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Jeff Boonen : «Le Mercosur n’est que la goutte d’eau qui fait déborder le vase»


Jeff Boonen (à g.), pèse le pour et le contre de l’accord Mercosur, et entend la colère des agriculteurs. (Photo : archives editpress)

Président de la commission de l’Agriculture et issu lui-même de la profession, le député Jeff Boonen comprend les manifestants, mais plaide en faveur du Mercosur, un accord «nécessaire».

Les agriculteurs français manifestent plus bruyamment que leurs homologues luxembourgeois. Les tracteurs sont entrés dans Paris, mais la Centrale paysanne, la plus ancienne et la plus grande organisation professionnelle représentant les agriculteurs, les viticulteurs et les horticulteurs au Luxembourg, dit sa colère dans un communiqué de presse.

Le député Jeff Boonen, président de la commission Agriculture à la Chambre et issu de la profession, dit «comprendre» la colère de ses camarades.  «Tout part d’un sentiment d’injustice, ce que je peux comprendre. En Europe, tout est strictement réglementé et on passe des accords commerciaux avec des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes normes. Mais le Mercosur n’est que la goutte d’eau qui fait déborder le vase», nous déclare-t-il.  Le budget de la PAC réduit de 30 % est l’autre pierre d’achoppement. Comme le fait savoir la Centrale paysanne, les mesures d’allègement pour l’agriculture européenne présentées mercredi lors de la réunion des ministres de l’Agriculture de l’UE à Bruxelles «ne sont qu’une façade (…) et restent bien en deçà des attentes».

«Avec ces mesures nous arrivons à dix millions près à ce que nous avions lors de la dernière période», observe Jeff Boonen.  Le député, en dehors de ces considérations, reste persuadé que le Mercosur est une nécessité : «Dans la situation actuelle, il faut que tous les secteurs contribuent à ce que l’Europe puisse avoir des partenaires à travers le monde, parce que l’on va plus vite les perdre que les gagner».

Les garanties que la Commission a apportées devraient compter. Un filet de sécurité qui définit les modalités selon lesquelles l’UE pourrait suspendre temporairement les préférences tarifaires sur les importations de certains produits agricoles considérés comme sensibles (tels que la volaille ou le bœuf) en provenance d’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay si ces importations sont jugées préjudiciables aux producteurs de l’UE. «Cela devrait réduire les risques», se rassure Jeff Boonen.

Le député apprécie l’engagement de la ministre de l’Agriculture, Martine Hansen, en faveur de la réciprocité des normes. «On ne peut appliquer ce principe uniquement sur ce qu’on peut contrôler aux frontières au niveau des pesticides et des résidus de pesticides qui ne sont plus autorisés en Europe».

La Centrale paysanne, elle, est plus sévère. «Au lieu de s’attaquer aux problèmes structurels, la Commission distribue des miettes», écrit-elle dans un communiqué. Elle plaide pour une augmentation substantielle des fonds agricoles dans le prochain budget de l’UE. «Dans le même temps, la Commission s’en tient fermement à l’accord avec le Mercosur et ignore les réserves de l’agriculture européenne. On ne sait toujours pas comment la qualité, la traçabilité et le contrôle des denrées alimentaires en provenance d’Amérique du Sud seront concrètement garantis. Le fait que même de hauts fonctionnaires de l’UE ne soient pas en mesure d’apporter des réponses concrètes à cette question en dit long», dénonce la Centrale paysanne.

Éviter l’abattage

«Ce qui est important, c’est de ne pas perdre en production de potentiel, ici en Europe, en faveur des importations. On voit bien ce qui se fait avec les œufs qui viennent de l’Ukraine parce qu’ici, il n’y a plus de possibilité de se développer à cause des émissions d’ammoniac, alors les productions sont délocalisées dans des pays comme l’Ukraine ou la Turquie», avertit Jeff Boonen. C’est une question cruciale pour le député. Il reconnaît aussi que le Mercosur va aussi et surtout profiter à d’autres secteurs, même agricoles.

Les agriculteurs français manifestent aussi à cause de la politique sanitaire qui conduit à l’abattage de troupeaux entiers quand un seul cas de dermatose nodulaire est détecté. «Oui c’est un autre gros problème. On ne peut vacciner que si un cas est détecté dans un rayon de 25 kilomètres. «Peut-être que l’on peut changer cette règle européenne, j’encourage les politiques en tout cas à aller dans cette direction», déclare Jeff Boonen. L’autre problème de la vaccination se situe ailleurs. «Certains pays, comme les Pays-Bas ou le Luxembourg qui exportent beaucoup de veaux, ne veulent plus de bêtes vaccinées. Personnellement, je pense qu’il faut changer la politique sanitaire d’abattage systématique, parce que prendre un troupeau à un agriculteur c’est prendre sa vie. Il faut peut-être examiner les possibilités de mise en quarantaine pour voir comment la maladie évolue», plaide-t-il.

La Centrale paysanne, elle, fustige l’attitude du gouvernement luxembourgeois à Bruxelles. «Alors que d’autres États membres défendent résolument leur agriculture, le Luxembourg est resté remarquablement discret. Cela ne témoigne ni de solidarité ni d’estime pour l’agriculture nationale», conclut-t-elle.

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