Les députés examineront mercredi le projet de loi 8410 visant à créer un cadre légal pour l’Observatoire de la culture. Un outil d’analyse et de statistique aujourd’hui indispensable au secteur culturel.
«2026 s’annonce comme une année charnière en termes de politique culturelle», annonçait il y a quelques jours le ministre de la Culture, Eric Thill, lors de ses vœux aux acteurs du secteur. Une dynamique qui se concrétise dès ce mercredi 21 janvier.
En effet, les députés débattront en commission autour du projet de loi 8410, visant à donner une base légale solide à la création d’un Observatoire de la culture.
Dans les faits, cette structure existe déjà depuis 2022, sous la forme du «service des études et statistiques et de la Documentation». Un organisme rattaché au ministère de la Culture. Mais Eric Thill veut aller plus loin. On vous explique.
Pourquoi une nouvelle entité?
Cet Observatoire de la culture n’est autre qu’une des recommandations émises au sein du «Kulturentwécklungsplang 2018-2028» (KEP, voir encadré ci-dessous). Lors de la présentation du texte en juillet dernier devant la commission de la Culture, le ministre démocrate a d’ailleurs souligné que 65% des mesures prévues par le KEP avaient déjà été mises en œuvre.
Alors pourquoi créer une entité à part entière? «L’objectif du projet de loi est de conférer une base légale à cet observatoire, garantissant ainsi la pérennité dans ses missions et envoyant un message fort au secteur culturel», a précisé le ministre devant les parlementaires.
Le budget alloué s’élève à 150 000 euros par an sur la période 2024-2028, une enveloppe destinée à assurer la création et le bon fonctionnement de cette nouvelle structure.
Quelles missions?
L’Observatoire de la culture fonctionnera «de manière similaire à d’autres organismes du même type», comme l’Observatoire national de la santé ou l’Observatoire de la politique climatique. Ses missions s’articuleront autour de trois axes principaux.
D’abord, la «collecte de données générales et sectorielles» : pratiques culturelles du public, budgets alloués à la culture, statistiques de fréquentation, mais aussi cartographies culturelles du territoire. Il s’agira de constituer des «séries chronologiques» permettant de suivre l’évolution du secteur dans le temps.
Viendra ensuite «l’analyse approfondie de ces données, pour identifier les tendances, comprendre les évolutions et anticiper les défis du secteur culturel». Ces analyses pourront porter sur des sujets aussi variés que le «financement de la culture, l’accessibilité pour le public ou encore la création artistique et l’offre culturelle».
Enfin, l’observatoire aura également pour mission de «formuler des propositions au ministre», basées sur les données collectées et les analyses effectuées. Ces recommandations pourraient ainsi contribuer à «orienter les décisions politiques, notamment en matière de planification budgétaire ou de législation».
Qui pour la gérer?
La gouvernance de l’observatoire reposera sur un coordinateur, «nommé parmi les agents de l’État». Ce dernier sera chargé de «superviser l’exécution des missions, de définir les stratégies et de coordonner les travaux». Les députés se sont montrés particulièrement attentifs à la question de l’indépendance de cette fonction.
En réponse à leurs interrogations, Eric Thill a insisté sur la «neutralité» qui devra caractériser tant le coordinateur «que le comité d’accompagnement scientifique», qui sera également mis en place. Une garantie essentielle pour que les données et analyses produites soient objectives et fiables.
Quelles priorités?
Pour ses premiers travaux, l’observatoire se concentrera sur deux axes prioritaires. Le premier concerne «la culture en région», avec la collecte de données auprès des acteurs culturels «via un questionnaire statistique annuel et des enquêtes sur la vie culturelle locale». Le second porte sur «la contribution de la culture à l’économie nationale».
Ces choix, justifiés par le ministre comme «figurant dans le programme gouvernemental», n’empêcheront pas l’observatoire de se pencher sur d’autres thématiques. L’enjeu est de taille : le Luxembourg ne dispose aujourd’hui que de peu de statistiques sur son secteur culturel, ce qui complique le pilotage des politiques publiques en la matière.
Qu’en pensent les députés?
Lors de la présentation en commission il y a quelques mois, les députés ont souligné «l’importance des missions confiées à l’observatoire», saluant notamment l’accent mis sur «la collecte de données fiables». Une députée de l’opposition a toutefois demandé des «précisions sur la définition des priorités» et sur la manière dont l’observatoire articulera ses différents projets.
Reste désormais à voir comment les députés accueilleront ce projet lors des débats à venir dans deux jours. L’inscription de l’observatoire dans la loi marquerait en tout cas une étape importante dans la structuration du paysage culturel luxembourgeois, en donnant au secteur un outil d’observation et d’analyse plus pérenne.
Le KEP est le plan de développement culturel du Luxembourg, élaboré de 2016 à 2018 et prévu pour être mis en œuvre jusqu’en 2028. Il s’agit du tout premier plan stratégique de cette ampleur pour la politique culturelle du pays.
Le KEP vise à créer «un nouvel écosystème culturel, dynamique, évolutif et transversal qui permettra aux artistes, aux acteurs culturels et aux citoyens de s’épanouir pleinement». Il sert de base de discussion pour toutes les décisions en matière de politique culturelle.
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