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Luc Frieden : «Des choix difficiles sont à faire, et nous les ferons»


«Nous ne pouvons pas nous contenter du statu quo. Le gouvernement a pour charge de mettre en œuvre une politique ambitieuse», clame le Premier ministre. (Photo : hervé montaigu)

En dépit des remous internes et des vents contraires, le Premier ministre, Luc Frieden, assume pleinement l’action de son gouvernement, défend un bilan solide et affiche sa détermination à maintenir le cap des réformes.

C’est un Luc Frieden serein que nous avons rencontré en début de semaine dernière pour faire une rétrospective sur ces douze derniers mois, mais aussi des deux premières années du mandat du gouvernement CSV-DP. Le Premier ministre assume ses choix, sur le fond et majoritairement aussi sur la forme. En 2026, lui et son équipe gouvernementale sont décidés à continuer à aller de l’avant.

Une année plutôt turbulente s’est soldée par la démission du ministre Georges Mischo. Lors de l’annonce de son retrait, le 8 décembre dernier, vous aviez expliqué que les critiques incessantes ne lui permettaient plus de travailler dans la sérénité nécessaire. Maintenez-vous qu’il n’a commis aucune faute?

Luc Frieden : À ce jour, je n’ai pas d’éléments indiquant une faute de la part de Georges Mischo. Mais le contexte général lui a rendu la vie ministérielle extrêmement difficile. Et donc je comprends sa décision.

Vous aviez affirmé, le même jour, ne pas disposer de tous les éléments pour porter un jugement sur le dossier du musée des Sports. Depuis, avez-vous eu l’occasion de vous plonger davantage dans ce dossier? Et craignez-vous qu’il puisse, malgré son retrait, encore avoir des suites – y compris sur le plan politique?

La nouvelle ministre des Sports a annoncé qu’elle allait charger un avocat d’examiner si oui ou non le protocole d’accord signé par son prédécesseur – un document dont le Conseil de gouvernement n’avait pas connaissance – aurait dû être soumis à la procédure des marchés publics. C’est une question juridique à laquelle doit répondre un expert. Par ailleurs, le gouvernement répondra bien évidemment aux questions que la Chambre des députés posera. C’est normal en démocratie.

Le ministère du Travail est repris en main par Marc Spautz. Quelle est la mission que vous lui fixez?

Sa mission est la même que pour tout autre membre du gouvernement : mettre en œuvre le programme gouvernemental. Le ministre Spautz connaît extrêmement bien les dossiers en matière de droit du travail, ce qui lui a permis d’être dès le début pleinement opérationnel. C’était d’ailleurs un élément clé dans mon choix.

Marc Spautz a déjà annoncé un changement de stratégie pour relancer le dialogue social. Il compte ainsi emprunter des chemins différents pour transposer les réformes ancrées dans l’accord de coalition. Est-ce que vous lui accordez cette marge de manœuvre?

Bien sûr. Je crois que chaque ministre a son style. Il est évident que le gouvernement souhaite que les partenaires sociaux soient pleinement impliqués dans le processus d’élaboration de nos lois. Mais je lance également un appel aux deux camps pour avoir le sens du compromis. Ce n’est pas simplement le travail du gouvernement, les employeurs et les syndicats doivent aussi essayer de trouver des accords en commun.

Le Premier ministre se dit «très satisfait» des accomplissements de l’équipe gouvernementale. «Nous avons avancé, nous avons fait des compromis, nous avons écouté aussi», met-il en avant. (Photo : hervé montaigu)

Dans son rôle de chef de fraction, Marc Spautz n’a pas hésité à mettre la pression sur le gouvernement pour éviter une libéralisation jugée excessive, que ce soit en matière de conventions collectives ou de droit du travail. En tant que leader de l’aile sociale du CSV, le nouveau ministre ne risque-t-il pas de semer la discorde au sein du gouvernement?

