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Luxembourg : sexe, drogue et viols présumés


Massimo reconnaît tout, mais ne se souvient plus de grand-chose. (Photo : archives lq)

Le chemin de Sandra a été semé d’embûches. Son ancien compagnon d’infortune était, à l’entendre, sans doute la plus grosse. Il l’aurait violée et séquestrée sous l’empire de cocaïne.

La vie de Sandra, 45 ans, n’a rien d’un long fleuve tranquille. Dès sa naissance, les fées ont oublié de se pencher sur son berceau. Orpheline ballottée de foyer en foyer avant la déscolarisation, la rue, les drogues, les mauvaises rencontres, la prison, le suicide d’un compagnon, le placement de son fils et finalement les agressions de Massimo quand il a consommé de la cocaïne. 

Le couple, sans domicile fixe à l’époque des faits traités par la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, aurait vécu d’amour, d’emprise et d’injections de diverses substances stupéfiantes ainsi que du produit de la manche et de vols commis par Massimo. De l’alcool qu’il revendait à des cafetiers et des parfums que les serveuses de cabaret lui auraient commandés, rapporte un expert judiciaire.  

Ils alternent les hauts et les bas, de moments de répit et d’envie de s’en sortir aux séjours derrière les barreaux faute de cadre structuré. Mardi après-midi, le prévenu n’était pas présent au tribunal et s’est fait représenter par son avocat, Me Stroesser. Dans la nuit du 10 au 11 septembre 2020, il aurait séquestré Sandra dans le garage d’un squat utilisé par les toxicomanes, après l’avoir violée et lui avoir causé des coups et blessures, affirme sa victime présumée. 

Massimo avait bloqué la porte du garage avec une pelle, témoigne une enquêtrice de la police judiciaire. Malgré cela, terrifiée, Sandra aurait réussi à s’enfuir. Une dispute aurait éclaté après un shoot de cocaïne en intraveineuse et eu un premier rapport sexuel. Massimo aurait ensuite battu sa compagne, l’aurait étranglée et menacée avec un tesson de bouteille et une seringue avant de la violer. Selon Sandra, cela n’aurait pas été la première fois qu’elle subissait ce type de traitement.  

Le lendemain matin, la victime a envoyé un SOS à une assistante sociale du night shelter de la Croix-Rouge où ils avaient l’habitude de séjourner. «Il ne la laissait jamais seule. On voyait qu’elle avait régulièrement des blessures sur le corps. Elle ne pouvait parler à personne sans que Massimo n’écoute», rapporte l’éducatrice. «Elle m’avait confié ses difficultés avec lui. Il la dominait, il était violent.» L’appel au secours de Sandra ne l’a pas étonnée et elle s’est empressée de prévenir la police. «Elle a besoin d’aide.» Pour s’affranchir de l’emprise de Massimo, notamment.  

«Je l’ai laissé faire»

Le couple est séparé aujourd’hui, mais Massimo refuserait de lâcher prise. «Il est encore venu cette nuit frapper à ma fenêtre. J’appelle la police trois fois par jour», indique Sandra qui a un mal fou à lui échapper. «Cette nuit-là, il m’a frappée avec tout ce qui lui passait sous la main», poursuit-elle. «J’ai cru que je n’y survivrai pas. Il m’a menacée de m’égorger avec un éclat de verre, de me crever un œil avec une seringue. J’avais peur, mal partout, je n’avais plus de dents dans la bouche… Je l’ai laissé faire.» 

Dans un premier temps, elle refuse de porter plainte contre Massimo pensant conserver une carte à jouer pour le maintenir à distance. Une experte judiciaire et l’assistante sociale estiment que la victime présumée n’invente rien. Un expert psychiatre décrit un prévenu violent à la personnalité dissociale en proie à des hallucinations dues à une psychose induite par sa consommation de stupéfiants. «Il avait l’impression d’être en train de la perdre et voulait la dominer sexuellement pour la garder.»

Massimo ne conteste pas le viol, les coups et blessures et les menaces, selon son avocat. «En raison de cette psychose, il ne conteste pas les détails» dont il ne se souviendrait plus. «Il n’y a pas d’infraction distincte», résume l’homme en noir avant de demander au tribunal de ne pas retenir la circonstance aggravante de la cohabitation et la séquestration. 

«Sandra est entrée dans le garage sans qu’il ait besoin de la contraindre. Elle y est allée dans l’intention de consommer des stupéfiants et d’avoir un rapport sexuel», note Me Stroesser. De plus, Massimo aurait utilisé la pelle pour «empêcher quelqu’un de rentrer, pas de sortir». Le substitut le rejoint sur ce point avant de requérir une peine de neuf ans de prison à l’encontre du prévenu. 

Leurs avis divergent cependant quant à l’altération des capacités de discernement et de contrôle ainsi qu’aux faits antérieurs reprochés à Massimo. Le magistrat estime que le prévenu connaissait les effets de la prise de stupéfiants sur sa personnalité et l’avocat pointe la maladie qu’est la dépendance et «le manque de précision» sur les autres violences subies. 

L’avocat réclame une peine qui n’excède pas les 24 mois de prison. Le prononcé est fixé au 5 février.

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