Entre ferveur nationale, enjeux politiques en coulisses et passage de témoin entre générations de l’Eurovision, récit d’une soirée où le Grand-Duché a une nouvelle fois prouvé que sa passion pour le concours reste intacte.
Jamais deux sans trois. Le Luxembourg Song Contest (LSC) a de nouveau fait vibrer la scène de la Rockhal. Après plus d’une semaine de préparatifs — des centaines de projecteurs, des caméras par dizaines et une scène métamorphosée — le désormais traditionnel rendez-vous musical a pris place, ce samedi soir, dans la célèbre salle de spectacle d’Esch-sur-Alzette. Toujours sous l’égide de RTL, aux manettes techniques et à la présentation, de gros moyens ont été déployés pour cette troisième édition. «La première année était une surprise pour nous. Organiser un tel événement en un an est un défi, surtout avec les règles de l’Eurovision qui sont très complexes. Il a fallu tout apprendre. Réaliser un show comme celui-ci était un véritable challenge», explique Jeff Spielmann, responsable médias ESC pour le Luxembourg.
Une troisième édition qui a été inaugurée par le vainqueur de l’Eurovision 2025, le chanteur autrichien Johannes Pietsch, alias JJ. Sur la scène de la Rockhal, il a interprété son titre phare Wasted Love, mais aussi l’un de ses nouveaux morceaux. Quelques heures plus tôt, en conférence de presse, il confiait se produire pour la «première fois au Luxembourg» et racontait aux journalistes comment l’Eurovision avait «radicalement changé sa carrière et sa vie».
Un récit qui a fait écho à celle de Sandra Kim, grande gagnante de l’Eurovision en 1986. La Belge a repris son titre «fétiche», J’aime la vie sur la scène du LSC. Cette victoire, décrochée à seulement treize ans et demi, reste un épisode singulier dans sa vie d’artiste. «Je n’étais pas préparée à devenir chanteuse, ni à gagner. À cet âge-là, on n’est pas pour le show-business. J’adorais chanter. J’avais un don, mais je ne voulais pas être chanteuse. J’ai voulu faire plaisir à mon équipe et à ma famille car nous adorions regarder le concours le soir. C’était compliqué psychologiquement, mais je reste très fière d’avoir gagné», a-t-elle confié.
Des favoris et des surprises
Cette soif de victoire, tous les artistes présents sur scène ce samedi soir la partageaient. Huit artistes au style très différent. À commencer par Steve Castile. Si à l’écoute de son morceau Sweet Tooth, on n’aurait pas parié sur lui, la mise en scène atypique aux airs de Thriller, a su le démarquer. Le jury international et le public l’ont d’ailleurs hissé en deuxième position du LSC. Présentée comme l’une des favorites du LSC, Daryss, et sa scénographie océanique, n’ont, en revanche, pas autant convaincu. Sa chanson, composée par l’auteur de Voilà (Barbara Pravi), s’inspirait pourtant de la célèbre légende luxembourgeoise de Mélusine.
Bien que le public ait apprécié les performances énergiques de Hugo One, du groupe belge ShiroKuro, l’originalité d’Andrew the Martian ou la simplicité de Luzac, deux candidates se sont véritablement distinguées ce samedi soir. Irem et Eva Marija. Avec son titre Bad Decisions, Irem, la chanteuse «étudiante-astronaute», a marqué la scène du LSC avec sa performance audacieuse. Très suivie sur les réseaux sociaux, elle était l’une des favorites de la jeune génération.
Mais le jury international et le public (comptant chacun pour 50 % des votes) ont préféré Eva Marija. Avec son titre Mother Nature, la jeune chanteuse a offert une prestation remarquée et très applaudie par le public de la Rockhal. Sur scène, elle pouvait compter sur le soutien de sa famille, véritable fan club qui pendant toute la durée du show a scandé son nom. Fébrile à l’annonce des résultats, Eva Marija a pourtant été largement plébiscitée par le public et le jury international. C’est donc un «rêve» qui se réalise pour la chanteuse violoniste. Elle s’envolera en mai prochain pour représenter le Luxembourg à l’Eurovision à Vienne. Elle devra d’abord franchir l’étape des demi-finales pour espérer briller lors de la grande finale prévue le 16 mai.
«Toutes ses copines sont fan»
Samedi soir, près de 2 000 personnes ont assisté à la troisième édition du Luxembourg Song Contest.
Le «nation branding» était bien de retour pour la troisième édition du LSC. Dans la grande salle de la Rockhal, bondée, les drapeaux luxembourgeois «offerts au public» se sont agités toute la soirée et notamment de la prestation de Laura Thorn, heureuse gagnante de l’édition 2025 qui a interprété son titre phare La poupée qui dit non. Une allure de «meeting politique musical» qui a de nouveau compté sur la présence, entre autres, du Premier ministre, Luc Frieden, de Xavier Bettel, ou encore du ministre de la Culture, Eric Thill.
La politique n’était pourtant pas loin. Devant la Rockhal, une trentaine de manifestants du collectif BDS ont réclamé le boycott de l’Eurovision en raison de la participation d’Israël. Cinq pays ont annoncé qu’ils ne participeraient pas cette année à la 70e édition de l’Eurovision. Un choix que n’a pas souhaité suivre le Luxembourg qui a maintenu sa participation. Mais à l’intérieur de la salle, l’heure était plutôt à la célébration. Dans la foule de spectateurs, très nombreux, certains brandissent déjà le drapeau luxembourgeois, quand d’autres affichent fièrement la pancarte «12 points goes to Luxembourg».
Le drapeau du Grand-Duché sur les épaules, Léonardo, est venueau Luxembourg Song Contest pour une raison bien particulière. «Je viens soutenir mes amis qui se produisent sur la scène du LSC. Je suis moi-même chanteur, j’ai participé aux auditions, mais malheureusement je n’ai pas été sélectionné», confie-t-il.
À quelques mètres de lui, Marie 20 ans, originaire de la région de la Moselle, est une grande fan de l’Eurovision. «J’ai toujours suivi, mais je suis encore plus assidue depuis que le Luxembourg a fait son grand retour», explique-t-elle. Alors que le concours de l’Eurovision fêtera ses 70 ans à Vienne en mai prochain, le spectacle télévisuel le plus suivi d’Europe ne semble pas prendre une ride. Clara, 15 ans, venue avec son groupe d’amis connaît bien le concours. «J’ai suivi le parcours de Tali et de Laura Thorn notamment sur les réseaux sociaux. J’adore leur univers», confie-t-elle.
Caroline, originaire de Junglinster s’est rendue avec sa fille d’à peine 10 ans, au Luxembourg Song Contest. Et ce n’est pas la mère de famille, la grande passionnée du concours. «Non, non, c’est ma fille. Toutes ses copines sont fans, surtout des anciennes représentantes, Tali et Laura Thorn», sourit-elle. Des amoureux de l’Eurovision, on en trouve de nombreux dans la salle de la Rockhal. Vladimir a fait le déplacement spécialement d’Allemagne pour le Luxembourg Song Contest. Alors si ses favoris n’ont pas gagné, il reviendra sans hésiter l’année prochaine pour la nouvelle édition du LSC.