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«Je voulais aider» : une bénévole luxembourgeoise au chevet de la Jamaïque


Une expérience «intense», mais qu'Emine est prête à renouveler n'importe quand. (Photo : croix-rouge luxembourg)

Du Niger en 2014 à la Jamaïque le mois dernier, Emine Bozdogan intervient sur les zones dévastées par des catastrophes pour distribuer l’aide d’urgence. Elle nous raconte.

S’engager concrètement. Contribuer à la communauté. «Aller dans des endroits où les gens ont besoin d’aide.» Voilà ce qui a motivé Emine Bozdogan à intégrer le réseau de bénévoles ERU (voir ci-dessous) de la Croix-Rouge luxembourgeoise, il y a maintenant plus de dix ans. 

Elle qui, jusqu’ici, apportait son soutien à travers des dons financiers, voulait réellement mettre la main à la pâte. «Faire des dons, c’est très bien et essentiel, mais ce n’est pas la même chose que d’aller directement sur le terrain», raconte la Luxembourgeoise de 44 ans. 

Deux missions en douze ans 

Sa première mission se déroule en 2014 au Niger, alors ravagé par de terribles inondations. Une première «intense», dont elle garde un bon souvenir. «J’ai beaucoup échangé avec la communauté locale. C’est ce que je préfère dans ce type de missions. J’étais contente de voir l’impact concret de ma présence sur place», se remémore-t-elle. 

Près de douze ans plus tard, c’est en Jamaïque qu’Emine a réalisé sa deuxième mission au profit de la Croix-Rouge luxembourgeoise, le mois dernier. La faute à l’ouragan Melissa, qui a traversé l’ouest de la petite île située dans le sud de Cuba et causé des dégâts considérables. C’est d’ailleurs la première chose dont se souvient la quinquagénaire, lorsque nous évoquons son arrivée sur place : «J’ai vu énormément de maisons, toitures arrachées, des infrastructures sanitaires détruites, une eau très polluée», se souvient-elle.

L’ouragan Melissa est la pire catastrophe naturelle survenue en Jamaïque à ce jour. (Photo : afp)

Sa spécialité : la logistique 

Passé les premières émotions, très vite, elle débriefe avec les bénévoles locaux ainsi qu’avec les autres Croix-Rouge mondiales présentes sur place, pour comprendre quels besoins sont à prioriser. «J’étais la seule représentante du Benelux. Notre spécialité, c’est la logistique et les biens de première nécessité. Il fallait tout planifier et distribuer, rapidement. J’ai géré tous les stocks.» 

Kits pour se créer des abris, bâches pour protéger les maisons, couvertures, purificateurs d’eau… Emine s’attèle à fournir tout ce qui est «non alimentaire» aux Jamaïcains touchés par la catastrophe.

Outre les biens physiques, la Croix-Rouge fournit également de l’argent, issu des dons, afin de permettre aux locaux d’acheter eux-mêmes ce dont ils ont besoin et de refaire tourner l’économie locale. «C’est aussi une question de dignité pour les personnes impactées», ajoute Emine.

Plusieurs distributions «non alimentaires» ont été gérées par Emine au cours de son séjour. (Photo : croix-rouge luxembourg)

Elle organise ainsi des distributions dans plusieurs localités : Montego Bay, St James, Hanover ou encore Westmoreland, des communes que l’ouragan a frappées directement lors de son passage sur l’île.

Pour rappel, ces villes ont subi des vents dépassant 160 km/h et plusieurs mètres de submersion marine. Le maire de Montego Bay a d’ailleurs déclaré à la BBC que la moitié de sa ville était coupée du reste du pays par des «inondations massives». L’hôpital ainsi que l’aéroport de cette commune de plus de 100 000 habitants ont été complètement détruits. 

