En réponse à la colère des syndicats, le Premier ministre souligne sa volonté de maintenir un dialogue constructif. La table ronde sociale sera lancée après les vacances de Carnaval en format bipartite.
«Je respecte ceux qui appellent à manifester dans la rue ou à faire grève générale», introduit Luc Frieden dans son analyse de la situation sociale très tendue. «Je pense qu’il sera possible dans les mois à venir, comme par le passé, de ne pas parler de querelles, mais du chemin à emprunter pour avancer ensemble», enchaîne le Premier ministre, soulignant son plein respect pour les syndicats. Mieux, il dit aborder les pourparlers à venir avec les chefs de file de l’OGBL et du LCGB «avec plaisir».
La fameuse table ronde sociale, mise en perspective début janvier pour calmer les ardeurs, va cependant prendre une autre forme que celle espérée par le camp syndical. «Il ne s’agira pas d’une grand-messe unique au château de Senningen où des décisions seront prises. La table ronde doit permettre un échange régulier avec les syndicats», détaille le chef du gouvernement.
Des réunions bilatérales après les vacances
La première étape de ce nouveau format de dialogue sera lancée après les vacances de Carnaval avec, dans un premier temps, des réunions bilatérales avec les syndicats et le patronat. «En collaboration avec les ministres du Travail et de l’Économie, je souhaite savoir quelles sont les grandes doléances et attentes des deux camps sur les conventions collectives, mais aussi sur l’organisation des temps de travail, où il faudra voir comment on pourra au mieux les adapter aux temps modernes», met en perspective Luc Frieden. «Je suis très intéressé et ouvert à mener ces discussions», renchérit-il.
Après les réunions bilatérales, il serait aussi possible de poursuivre le dialogue à trois. «La table ronde sociale ne pourra cependant jamais remplacer les autres organes, comme le Comité permanent du travail et de l’emploi et la tripartite», souligne le Premier ministre.
L’intérêt primaire serait d’assurer le «bon fonctionnement» du dialogue social. À l’image des négociations constructives menées avec la CGFP, Luc Frieden et les ministres de tutelle comptent «poursuivre les discussions avec les présidents de l’OGBL et du LCGB». Le Premier ministre insiste sur un point : «Contrairement à ce que certains affirment, le dialogue social n’est pas cassé.»
«Encourager le progrès social»
Le gouvernement reste toutefois décidé à «moderniser le Luxembourg et le droit du travail». «On doit s’adapter aux nouvelles réalités de vie, ce qui correspond à la volonté de nombreuses personnes qui ont voté pour cette coalition», insiste Luc Frieden. Cette modernisation doit de préférence se faire «dans le dialogue». «Il est dans l’intérêt du gouvernement et des partenaires sociaux de conserver la paix sociale et d’encourager le progrès social», souligne le Premier ministre. Or, à un certain moment, «la Chambre des députés devra trancher».
Il y a une semaine, le LCGB et l’OGBL avaient encore renforcé leur front uni avec l’adoption d’une résolution commune au congrès du syndicat chrétien. Luc Frieden salue le fait que trois ministres ont assisté à ce congrès, sans toutefois commenter le règlement de comptes du président Patrick Dury, en présence du vice-Premier ministre, Xavier Bettel, ainsi que des ministres du Travail, Georges Mischo, et de l’Économie, Lex Delles.
Vers une grève générale ?
«Si nous n’obtenons pas satisfaction, nous allons aller au-delà d’actions syndicales et de la grande manifestation nationale du 28 juin. Si cela s’avère nécessaire, il y aura une grève générale», avait souligné le président du LCGB.
Les grands points de divergences sont le futur cadre légal sur les conventions collectives ainsi que la flexibilisation et l’extension des heures de travail dans le commerce, avec notamment une généralisation du travail dominical. Le camp syndical évoque une «attaque sans précédent» sur les acquis sociaux et le modèle social du Luxembourg.
Le Premier ministre appuie une nouvelle fois sur le fait que le gouvernement ne compte pas remettre en question le droit exclusif des syndicats à négocier et signer des conventions collectives. La question – qui reste ouverte – est de savoir si des éléments clés seront sortis de la négociation collective.