l’aide des forces de l’ordre roumaines pour les renvoyer en Roumanie ?», demande-t-elle.
«Une telle coopération est-elle aussi prévue avec la France, la Belgique ou l’Allemagne pour les mendiants venant de ces pays ?» «Cherche-t-on à attiser la méfiance envers tous les étrangers sans revenu stable présents dans le riche Luxembourg ?»
«Après l’interdiction de la mendicité et le projet d’ »élargissement du bannissement de lieu », la reconduite de citoyens européens pauvres est-elle désormais à l’ordre du jour du ministre de l’Intérieur ?», pose Solidaritéit mat den Heescherten.