«Un vrai esprit de solidarité» 

«Nous avions entre 300 à 400 ménages qui faisaient la queue lors des distributions, il fallait gérer la masse; parfois, des débordements peuvent survenir. Mais les Jamaïcains ont été très patients : il faisait plus de 30 °C, tous s’abritaient sous des tentes… Il y a eu quelques tensions oui, mais vite réglées», illustre Emine, qui prône la «flexibilité» lors de ce type de missions. 

«Il faut être flexible et tolérant. On s’adapte aux besoins réels des personnes sur place. Cela pouvait donc varier d’une ville à l’autre. Je pouvais prévoir davantage de kits dans une commune, et un peu moins dans une autre, selon les dégâts. Mais j’ai vu beaucoup de résilience. Un vrai esprit de solidarité entre les locaux. Les Jamaïcains se sont vite remis au travail après le passage de Melissa, même si, pour l’instant, il y a encore beaucoup d’infrastructures temporaires.» 

De retour au Luxembourg, Emine fait part de son expérience singulière. (Photo : alain rischard)

Si Emine est revenue au Luxembourg après quatre semaines en Jamaïque, d’autres bénévoles issus du service ERU ont pris son relais, durant ce mois de janvier. Au total, trois «rotations» de bénévoles Benelux sont prévues pour apporter un soutien en Jamaïque. Mais même à distance, l’aide est toujours bienvenue. «Chaque soutien compte, que ce soit depuis le Luxembourg ou directement là-bas, sur le terrain. Les dons internationaux sont essentiels», rappelle Emine. 

L’ouragan Melissa reste le plus puissant ouragan ayant jamais frappé la Jamaïque, avec un bilan final de 48 morts dans le pays et des dégâts estimés à au moins 8 milliards de dollars.

C’est quoi, le service ERU? 

Comme Emine, une trentaine de bénévoles luxembourgeois sont prêts à partir en 48 heures pour porter secours aux victimes de catastrophes naturelles partout dans le monde.

(Photo : croix-rouge luxembourg)

Depuis 2008, la Croix-Rouge luxembourgeoise s’est dotée d’un service ERU, acronyme pour «Équipes de réponse aux urgences». Ce programme regroupe actuellement une trentaine de bénévoles dans le pays, mobilisables à tout instant pour se rendre dans une zone affectée par une catastrophe naturelle. Emine s’est ainsi rendue au Niger et en Jamaïque, sur demande des Croix-Rouges locales sur place. 

Les ERU sont coordonnées par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) qui gère le dispositif au niveau mondial. Cela permet aux différentes ERU du Mouvement Croix-Rouge – Croissant-Rouge de travailler en étroite collaboration sur tous les terrains d’intervention, grâce à des formations communes, des exercices réguliers et un matériel standardisé. 

En recherche de bénévoles 

Emine a ainsi suivi une formation d’une semaine, qu’elle renouvelle régulièrement afin d’être à niveau en cas d’appel. Lorsqu’elle est contactée par la Croix-Rouge, elle ne dispose en effet que de 48 à 72 heures pour se rendre sur le terrain. «Ma valise est presque toujours prête au cas où», plaisante la Luxembourgeoise, qui a réussi à convaincre son employeur de la laisser partir quatre semaines d’affilée. «Une vraie chance», souligne-t-elle. 

Un service qui ne demande d’ailleurs qu’à agrandir son vivier de bénévoles : les candidatures sont les bienvenues. «Les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes. Nous n’avons même pas terminé une mission, qu’il faut déjà se rendre ailleurs. Nous allons bientôt relancer une campagne de recrutements pour nos bénévoles ERU», explique Bérénice Lombard, chargée du recrutement dans ce service. 

Avec le réchauffement climatique et la multiplication des évènements extrêmes, le Luxembourg compte parmi les petits pays qui maintiennent une capacité d’intervention internationale. Une trentaine de bénévoles prêts à partir : un chiffre peut-être modeste, mais qui peut faire toute la différence sur le terrain. 

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