Le poison administré ne pouvait à lui seul tuer Marco. Au mois d’août 2021, l’eau du rio Mondego, au Portugal, a terminé le travail commencé par son ancienne compagne et ses complices présumés.
Marco a bien été assassiné. Un expert légiste de l’institut national portugais de médecine légale et des sciences forensiques confirme cette thèse. Le corps de l’homme a été repêché dans le rio Mondego à Figueira da Foz au Portugal. Il présentait des blessures externes et divers signes caractéristiques de noyade. Les blessures, des éraflures, suggèrent que le corps a pu être traîné sur la berge avant d’être immergé.
La victime était encore vivante quand elle a été plongée dans l’eau de la rivière. Les pesticides trouvés dans son sang et son estomac ont affaibli son organisme, mais ne seraient pas la cause unique de sa mort. «Il aurait survécu s’il avait reçu de l’aide», indique le légiste, qui a fait le voyage depuis le Portugal pour présenter ses conclusions à la 13e chambre criminelle hier matin. «D’après mes recherches, il y a trois ou quatre cas de décès à la suite de l’ingestion de ce type précis de pesticide dans le monde.» L’expert parle ici de la cyhalothrine contenue dans le Karate Zeon.
L’expert écarte la thèse du suicide. «Le toxique utilisé n’est pas en vente libre. Si quelqu’un veut se suicider de cette manière, il choisit un pesticide plus commun ou plonge depuis des falaises, mais pas à l’endroit du fleuve où le corps a été retrouvé.» Au mois d’août 2021, Rosa a empoisonné son compagnon en lui faisant ingurgiter du pesticide et des somnifères avant de le balancer dans le fleuve.
Marco aurait été empoisonné le 4 août 2021. Son corps a été retrouvé flottant dans le canal dans la matinée du lendemain. «Il n’a passé que quelques heures dans le fleuve», note l’expert. La mère, le fils et l’amant, tous des résidents luxembourgeois d’origine portugaise, sont accusés de complicité.
Le mobile n’est pas clair. L’argent et l’amour ont été évoqués comme des possibilités, mais ni l’un ni l’autre n’ont du sens ne paraissent logiques. Rosa entretenait une liaison secrète avec Joao, le compagnon de sa mère. Elle pouvait rompre avec Marco sans nécessairement devoir le tuer. Quant à l’argent, il n’y en avait pas. L’assurance vie contractée par la victime avait été annulée faute de versements. Les enquêteurs luxembourgeois et portugais, qui ont mené une enquête conjointe, n’ont eux-mêmes pas d’explication rationnelle.
Le 9 mars 2022, les quatre prévenus sont inculpés et des perquisitions ont lieu. «Au bout de quelques heures d’audition, Rosa a avoué avoir tué Marco. Elle disait qu’il la maltraitait depuis des années», avait rapporté l’enquêteur lundi matin. «Elle aurait partagé son plan avec les trois autres prévenus. Elle avait mélangé 125 ml d’insecticide avec un somnifère.»
Des SMS post mortem
Le couple formé par Marco et Rosa battait de l’aile. «Tout a changé quand Joao est entré dans la vie de Maria (NDLR : la mère de Rosa). Leur manière de se parler avait changé. Il y avait de l’agressivité entre eux», a constaté une amie proche. «Marco savait que Rosa et Joao avaient une liaison. Il avait surpris une conversation entre eux.» Rosa était tombée amoureuse du compagnon de sa mère. Pourtant, «Marco aimait beaucoup Rosa, il faisait tout pour elle».
«Je n’ai jamais pensé que mon frère était mort. Je continuais de recevoir des SMS de sa part», témoigne Fatima, sa sœur. «Rosa et Maria ont tué mon frère et ma famille.» Elle ne croit pas qu’il ait quitté Rosa pour une autre. «Il était son esclave. Elle était fainéante, mais si on disait quelque chose contre elle, il se braquait.» Fatima raconte comment elle a cherché son frère au Luxembourg et au Portugal avant de déclarer sa disparition à la police, l’attitude étrange de Rosa et Maria à leur retour, les fêtes «avec l’argent de (s)on frère» pendant qu’elle payait ses factures et se battait avec les huissiers. Quatre ans après les faits, elle ne décolère pas.
De retour du Portugal sans Marco, la mère et la fille ont essayé de noyer le poisson en public. Selon elles, la victime avait disparu du jour au lendemain en informant ses contacts sur Facebook qu’il quittait Rosa pour retrouver «l’amour de sa vie». Maria prétendait qu’il avait profité qu’elles se soient rendues au marché du village pour plier bagage.
Avant leur départ pour le Portugal le 31 juillet 2021, Rosa avait raconté aux proches que Marco était atteint d’un cancer au stade terminal. «Il s’est fait enlever un kyste graisseux. Mon père et moi avions le même», rétablit sa sœur. Rosa n’aurait donc pas été à un petit arrangement près avec la vérité. L’amie de la famille l’accuse également de s’être entraînée à jouer les empoisonneuses sur son chien et les deux chiens de cette amie. Les vétérinaires qui les ont soignés ont confirmé l’intoxication.