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Les toilettes unisexes font plouf


Le CSV ne veut pas en entendre parler, l’ADR non plus. Dans l’opinion publique, l’idée de sanitaires unisexes passe mal aussi. Le concept risque de tourner court. (Photo : archives lq/julien garroy)

La polémique autour des toilettes unisexes dans les lycées est surprenante. Cette mesure fait partie intégrante du Plan d’action national pour la promotion des droits des personnes LGBTIQ+.

Présidente de la commission Éducation, Barbara Agostino (DP) a été aussi surprise que tous les autres membres de la commission quand le haut fonctionnaire, Christian Ginter, leur a fait par des plans relatifs aux vestiaires et toilettes unisexes dans les futurs lycées. «Ce n’était pas une revendication des pétitionnaires», rappelle la députée qui cache difficilement son exaspération face à cette polémique. «On était tranquille maintenant depuis un an sur le sujet LGBT, après les deux débats, tout le monde s’était apaisé et boum, on nous déclenche une tempête avec cette idée de sanitaires unisexes.»

En commission mixte Éducation et Famille, mardi dernier, tout le monde est resté étrangement silencieux sur le sujet. À part, Fred Keup (ADR), qui voulait être sûr d’avoir bien compris le concept pour mieux s’y opposer, et Georges Engel (LSAP), qui trouvait l’idée plutôt très bien. Les autres sont restés cois. Deux jours plus tard, donc jeudi, le CSV s’est carrément positionné contre ce concept et l’a fait savoir sur les réseaux sociaux.

De quoi faire jubiler l’ADR, chantre de l’antiwokisme dans l’arène politique. La députée Barbara Agostino regrette d’ailleurs amèrement qu’une telle décision, à laquelle personne ne s’attendait, contribue à apporter de l’eau au moulin des ultraconservateurs. «L’école doit être un lieu sûr, que tu ailles aux toilettes, dans la salle de sport ou dans la cour de récréation», explique-t-elle. La députée libérale a décidé de demander des précisions au ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch (DP), et à la ministre de l’Égalité des genres, Yuriko Backes, à travers une question parlementaire qu’elle a rédigée vendredi, très spécifiquement autour de ce nouveau concept d’infrastructures inclusives.

«Nous avons reçu des PDF de présentation sur les différentes mesures que compte mener le gouvernement pour le respect de la diversité dans le domaine scolaire et il y avait des choses très intéressantes à discuter, comme le contenu des formations pour le personnel enseignant et surtout les matériels didactiques élaborés pour chaque tranche d’âge, mais on a passé 25 minutes à discuter sur les toilettes!», lâche Barbara Agostino.

Une occasion ratée

De mémoire de députée, elle n’a jamais vu une présentation aussi mal ficelée, ce qui l’étonne de la part d’un Claude Meisch réputé pour bien connaître ses dossiers.

Finalement, il ne s’agit pas ici de généraliser les toilettes mixtes, mais d’un projet pilote qui ne concerne que le lycée technique du Centre (LTC) et qui doit encore être approuvé par la Chambre des députés. Autant dire que son avenir est compromis, vu l’opposition du partenaire de coalition.

En commission, Christian Ginter avait bien précisé au député ADR Fred Keup, que les urinoirs allaient disparaître. La députée Barbara Agostino demande clairement dans sa question parlementaire, qui a été consulté exactement dans l’élaboration de ce concept. «Les toilettes et vestiaires unisexes seront généralisés?», questionne-t-elle encore, et si oui, «dans quels délais?».

Si, effectivement, les sanitaires doivent être exclusivement mixtes, « comment être sûr de garantir l’intimité des uns et des autres? ». Autant de questions que se pose la députée, du même bord politique que son ministre. Et elle n’est pas la seule. Dans l’opinion publique, l’idée ne passe pas très bien. «Selon moi, Il faut avoir des WC hommes, des WC femmes et des mixtes pour ceux que ça ne dérange pas, où les jeunes transgenres peuvent se rendre», conclut Barbara Agostino sur le sujet.

Son grand regret reste que les points importants ont été survolés. Les services du ministère ont annoncé treize nouvelles formations sur la problématique LGBTIQ+ et l’éducation sexuelle et affective, mais sans entrer dans les détails. «De quoi parlent-ils dans les écoles? Les parents aussi auraient voulu le savoir», explique Barbara Agostino. Les exemples manquaient. Une occasion ratée.

Claude Meisch surpris

Le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, s’est dit étonné de la réaction du CSV qui se prononce aujourd’hui contre tout concept de sanitaires unisexes dans les établissements scolaires. Cette mesure figure pourtant dans le Plan d’action national pour la promotion des droits des personnes LGBTIQ+, adopté en Conseil de gouvernement l’été dernier. À la page 26, un encadré y est dédié dans lequel on lit «qu’il a été décidé que tout nouveau bâtiment scolaire doit être équipé de sanitaires et de vestiaires inclusifs. De plus, les établissements existants sont appelés à adapter progressivement leurs infrastructures, en fonction des ressources disponibles. Ces démarches visent à garantir un environnement respectueux, sûr et accessible pour tou·tes les élèves, quelles que soient leur identité de genre ou leur expression de genre».

Ce plan a été présenté par Yuriko Backes en juillet dernier, mais peu de députés ont pris la peine de le lire, sinon dans les grandes lignes, peut-être. Comment expliquer, sinon, leur surprise à l’annonce du projet pilote prévu au lycée technique du Centre.

 

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