Dans sa note de défense, l’avocat du Dr Philippe Wilmes, soupçonné d’avoir pratiqué des opérations non nécessaires, dénonce un «procès d’intention» mené sur base d’«accusations graves, non étayées et non vérifiées».
La ministre de la Santé, Martine Deprez, était attendue ce mercredi matin en commission parlementaire pour s’expliquer sur sa décision de suspendre le chirurgien spécialisé en orthopédie. La réunion sollicitée par déi gréng a finalement été reportée à lundi prochain en raison de l’indisponibilité à court terme de la ministre.
En attendant, le Dr Wilmes a pris la parole dans les colonnes du Wort. Auprès de nos confrères, il estime que les «accusations fausses, grotesques et absurdes» formulées à son encontre constituent une «chasse aux sorcières». Dans une lettre à ses patients, le médecin pratiquant aux Hôpitaux Robert Schuman avait dénoncé une manœuvre politique, cherchant à le discréditer pour son «engagement en faveur d’un meilleur système de santé et d’un accès équitable aux thérapies modernes et innovantes».
Des divergences concernant 15 patients
Le chirurgien fait face à de graves accusations formulées par six médecins du Centre hospitalier de Luxembourg (CHL). Il aurait pratiqué des reconstructions du ligament croisé antérieur, alors que, dans plusieurs cas, le ligament était intact.
Dans sa note de défense, dont Le Quotidien a obtenu copie, l’avocat du Dr Wilmes décortique les éléments d’un dossier qui ne reposerait sur «aucun élément concret». Me François Prum charge particulièrement le président et le secrétaire général du Collège médical, qui auraient formulé des accusations d’une «gravité exceptionnelle (…) sans qu’aucune pièce justificative sérieuse ne soit produite, qu’il s’agisse de dossiers médicaux individualisés, d’avis spécialisés ou de rapports d’expertise indépendants».
De plus, le Collège médical n’aurait à «aucun moment» confronté le Dr Wilmes à ces accusations, «le privant de toute possibilité de les discuter utilement dans un cadre contradictoire».
La ministre de la Santé se serait ainsi vu signaler, «sans mise en perspective critique ni vérification indépendante», que le chirurgien aurait pratiqué «des interventions sur des organes sains, procédant à des actes de nature mutilante».
Les deux membres du Collège médical évoqueraient «toujours sans le moindre commencement de preuve» l’existence de «prétendues divergences diagnostiques» concernant 15 patients. Dix d’entre eux auraient fait l’objet d’une opération du ligament croisé antérieur «prétendument non indiquée», tandis que cinq auraient «échappé» aux «griffes opératoires» du Dr Wilmes.
Me Prum vise aussi les médecins concurrents du CHL qui auraient eu «la lâcheté d’agir sous le couvert de l’anonymat pensant ainsi être protégés par les règles en matière de lanceur d’alerte». L’avocat estime qu’ils s’exposent à des peines correctionnelles pour diffamation et calomnie.
Somme toute, le Collège médical aurait mené une «pseudo-instruction exclusivement à charge» du Dr Wilmes et arriverait à des «conclusions hasardeuses et médicalement non fondées». Le président et le secrétaire auraient refilé la «patate chaude» à la ministre de la Santé.
«L’opération s’avérait nécessaire, même si…»
Dans la note précitée, le Dr Wilmes expliquerait «en long et en large» la méthode de diagnostic de ses patients souffrant notamment de problèmes d’instabilité. Il procèderait selon «les règles de l’art, en respect total de sa déontologie et en appliquant les derniers acquis de la science». Il se concerterait également, avant chaque intervention, avec au moins un de ses associés. Dans deux cas précis, dénoncés par les médecins du CHL, une opération des ligaments croisés «s’avérait nécessaire, même si, à première vue, tel ne pouvait pas nécessairement être constaté sur les images numériques».
En fin de compte, «aucun manquement simple ou grave» ne pourrait être reproché au Dr Wilmes. Une mesure de suspension ne serait ainsi nullement justifiée. La ministre de la Santé est donc appelée à lever la sanction prononcée, faute de quoi le médecin et son avocat comptent saisir le tribunal administratif.