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«Les démocraties sont de plus en plus menacées»


Même si le Luxembourg reste un havre de stabilité et de paix, il ne peut pas être considéré comme «une île», soulignent les signataires de la lettre. (Photo : archives lq/julien garroy)

Des membres de déi gréng, du DP, du LSAP et du CSV lancent une initiative commune pour défendre la démocratie face aux «menaces» que font peser sur elle les partis populistes et d’extrême droite.

Ils sont huit à signer une lettre ouverte envoyée en fin de semaine dernière au Premier ministre, Luc Frieden, et au président de la Chambre des députés, Claude Wiseler. Dans cette missive, Fabricio Costa (déi gréng), Jessie Thill (déi gréng), Jana Degrott (DP), Michael Agostini (DP), Danielle Filbig (LSAP), Sammy Wagner (LSAP), Vincent Reding (CSV) et Jill Goeres (CSV) constatent avec inquiétude que «les démocraties occidentales sont de plus en plus menacées». En cause, la montée en puissance des partis populistes et d’extrême droite qui «gagnent du terrain dans le monde entier».

Rappel des faits et des chiffres : le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, qui avait promis d’être un «dictateur dès le premier jour», la France qui se trouve dans une «crise politique profonde», la présence d’un parti «néo-fasciste» dans le gouvernement italien, un futur chancelier autrichien d’extrême droite, issu des rangs du FPÖ, ou encore la montée en puissance de l’AfD en Allemagne, actuellement créditée de 20 % dans les sondages.

«À cette évolution s’ajoute une vague de désinformation. Qu’elle soit d’extrême droite, xénophobe ou en faveur de l’autocratie, elle est multipliée par les réseaux sociaux et obtient ainsi de plus en plus d’attention», enchaîne la lettre ouverte. Les signataires condamnent «les plateformes en question» qui «nient leur responsabilité dès que l’opportunité se présente, comme démontré par la récente décision de Meta de ne plus faire de fact-checking aux États-Unis. À cela s’ajoute l’influence croissante de personnes comme Elon Musk, qui utilise sa richesse et sa plateforme médiatique pour influencer les élections dans d’autres pays en faveur des partis d’extrême droite.»

La liberté d’expression prônée par les plateformes que sont X ou Facebook serait une «absurdité». «Il est fait appel à la libre expression d’opinion, qu’ils prétendent vouloir renforcer. Cependant, ce n’est qu’une couverture pour faire place à la désinformation et à des pensées haineuses ainsi que pour affaiblir les institutions démocratiques. Une distorsion de la réalité qui risque à terme de détruire exactement ce qu’ils clament vouloir protéger : la liberté», développe la missive.

«Préserver et
renforcer notre liberté»

Une importante mise en garde est lancée : «Notre continent a déjà fait l’expérience de ce qui peut arriver lorsque des boucs émissaires sont créés, que la haine se propage, que les idées radicales de droite prennent le dessus et qu’en même temps les opposant.e.s ne se mobilisent pas avec assez de véhémence.» Une nouvelle menace s’ajouterait désormais : les «milliardaires de la Big Tech» qui «veulent détruire les structures démocratiques».

Même si le Luxembourg reste un havre de stabilité et de paix, il ne peut pas être considéré comme «une île», selon les auteurs de la lettre. D’où l’appel des signataires de la lettre soumise au Premier ministre et au président de la Chambre à lancer un débat sociétal et multipartite «sur la manière dont nous pourrions résister aux menaces décrites ci-dessus et ainsi préserver et renforcer notre liberté».

Des pistes sont avancées : une réglementation renforcée des réseaux sociaux, avec possibilité de prononcer des amendes à l’égard des plateformes ne respectant pas le cadre légal européen; une lutte «plus efficace» contre la désinformation ou encore l’amélioration de la participation des citoyens dans le processus démocratique. «Pourquoi ne pas mettre en place un plan d’action national – élaboré en collaboration avec un conseil citoyen – pour renforcer notre démocratie?», interrogent les signataires.

«Si elles veulent avoir un avenir, les démocraties doivent trouver des moyens pour s’opposer à ces menaces. C’est un effort qui ne peut réussir qu’au-delà des lignes partisanes, avec toutes celles et ceux qui soutiennent les principes démocratiques fondamentaux», conclut la lettre.