Alors que le risque de burn-out et les pensées suicidaires atteignent des sommets chez les actifs luxembourgeois, la protection de la santé mentale a gagné en importance au Forum sécurité-santé au travail organisé mercredi.
Entre les démonstrations d’exosquelettes et les équipements de protection haute visibilité, un silence attentif règne autour de certains stands du Forum sécurité-santé au travail organisé à Luxexpo ce mercredi. Ces discussions profondes portent sur la protection de l’invisible, susceptible d’entraîner un danger aussi grand que les risques physiques traditionnels bien connus : la santé mentale.
Comment en prendre soin, comment l’évaluer, comment détecter un mal-être ou encore comment agir face à la souffrance d’un collègue? Toutes ces questions autour de la santé mentale résonnent de plus en plus fort dans le monde du travail, en proie au stress chronique et à l’épuisement professionnel.
La dernière enquête Quality of Work 2025 menée par la Chambre des salariés (CSL) et l’université du Luxembourg a mis en avant un mal-être qui n’a jamais été aussi fort. Le risque de burn-out a bondi de 25 % à 36 % en douze mois, la menace d’une dépression plane sur 15 % des actifs, soit un taux deux fois plus important qu’il y a dix ans, tandis que les pensées suicidaires, qui touchent près de 7 % des salariés, ont triplé depuis 2014.
Former des collègues secouristes
Dans ce contexte, la prévention des risques psychosociaux est devenue le nouveau casque de chantier. Dans le hall de Luxexpo, la Ligue luxembourgeoise d’hygiène mentale (LLHM) tient un stand afin de promouvoir sa formation aux gestes de premiers secours en santé mentale (PSSM), à l’image des premiers secours classiques.
«Le cours dure 12 heures et les participants apprennent à repérer les différents troubles psychiques tels que la dépression, les troubles anxieux, la psychose ou encore les troubles liés à l’utilisation de substances» résume la Dr Elisabeth Seimetz, docteure en psychologie et coordinatrice en PSSM. «Il y a aussi différentes crises qui sont abordées, notamment les pensées suicidaires, les attaques de panique, les conduites agressives et le but est aussi de savoir comment réagir, comment soutenir la personne.»
Destinée aux responsables des ressources humaines comme à n’importe quel salarié, la formation de la LLHM se veut grand public. En effet, la vigilance concerne tout le monde, puisque l’«on détecte mieux des signes chez les personnes que l’on fréquente tous les jours». Ce cours de secourisme, et non d’autoassistance, offre un plan d’action à celui qui remarquerait des changements de comportement ou d’humeur chez son collègue.
«D’abord, il faut aborder la personne et évaluer si elle est en état de crise ou non. Si ce n’est pas le cas, je continue ma conversation, j’offre une écoute sans jugement, j’essaie de la soutenir et de lui donner des informations pour avoir une aide concrète avec des professionnels.»
«Les sources de mal-être se multiplient»
La Dr Elisabeth Seimetz constate «qu’il y a beaucoup de demandes» d’initiation, ce qui semble révéler une récente prise de conscience. La conséquence d’un environnement au travail qui se dégrade selon Sandra Grunewald, conseillère de direction de la Chambre des salariés (CSL), qui constate que «les sources de mal-être se multiplient aujourd’hui, peut-être parce que les gens osent plus parler et sont sensibilisés, mais aussi en raison de la pression du monde du travail».
Cette dernière rappelle d’ailleurs que la CSL est en partenariat avec la Ligue luxembourgeoise d’hygiène mentale afin de proposer le Stressberodung, un service d’aide professionnel et gratuit jusqu’à cinq séances. «Nous faisons également de la prévention autour des risques psychosociaux au travail, car cela concerne tout le monde. C’est comme la sécurité, elle ne concerne pas uniquement le délégué à la sécurité.»
Le gouvernement a également fait de la santé mentale l’un des plans nationaux entre 2024 et 2028 du ministère de la Santé et de la Sécurité sociale. «Nous avons d’abord fait de la prévention tout public autour du suicide», raconte la Dr Sarah Scholtes, médecin-cheffe de division de la Médecine sociale.
Des formations aux gestes de premiers secours ont alors été mises en place avec la LLHM, ainsi que «des formations aux entreprises avec la médecine préventive, qui est quand même rattachée à la santé mentale, parce que la consommation d’alcool, la consommation de drogue sont aussi liées.»
Actuellement, la direction de la Santé travaille sur «un dernier volet, celui des risques psychosociaux et notamment le burn-out, qui est très demandé». Un groupe de travail public-privé est en cours de formation pour déployer des solutions de soutien aux salariés tout comme aux entreprises. «L’idée n’est pas de stigmatiser l’entreprise», insiste la Dr Sarah Scholtes, «une entreprise qui a une démarche proactive se soucie de son environnement de travail justement».