Au contraire. La force du Parti chrétien-social a toujours été de représenter l’ensemble de la population. J’aime bien que différentes sensibilités s’expriment, tant dans la société qu’au sein du parti que je préside. Et donc, avoir Marc Spautz avec nous est un élément clé pour réussir à mettre en œuvre la modernisation du pays. Les temps changent, nous sommes dans une situation géopolitique et économique pleine de défis. Nous ne pouvons pas nous contenter du statu quo. Le gouvernement a pour charge de mettre en œuvre une politique ambitieuse pour avoir des emplois, pour avoir une économie qui fonctionne afin de financer un État social fort, pour financer les mesures de sécurité interne et externe, ainsi que la transition écologique. Il me plaît d’avoir toutes les sensibilités à bord pour relever cet ensemble de défis.

Vous êtes aussi beaucoup critiqué en tant que Premier ministre. Est-ce que vous ressentez, notamment au vu des récents sondages, que vous sortez affaibli de cette année 2025? Est-ce que votre autorité, votre crédibilité ont pris un coup?

Non, je crois que la démocratie luxembourgeoise est vivante, et je l’aime bien. Mais quand on est Premier ministre, on n’a pas pour objectif premier d’être populaire, mais de s’attaquer aux dossiers difficiles. Je suis bien conscient que si le gouvernement n’avait pas fait une réforme des pensions, je serais, et le gouvernement dans son ensemble serait plus populaire. Et je suis, en fait, très satisfait de ce que nous avons accompli en tant qu’équipe après deux années en fonction. Nous avons engagé des réformes structurelles en matière de logement, d’énergies renouvelables, de pensions et de sécurité sociale au sens large. Nous avons avancé, nous avons fait des compromis, nous avons écouté aussi. Et nous allons continuer, dans les trois années à venir, à mettre en œuvre le programme pour lequel nous avons été élus.

Est-ce que vous assumez les réformes structurelles sur le fond, mais aussi sur la forme, sachant qu’on vous reproche un style qui court-circuite un véritable dialogue, en se contentant de consulter avant de décider seul?

Je parle aussi à beaucoup de citoyens qui me disent qu’ils soutiennent ces réformes. Je rencontre beaucoup de gens dans la rue qui me félicitent pour le courage du gouvernement d’avoir osé s’attaquer au problème des pensions. Il faut bien évidemment entendre les critiques, mais je crois qu’il faut aussi entendre les autres voix qui s’expriment de façon moins bruyante que les autres.

On a quand même l’impression que ce gouvernement fait face à une levée de boucliers d’une ampleur assez inédite, qui ne concerne pas seulement les partenaires sociaux, mais aussi de larges franges de la société civile. Comment expliquez-vous cette gronde?

Il est évident que nous continuerons à parler de façon continue aux syndicats. Les différents ministres le font d’ailleurs dans leurs dossiers respectifs. J’aime bien un pays dans lequel il y a une certaine cohésion sociale et un sens du compromis. Mais il faut aussi accepter que les partenaires sociaux ne soient pas toujours du même avis. Il faut donc en tant que gouvernement, en tant que majorité parlementaire, aussi trancher des questions. Par définition, le compromis ne plaît pas toujours à tout le monde. Nous voulons avancer dans les dossiers principaux. Je cite encore l’économie, la lutte contre la pauvreté, les réformes fiscales dans l’intérêt des familles, la santé. Tant de dossiers sur lesquels des choix difficiles sont à faire, et nous les ferons.

Vous clamez que le gouvernement a déjà tenu un nombre important de promesses formulées en début de mandat. Quelles sont les avancées majeures que vous souhaitez mettre en avant, mais qui ne sont peut-être pas suffisamment perçues ou reconnues?

Elles sont nombreuses. J’en mentionnerai quelques-unes. Nous avons augmenté le pouvoir d’achat des gens en réduisant la charge fiscale. Nous avons introduit bon nombre de mesures pour améliorer la situation sur le marché du logement, mesures qui doivent encore être en partie adoptées par la Chambre pour construire plus et plus vite. Nous avons augmenté le revenu des personnes à revenus très modestes. Nous avons réduit l’impôt sur les collectivités. Et nous avons investi massivement, ce qui contribue à créer des emplois dans le secteur de la construction. Nous avons en outre renforcé les droits des femmes par un certain nombre de mesures.

