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La perpétuité requise au procès de l’accusé de la fusillade de Villerupt


(Photo : archives/Le Républicain lorrain)

La réclusion criminelle à perpétuité a été requise vendredi à l’encontre d’Abdelkrim Bellot, accusé d’être l’auteur de la fusillade de Villerupt, qui a fait cinq blessés dans cette commune du nord de la Lorraine en 2023, tandis que son avocat a plaidé l’acquittement.

«Je pense que la peine qui s’impose est la réclusion criminelle à perpétuité, et c’est la peine que je vous demande» de prononcer, a requis l’avocate générale Sophie Partouche. Selon elle, l’unique autre possibilité aurait été de prononcer «30 ans de réclusion» avec une période de sûreté de 20 ans.

Abdelkrim Bellot, 40 ans, est jugé depuis mardi pour «tentative d’assassinat» pour avoir blessé par balles cinq personnes alors âgées de 17 à 30 ans, sur la place centrale de Villerupt, au niveau d’un porche connu pour abriter un point de deal, le 13 mai 2023.

Ayant pourtant reconnu durant toute l’enquête être le tireur, il a changé de version à son procès. Jeudi, il a assuré à la cour que le tireur était une mystérieuse connaissance rencontrée «au Luxembourg», un homme «sans-papiers» qui se serait «porté volontaire» pour venger son frère, victime d’une violente agression trois semaines auparavant.

«Je vous jure que ce n’est pas moi qui ai tiré», a déclaré l’accusé auquel la parole a été donnée en dernier avant la clôture des débats. «Je suis innocent», a-t-il dit, niant avoir tiré mais reconnaissant une «part de responsabilité».

Il a aussi présenté ses excuses aux victimes.

Gianni, Kenzo, Alexandre, Erwan et Sabrina ont tous reçu au moins une balle dans la partie supérieure du corps, entraînant un immense traumatisme et des séquelles physiques.

«Pas de preuve matérielle»

Dans son réquisitoire, Mme Partouche avait évoqué les «aveux circonstanciés» de l’accusé à plusieurs reprises, son identification par de «très nombreux témoins» ayant reconnu sa voix ou son allure.

Mais pour l’avocat de la défense, Thomas Hellenbrand, qui a plaidé l’acquittement, «il n’y a pas de preuve matérielle» et «scientifiquement acceptée» qui permettrait de dire que son client est le tireur.

Il a regretté que le juge d’instruction et l’accusation aient «fait l’économie de faire la recherche de preuves» et notamment d’analyses ADN sur la vingtaine de douilles retrouvées sur les lieux.

«Les aveux» de son client durant la procédure «ne comptent plus. Ils avaient un but, protéger sa famille», a encore dit Me Hellenbrand. «Mais un innocent qui un jour s’est accusé, il ne faut pas le condamner, c’est un innocent», a-t-il dit, rappelant que «le doute doit profiter à l’accusé».

Tout au long de l’instruction, Abdelkrim Bellot avait reconnu être l’auteur de la fusillade, disant avoir voulu venger un de ses frères, victime d’une agression humiliante dont la vidéo avait été diffusée sur les réseaux sociaux.

En détention, il avait réalisé des vidéos sur TikTok – réseau social sur lequel il compte 5 000 abonnés – dans lesquelles il revendiquait à nouveau les faits, affirmant avoir «rafalé, sans pitié», car à ce moment-là, il était «en guerre». « Ils n’auraient pas fait ça à mon frère, jamais de la vie je prends l’arme » (sic), avait-il dit.

«Nier la douleur»

«Votre peine, je la comprends, elle est légitime», avait répondu jeudi l’accusé, les larmes aux yeux, à la mère d’Erwan, disant lui-même être père d’une fille encore mineure.

Les avocats des parties civiles ont regretté les dénégations de l’accusé. «C’est insupportable», a estimé Pierre Amadori, avocat d’Erwan et de ses parents.

«Vous leur refusez le statut de victime», lui a lancé Nicolas Braun, avocat de Sabrina et Gianni. Son confrère Thomas Kremser, qui représente Kenzo et Alexandre, a souligné que l’accusé s’était «gargarisé de son palmarès» judiciaire sur les réseaux sociaux depuis sa cellule.

«Il a passé autant de temps de sa vie en prison qu’à l’extérieur», a rappelé Mme Partouche, avec 38 mentions au casier judiciaire, pour 140 infractions enregistrées. Des «peines courtes» pour l’immense majorité, selon Me Hellenbrand.

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