Le Centre national d’accueil pour les victimes de violences qui ouvrira fin avril à Luxembourg a été présenté hier aux députés : le projet n’est pas parfait, mais il a le mérite d’exister.
Pour les associations de terrain, l’idée avait été l’une des bonnes surprises de la campagne électorale de 2023 : dans son programme, le CSV promettait la création d’un point central dédié aux victimes de violences.
Un lieu unique où ces personnes pourraient à la fois être soutenues, orientées et prises en charge de manière anonyme. Validée par le DP, partenaire de coalition, cette mesure avait directement été propulsée dans le programme gouvernemental 2023-2028.
Et dès son arrivée à la tête du ministère de l’Égalité des genres (MEGA), Yuriko Backes en a fait l’un de ses chevaux de bataille, déterminée à mettre un coup d’accélérateur dans la lutte contre les violences fondées sur le genre.
Ainsi, en plus d’un plan d’action national, élaboré avec tous les acteurs impliqués, qu’elle espère pouvoir présenter aux députés avant l’été, son autre priorité pour 2025 est l’ouverture de ce Centre national d’accueil pour les victimes de violences, dont elle a détaillé le concept hier en commission parlementaire.
Au Val Sainte-Croix
C’est dans le quartier du Val Sainte-Croix à Luxembourg que la structure ouvrira ses portes à la fin du mois d’avril. Elle fonctionnera avec une équipe de sept professionnels pour commencer, soit cinq postes équivalents temps plein.
Des infirmiers, assistants sociaux et éducateurs, qui assureront de multiples missions : accueil et soutien psychosocial des victimes de violences, orientation vers les services spécialisés existants, soins médicaux, ou encore accompagnement juridique.
Des horaires inadaptés
Un premier pas vers une protection globale et plus efficace des victimes – en majorité des femmes – même si tout n’est pas parfait, puisque la ministre a déjà prévenu : faute de moyens, ce nouveau centre ne pourra pas être accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 comme prévu au départ.
Mais comme tout projet pilote, il pourra évoluer. Rappelons au passage qu’au MEGA, Yuriko Backes doit composer avec le plus petit budget ministériel du gouvernement.
«Plutôt bien pensé», estiment les députés
Tous les membres de la commission ont jugé le projet «plutôt bien pensé», d’après Claire Delcourt qui en est la vice-présidente.
La députée LSAP estime qu’effectivement, «il y a encore beaucoup de défis à relever, à commencer par l’information, pour faire connaître cette structure», mais salue sa mise en service dans un temps court, alors qu’aujourd’hui, «beaucoup de femmes victimes ne savent pas où s’adresser pour obtenir de l’aide.»

La ministre Yuriko Backes présentera un plan d’action national contre les violences fondées sur le genre avant l’été.
«Certains points problématiques»
Du côté de La Voix des Survivant-e-s, l’asbl luxembourgeoise engagée dans la lutte contre les violences depuis 2022, l’avocate Stéphanie Makoumbou se montre plus nuancée : «C’est une bonne chose d’ouvrir ce centre, les lignes bougent. Toutefois, certains points restent problématiques.»
Le ministère avait sollicité l’association en janvier dernier pour recueillir son avis. La jeune femme avait notamment pointé la situation géographique, en pensant aux victimes habitant au nord du pays, tout comme le manque de prise en charge des enfants victimes.
«Ils sont un peu les oubliés de ce projet. Nous avions suggéré toute une section pour eux, avec un encadrement spécifique et la présence d’un coordinateur.»
Une douche froide
Quant aux horaires d’ouverture annoncés hier, c’est la douche froide : «C’est terrible, car c’est un élément essentiel. Toutes les victimes ne peuvent pas se rendre au centre aux heures de bureau, sans compter que les violences arrivent surtout la nuit.»
Les détails concernant ce Centre national d’accueil pour les victimes de violences, pour lequel un budget annuel de 520 000 euros a été débloqué, devraient être dévoilés par le ministère dans les prochaines semaines.