Du génie d’Henri Tudor aux sommets du Burj Khalifa, l’invention n’est pas qu’un héritage au Grand-Duché. Sur le plan national comme international, il s’agit d’une dynamique en pleine accélération.
Après des siècles de découvertes majeures, a-t-on tout inventé aujourd’hui? L’idée novatrice qui germe d’un cerveau, puis prend forme après de multiples ratés, existe-t-elle encore? Plus que jamais. Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) qui recense et protège les brevets de propriété, l’ingéniosité humaine est loin de s’essouffler. En 2024, 3,7 millions de demandes ont été déposées à travers le monde, soit une hausse de 4,9% par rapport à l’année précédente et qui porte le total à 19,7 millions de brevets en vigueur.
À son échelle, le Grand-Duché a participé à cette dynamique avec «3 832 nouvelles demandes de brevets», selon Lex Delles, ministre de l’Économie et des PME. Les principaux requérants sur le territoire national sont ArcelorMittal (344 demandes), le Luxembourg Institute of Science and Technology (73), Flooring Industries (71), Paul Wurth (44) et Phinia Delphi Luxembourg (31).
«Historiquement, les innovations se concentrent dans quelques domaines phares : la chimie et la métallurgie, la physique et les opérations, les transports et la manutention», analyse le ministre.
L’administratif au service des idées
Plus surprenant, le Luxembourg se hisse au 16ᵉ rang mondial du nombre de brevets en vigueur, avec près de 164 000 titres actifs. En dépit de sa taille, le pays est aussi à la 23ᵉ place dans l’Indice mondial de l’innovation de l’OMPI de 2025, «ce qui reflète un écosystème dynamique, tourné vers la recherche, l’industrie et les technologies de pointe».
La stratégie nationale est de favoriser l’innovation, à commencer par le processus de demande de brevets. «Nous avons fait le choix d’un modèle simple et lisible, assure Lex Delles, tous les domaines de la propriété intellectuelle relèvent d’un seul service public, l’Office de la propriété intellectuelle (NDLR : OPI) du ministère de l’Économie».
L’OPI délivre officiellement les brevets, tient à jour le registre public des brevets valables, définit et applique la politique pour tous les droits : marques, dessins, modèles ou encore droits d’auteur. «À côté de ce rôle institutionnel, nous avons souhaité offrir aux entreprises et aux chercheurs un accompagnement très concret», poursuit le ministre.
Cette mission est remplie par l’Institut de la propriété intellectuelle Luxembourg (IPIL). Fondée en 2015 comme «premier point de contact», l’IPIL offre «des conseils personnalisés, des diagnostics, des formations, des actions de sensibilisation et un échange direct avec des experts».
L’OPI et l’IPIL se complètent mais devraient être regroupés au sein d’une même structure administrative, comme prévu par l’accord de coalition 2023-2028. «L’objectif est clair : offrir un point d’entrée encore plus lisible et plus efficace.»

Henri Tudor est considéré comme l’un des inventeurs luxembourgeois les plus célèbres. (Photo : musée henri-tudor)
Économie et prestige
Outre la simple protection qu’il octroie, le brevet est un outil économique. «Il peut être exploité directement par le titulaire lui-même, concédé sous licence ou cédé, ce qui permet de valoriser une invention de différentes manières.» Ainsi, les industries intensives en brevets et droits d’auteur génèrent 47% du PIB de l’Union européenne selon une étude, soit un apport annuel de 6 400 milliards d’euros.
«Les entreprises qui détiennent des droits de propriété intellectuelle ont en moyenne 23,8% de recettes supplémentaires par employé», ajoute Lex Delles. Dans la même veine, «les sociétés titulaires de brevets versent des salaires 43,3% plus élevés des entreprises qui n’ont pas de brevets.»
L’innovation permet également de faire briller un pays. Le Grand-Duché peut notamment se vanter d’avoir vu Henri Tudor, originaire de Rosport, domestiquer l’électricité : «En 1881, il électrifie sa propriété familiale avec une dynamo et un accumulateur, permettant un éclairage continu là où l’on utilisait encore des lampes à pétrole.» Une invention dont découle la naissance de l’entreprise de piles et batteries Varta.
Le gratte-ciel Burj Khalifa à Dubai est également une prouesse luxembourgeoise, puisque son revêtement en verre a été breveté et fournis par Guardian Luxguard, basée à Bascharage. 12 500 tonnes de poutres produites à Differdange par ArcelorMittal ont aussi été utilisées pour construire la tour One World Trade Center à New York.