Un mouvement de contestation contre la vie chère monte en Iran depuis près d’une semaine. Si plusieurs morts sont déjà à déplorer, celui-ci ne semble pas près de s’arrêter et est soutenu par la diaspora iranienne, notamment au Luxembourg.
L’Iran a commencé l’année 2026 sous les manifestations. Depuis le 28 décembre, une mobilisation contre la vie chère embrase Téhéran et se développe petit à petit dans l’ensemble du pays. Elle a d’abord été lancée à l’initiative des commerçants. Puis les étudiants et les jeunes ont repris le flambeau et multiplient les actions, notamment dans les universités.
La raison de cette colère? Le marasme économique dans lequel est embourbé le pays depuis plusieurs années. En un an, le rial, la monnaie nationale, a perdu plus d’un tiers de sa valeur face au dollar tandis qu’une inflation à deux chiffres fragilise déjà depuis des années le pouvoir d’achat des Iraniens. Certains produits de première nécessité deviennent ainsi inabordables pour une partie croissante de la population qui subit déjà depuis quatre décennies les sanctions internationales infligées au régime iranien.
Depuis le Grand-Duché, Ali Fatemi suit de près les événements qui secouent actuellement son pays. Président de l’Association des jeunes Iraniens au Luxembourg (AJIL), il expliquait déjà, il y a deux ans dans nos colonnes, que la société iranienne était devenue «explosive».
La grogne qui monte en ce moment confirme son analyse et rappelle les affrontements survenus fin 2022, à la suite de la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté. Alors que plus d’une centaine de personnes avaient trouvé la mort à l’époque, les manifestation actuelles n’ont pour le moment pas pris la même ampleur. «Huit jeunes ont déjà trouvé la mort», précise tout de même Ali Fatemi.
Pour lui, le mouvement ne devrait pas s’arrêter de sitôt tant les tensions au sein de la société iranienne sont fortes. La contestation, si elle continue de grandir, pourrait même à terme renverser le régime. «À mon avis, cela passera par le soulèvement des citoyens. Mais pour changer de régime, le mouvement doit encore se radicaliser», explique le jeune homme, qui suit la contestation au rythme des communiqués officiels du Conseil national de la résistance iranienne, le principal opposant à l’étranger contre le pouvoir en place.
«On est obligé d’en passer par là»
Alors que les heurts se multiplient depuis le début de la semaine dans plusieurs villes et dans la capitale, où trente personnes ont été arrêtées jeudi pour «troubles à l’ordre public» d’après l’agence de presse Tasnim, Ali Fatemi souhaite que, malgré les risques pour la population, la contestation s’intensifie.
«On espère tous que les rebelles vont réussir à renverser le gouvernement. Il faut essayer de garder le feu allumé.» S’il pense évidemment à sa famille restée là-bas, et avec laquelle il est en contact via WhatsApp, l’enjeu pour son pays dépasse ses peurs. «Je m’inquiète pour eux, mais je m’inquiète aussi pour tous les Iraniens. On est obligé d’en passer par là.»
Lui non plus ne compte pas rester les bras croisés. Si une première manifestation organisée par l’AJIL au Luxembourg n’a finalement pas été autorisée par la police, l’association va continuer d’apporter à sa manière un soutien à la contestation. Alors qu’un grand mouvement international est prévu ce samedi dans de nombreuses capitales, notamment devant l’ambassade d’Iran à Bruxelles, l’AJIL sera de son côté présente dans les rues de Luxembourg. «Nous devions aller à Bruxelles, mais finalement nous allons manifester devant le ministère des Affaires étrangères.»
Une manière de montrer que, peu importe où ils se trouvent, les Iraniens sont solidaires des manifestants et exigent eux aussi que le pouvoir laisse la main à un régime plus démocratique et soucieux des libertés fondamentales.