Pour montrer l’accélération du réchauffement climatique, les Seniors for Climate partagent, en images, dans une expo, leurs souvenirs des hivers blancs.
Engagés au sein d’un collectif d’une dizaine de membres actifs, et soutenus par Greenpeace, les Seniors for Climate veulent alerter les jeunes générations : le réchauffement climatique a aussi un impact sur le Grand-Duché, et ils en sont les témoins.
Face aux masses de données et d’études scientifiques disponibles, plus accablantes les unes que les autres, eux ont choisi de miser sur l’émotion et sur les images, qui valent parfois plus que mille mots.
«Nous avons vécu cette époque où les hivers n’avaient rien de comparable à ceux d’aujourd’hui», explique Lucien Reger, membre du groupe. «Alors on a pensé que ce serait une bonne idée d’aborder le changement climatique d’une façon peu habituelle. Pas avec des tonnes de chiffres ou de graphiques, mais à travers nos propres récits.»

Un père et ses enfants aux côtés du garde-champêtre à Troisvierges à l’hiver 1953. (Photo: photothèque de la ville de luxembourg/théo mey)
«On voulait montrer aux gens que notre vie, ici au Luxembourg, a déjà un peu changé par rapport à il y a encore quelques décennies, à cause du réchauffement de la planète. Ça ne concerne pas que les pays du Sud», renchérit Sophie Bsarani, engagée elle aussi.
Pour capter l’attention du public, ils ont rassemblé des dizaines de documents, articles de journaux, photos, présentés sur de larges panneaux, et filmé de courts entretiens, compilés dans un clip vidéo avec l’aide d’élèves du lycée des Arts et Métiers de Luxembourg.
Des paysages qu’on a oubliés
De quoi constituer une véritable exposition mobile, prête à sillonner le pays avec eux. Au fil de ces clichés en noir et blanc, pas si anciens que ça, on découvre des paysages enneigés, des maisons ensevelies sous les flocons, des bonhommes de neige géants, des patineurs sur les étangs, et même, des skieurs de fond.
«On l’a oublié mais, il n’y a pas si longtemps, on skiait au Luxembourg», sourit Lucien Reger. «Dans les années 1980, il y avait des compétitions semi-professionnelles de ski de fond à Hosingen et Weiswampach, et au sud, il y avait des clubs qui s’entraînaient entre Rumelange et Esch-sur-Alzette, ou au Poteau de Kayl.»
Parmi les photos exposées, s’affiche le visage de Romain Gastauer, ancien professeur de ski, posant en 2025 avec son équipement dans un champ près de l’Arbed’s Haff, entre Kayl et Rumelange.
À l’endroit même où, en 1995, il pratiquait le ski de fond avec son club tous les week-ends de novembre à mars, et où il emmenait ses enfants – dont le cycliste Ben Gastauer – faire d’énormes bonshommes de neige.
«On a placé ces images côte à côte pour mieux prendre la mesure du réchauffement climatique au niveau local et de sa vitesse. C’est vraiment frappant. Aujourd’hui, il n’y a plus de neige, ou rarement, et pas assez pour ces activités.»
Sur un autre panneau, on aperçoit les patineurs se tenant la main en glissant sur l’étang de Kockelscheuer entièrement glacé en 1967. « À cette époque, il arrivait aussi fréquemment que la Moselle gèle. Je me rappelle qu’on allait chercher les cygnes pour les sauver», ajoute-t-il.
«Il existait d’ailleurs le ski club de la vallée de la Moselle, ce qui paraît fou de nos jours, tandis qu’à Luxembourg, dans le Grund, on pouvait carrément faire du ski alpin.»
Aujourd’hui, les pistes de ski de Hosingen et Wiltz ont fermé. Celles de Weiswampach ont tenu bon jusqu’en 2017, mais face au manque d’enneigement chaque hiver, le syndicat d’initiative a fini par revendre son matériel.
Deux mètres dans les villages
En à peine trois générations, on mesure l’ampleur du bouleversement : quand la mère de Lucien était petite, du côté de Redange, c’était parfois deux mètres de neige qui recouvraient le village.
Lui n’a pas connu ça, mais décrit des batailles de boules de neige mémorables, des après-midi entiers à dévaler les pentes en traîneau avec les copains, et la cour de récré transformée en terrain de glissades.

Sophie Bsarani et Lucien Reger se mobilisent pour sensibiliser le public. (Photo : didier sylvestre)
À l’âge de devenir lui-même papa, le réchauffement était bien amorcé : «Avec mes enfants, c’était déjà différent. Quand il y avait de la neige, c’était beaucoup moins.»
«Les jeunes sont sensibles à ces sujets»
Les Seniors for Climate ont déjà présenté à plusieurs reprises leur exposition dans des établissements scolaires, et ils sont toujours surpris par la conscience écologique dont font preuve les lycéens.
«Ils sont beaucoup plus attentifs et sensibles à ces sujets que beaucoup d’adultes. Ils se demandent comment ils peuvent agir concrètement, et ils sont nombreux à être vegan, en lien avec le bien-être animal ou l’agriculture intensive», observe Sophie Bsarani.
«Ce sont des sujets qui les touchent, parce qu’ils sont nés avec. Ma génération était totalement naïve et à côté de la plaque par rapport à ces problématiques, et en plus, on a creusé le trou…»
- L’exposition photo et vidéo «As Time Goes by – Luxembourg before Climate Change» sera présentée ce jeudi 15 janvier à 18h au centre ErwuesseBildung (5, avenue Marie-Thérèse à Luxembourg). Un échange entre les Seniors for Climate et les participants est prévu. Entrée gratuite, inscriptions en ligne sur ewb.lu.
- Le collectif sera ensuite reçu par l’association Gero le 27 janvier prochain, à 14h30, au 1, Dernier Sol à Luxembourg-Bonnevoie. Entrée gratuite, inscriptions en ligne sur gero.lu.