Donc, à la fois sur les questions de société, sur les questions économiques et sur les questions sociales, nous avons fait de grands progrès. Mais il reste trois années devant nous, et certaines de ces mesures doivent encore pleinement produire leurs effets.

La réforme des pensions a été adoptée jeudi soir au bout d’un processus chahuté. Ne regrettez-vous pas d’avoir, lors de la déclaration sur l’état de la Nation, pris les devants en annonçant une réforme incisive, qui a même pris de court votre partenaire de coalition, le DP?

Je crois que j’aurais pu rester plus vague et laisser le soin au ministre de tutelle d’entrer dans les détails. Mais, au fond, je suis fier que, en tant que majorité gouvernementale, nous ayons réussi à faire une réforme des pensions – ce qui n’a pas été possible au cours des douze dernières années. Elle va trop loin pour les uns et pas suffisamment loin pour les autres. Je crois que toute réforme des pensions est difficile à mener. Les gouvernements qui nous succéderont devront poursuivre ce débat difficile. Le problème fondamental, trop peu discuté, est que le financement de notre système restera complexe, puisque les gens passent aujourd’hui beaucoup plus de temps à la retraite qu’il y a une trentaine d’années. Et donc forcément, avec une croissance économique moins forte, des défis de financement se posent dans un système de répartition auquel nous sommes attachés.

«Je rencontre beaucoup de gens dans la rue qui me félicitent pour le courage du gouvernement d’avoir osé s’attaquer au problème des pensions», avance Luc Frieden. (Photo : hervé montaigu)

Une de vos grandes priorités est la lutte contre la pauvreté, et en particulier contre la pauvreté infantile. Le Plan d’action national, présenté début décembre, va-t-il enfin permettre d’inverser enfin la vapeur?

Les mesures que nous avons prises portent déjà leurs fruits puisque nous avons augmenté l’allocation de vie chère, nous avons augmenté la prime énergie et surtout, nous avons introduit un système qui permet aux gens à revenus modestes de voir s’allouer automatiquement ces aides, même s’ils ne formulent pas de demande. Je crois que c’est un changement de paradigme fondamental. Par ailleurs, dans une société comme la nôtre, où le revenu moyen est assez élevé, il est évident que ceux avec des revenus très modestes, vu aussi les prix du logement, vivent dans une situation très compliquée. Je suis convaincu que les mesures reprises dans le plan d’action, qui sont des mesures transversales, aideront, sur le moyen terme, à réduire le risque de pauvreté. Beaucoup de ces mesures ont d’ailleurs été élaborées en étroite coopération avec la société civile, avec les ONG actives dans ce milieu et cela me donne à penser que oui, on a trouvé les bonnes mesures pour améliorer la situation des familles et notamment des enfants.

Quand on est Premier ministre, on n’a pas pour objectif premier d’être populaire

Quelles sont les grandes priorités que vous vous fixez en tant que chef du gouvernement pour 2026?

Premièrement, l’économie et les emplois. Deuxièmement, le logement. Troisièmement, la santé. Et quatrièmement, la lutte contre la pauvreté. Et si je puis en ajouter une cinquième, c’est la mise en œuvre plus rapide des mesures pour les énergies renouvelables.

Un dernier mot sur l’économie et l’emploi. Le plan social chez Amazon, qui touche finalement 370 salariés, est-il un signal annonciateur d’autres coups durs à venir?

La croissance économique reste très faible, même si elle repart légèrement à la hausse depuis l’arrivée de ce gouvernement fin 2023. Je ne peux pas présumer de ce que les entreprises décideront, mais je constate que, pour certaines d’entre elles, la situation est difficile. Dès lors, la responsabilité de l’État est claire : nous devons nous battre pour le maintien et la création d’emplois, en veillant à offrir aux entreprises un environnement économique propice. C’est précisément l’objectif que nous nous sommes fixé. Et c’est aussi la raison pour laquelle, au niveau tant européen que luxembourgeois, nous nous battons pour une réglementation moins rigide qui permette aux entreprises de produire, d’innover et non pas simplement de remplir des formulaires.

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