Plus vite une arnaque est dénoncée et plus grandes sont les chances de limiter ses dégâts, ont rappelé deux enquêteurs de la police judiciaire ce jeudi aux assises sociales de la Luxembourg.
Arnaque au petit-fils, escroquerie à la mule financière, fraude au président… ces expressions croquignolettes indiquent une réalité bien crue. Que l’on soit un particulier ou une institution, tout le monde peut se laisser abuser par des gens mal intentionnés.
Devant le public des assises sociales de la Ville de Luxembourg ce jeudi, deux enquêteurs du département criminalité économique et financière de la police judiciaire ont présenté des exemples bien connus d’arnaques.
Parmi les plus fréquentes actuellement, «les tentatives de phishing par téléphone, SMS et e-mail de LuxTrust ou d’une banque», indique Yves Marson, chef de section. «Mais il y a tous les jours des nouvelles arnaques», soupire-t-il.
L’e-mail d’impôts à rembourser, le vendeur de panneaux photovoltaïques qui sonne à la porte ou les plateformes de cryptomonnaie promettant des gains rapides. Sans parler du coup de fil affolé d’une personne se faisant passer pour un proche, parfois un fils ou petit-fils, prétendument hospitalisé, voire kidnappé.
«Les moyens technologiques (des escrocs) sont de plus en plus poussés, surtout avec l’intelligence artificielle», précise sa collègue Nadia Zerktouni. Et tous convergent vers un but en commun, celui de soutirer le plus d’argent possible aux victimes.
Les victimes, justement, ont-elles un profil particulier ? «Non, assure Nadia Zerktouni. Celle qui fait entrer un faux artisan chez elle n’est pas la même que celle qui cherche à faire des investissements.» Les escrocs jouent sur l’urgence, la peur ou la cupidité, peu importe l’âge. Tout est fait pour court-circuiter le raisonnement.
La peur d’être jugé
Des grosses structures se sont déjà fait piéger, comme le rappelle Yves Marson : le centre hospitalier de Luxembourg, Caritas ou encore le Science Center. Si même des organisations dotées de services juridiques et de contrôles internes peuvent tomber dans le panneau, un particulier n’a aucune raison de se sentir stupide.
Derrière une arnaque, il y a rarement un seul individu, mais des équipes organisées, chacune avec son rôle – prise de contact, récupération des données, transfert d’argent, blanchiment. Trop souvent, une fois que la victime comprend qu’elle s’est fait avoir, elle culpabilise et n’en parle pas de peur d’être jugée.
Or cette honte est exactement ce dont les escrocs ont besoin, «c’est leur meilleure alliée», dit encore Yves Marson. Plus la victime se tait, plus ils ont le temps de vider ses comptes, de réutiliser ses données avant de recommencer ailleurs. Et cela peut aller plus loin qu’une simple perte de fonds.
Certains jeunes à qui l’on promet via les réseaux sociaux des gains rapides acceptent un dépôt d’argent sur leur compte bancaire puis son retrait, en échange d’une compensation. Ces jeunes, devenus des mules financières, se retrouvent alors au cœur d’un circuit de blanchiment et il vaut mieux qu’ils en parlent rapidement à la police, sous peine de se retrouver impliqués dans une enquête pénale.
Pour mettre les escrocs hors d’état de nuire, les policiers expliquent qu’ils mènent des perquisitions, exploitent les données, auditionnent les témoins et conduisent les interrogatoires des suspects, avant de venir éventuellement témoigner lors de l’audience. Un travail qui ne peut se faire si la victime d’arnaque ne porte pas plainte.
Que faire si vous êtes victime d’une arnaque?
La police conseille de réagir rapidement, en notant toutes les informations possibles (date, heure, numéro, nom). Il faut contacter en urgence votre banque et bloquer les opérations. Troisième conseil : signalez la fraude à la police en poussant la porte d’un commissariat ou en déposant plainte en ligne (sur police.lu, cyberfraud.lu) ou encore par téléphone (worldline +352 49 10 10, Beesecure au 8002 1234). Conservez les preuves en faisant des captures d’écran, en gardant les e-mails ou les SMS, en notant les détails du contact ou encore le montant du préjudice.