Cette obligation d’État, offrant un rendement net de 2,25% pendant trois ans, permet aux citoyens de financer directement l’effort de défense nationale.
Le Grand-Duché a lancé, jeudi, la première obligation d’État dédiée à ce secteur en Europe. Appelé «Defense Bond», ce nouvel instrument financier permet à chaque citoyen de soutenir ce domaine de plus en plus porteur dans le pays.
À l’occasion d’une conférence de presse, le ministre des Finances, Gilles Roth, a expliqué en détail le principe de cette obligation d’État. «Le but de cette souscription est de lancer un produit d’épargne populaire. Le rendement net et fixe pour les citoyens est de 2,25%. Il est garanti sur une période de trois ans», précise-t-il. Il souligne que cet investissement «s’adresse aux citoyens, résidents, et non pas aux clients institutionnels (…). Il est aussi destiné aux petits épargnants étant donné que les tranches de cet emprunt obligataire sont limitées à 1 000 euros». Ce montant peut, toutefois, aller jusqu’à 150 000 euros par personne et par banque.
Avec ce nouvel emprunt, les résidents luxembourgeois pourront également bénéficier «d’une fiscalité avantageuse». Les intérêts seront, en effet, exonérés sur l’impôt sur le revenu. «Ils seront versés une fois par an à partir du jour d’émission, c’est-à-dire à partir d’aujourd’hui», précise Gilles Roth. Au total, cinq banques luxembourgeoises (Spuerkeess, BGL BNP Paribas, Banque internationale à Luxembourg, Banque de Luxembourg, Banque Raiffeisen) participent à ce projet.
150 millions d’euros et pas plus
L’objectif de cette nouvelle souscription ouverte jusqu’au 30 janvier est de récolter le montant de 150 millions d’euros. «Cette somme représente environ un tiers de la force supplémentaire que l’État luxembourgeois s’est engagé à réaliser pour atteindre les 2% du revenu national brut pour la défense (…). C’est un investissement sûr dans le contexte géopolitique actuel», souligne le ministre des Finances.
Une fois que cette enveloppe de 150 millions d’euros sera atteinte, les souscriptions s’arrêteront. «Il n’y a pas de nombre d’investisseurs limités. Les premiers arrivés seront les premiers servis (…). Je n’exclus pas, en fonction de l’attractivité de ce produit, que d’autres emplois obligataires destinés aux citoyens du pays puissent être mis en route dans l’avenir. Cela pourrait être dans le domaine du logement ou de la transition énergétique», soutient Gilles Roth.
«Faire participer la population à l’effort de défense»
Mais avant d’anticiper un quelconque avenir, cette somme permettra comme l’explique, Yuriko Backes, la ministre de la Défense, «à la population luxembourgeoise de participer à cet effort dans le pays». Si aucun projet précis n’a été encore dévoilé, cette enveloppe financera différents domaines dans le secteur comme les infrastructures militaires, les satellites, le soutien logistique. Les armes non conventionnelles ou les mines antipersonnel seront, elles «totalement exclues» de ce projet, confirme la ministre de la Défense.
Un comité interministériel se réunira prochainement pour déterminer les détails du «Defense Bond». Dans un souci de transparence, les deux ministères précisent que le «gouvernement publiera chaque année un rapport détaillant l’utilisation des fonds levés». Pour rappel, le budget pluriannuel 2025-2029 prévoit une nette hausse de l’effort de défense. Pour respecter l’objectif des 2% de l’OTAN, des dépenses additionnelles de 765 millions d’euros sont prévues.
En attendant, ce projet inédit pourrait peut-être inspirer d’autres pays européens. «On essaie d’être toujours innovateur. D’autres nations vont sûrement regarder ce que nous faisons et pourront suivre ce modèle», conclut Yuriko Backes.