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[Football] Eliot Thelen : «Mes séances de psy, je les fais à l’entraînement»


Eliot Thelen, tellement heureux d'être sur le terrain et de pouvoir jouer pour ses amis... (Photo : luis mangorrinha)

Trois mois après l’incendie de Crans-Montana, le U21 Eliot Thelen, rescapé, tente de reprendre une vie normale. Au lendemain du match des U21 contre la France, il nous a raconté son chemin de croix.

Ce vendredi, Eliot Thelen a sauté dans un train en direction de Rouen pour aller voir l’un de ses deux meilleurs amis, Hugo Hare, joueur de Quevilly-Rouen, présent lors de ce funeste Nouvel An dans la station suisse. Les retrouvailles s’annonçaient hautement émotionnelles, trois mois après ce terrible drame, mais son club de Pescara lui ayant laissé un peu de temps, il va l’utiliser pour célébrer ce qu’il y a désormais de plus important pour lui : la vie, l’amitié et le courage de ceux qui lui sont chers.

Comment allez-vous, physiquement et psychologiquement?

Eliot Thelen : Physiquement, très bien. J’ai très bien récupéré. J’ai retrouvé le rythme. Le niveau, on le retrouve assez vite, même si j’étais touché au dos en fin d’année, avant l’accident. Mais j’avoue que depuis que j’ai eu de bonnes nouvelles de mes amis, Hugo et Tahirys, ainsi que de leurs copines, depuis que tout s’est calmé autour de nous aussi, c’est plus facile. Maintenant, il faut que je reconnaisse qu’au début, il y avait énormément de fatigue. Après l’accident, avec le stress, avec la peur – surtout le fait de se demander comment allaient mes amis, dont je n’avais pas de nouvelles -, les deux premières semaines ont quand même beaucoup affecté mon corps.

Vous rentrez à Pescara, votre club, le 12 janvier. En aviez-vous besoin et l’appréhendiez-vous, ce départ du cocon familial après ce qui reste une expérience hautement traumatisante?

En fait, j’avais déjà envie de repartir dès le 4 janvier. Mais mes parents ont insisté pour que je fasse plus de tests médicaux avant de reprendre le chemin de l’Italie. Ils auraient aussi voulu que je demande une assistance psychologique et je sais que j’aurais pu en bénéficier au sein de mon club, mais la meilleure des médecines, c’est le ballon. Mes séances de psy, je les fais à l’entraînement, en oubliant tout. Et vu que je venais déjà de passer, avant l’accident, un mois sans m’entraîner, il fallait que j’y aille. En plus, au Luxembourg, j’étais dans un environnement où l’on me parlait tout le temps de ce qui s’était passé dans cette boîte de nuit. Je restais dans l’environnement de l’accident et moi, ce que je voulais, c’était retrouver un rythme de vie normal, retrouver le foot et cette saison qui reprend vite en Italie.

Comment est-ce qu’il se passe, le retour dans le vestiaire, le 12 janvier?

C’était très émotionnel. Les coéquipiers m’ont tout de suite pris dans les bras. Je sais qu’ils avaient tous envie de savoir, de poser des questions. Mais ils ont bien géré : ils ont compris le besoin que j’avais, moi, de parler d’autre chose. Alors très vite, on s’est changés et on est allés sur le terrain. Et lentement, les blagues ont repris. C’était un retour naturel. En fait, à Pescara, ils m’ont aussi aidé par leur patience, en me disant que je pouvais prendre autant de temps que nécessaire. Ils m’ont montré de l’amour et ce que c’était le sens de la famille dans le football. Je n’avais jamais vécu ça.

Il y a des moments, le soir, quand je suis seul, où je me refais le scénario de la soirée

Bis repetita avec les U21 luxembourgeois, cette semaine?

Un peu moins. Déjà car du temps a passé depuis, cela s’est refroidi. Et puis on est aussi un peu moins proches, entre joueurs. Il n’y a vraiment qu’Helmer (Tavares), Christophe (Andrade), Arnold (Qevani) et David (Nascimento) que je connais depuis dix ans. Mais sur ce match, au moins, Tahirys était venu me voir jouer. Après avoir donné le coup d’envoi d’un match à Metz avec lui et sa copine (NDLR : contre Brest, le 1er mars), ça m’a fait du bien de le revoir. Il va beaucoup mieux. Et là, justement, je vais voir notre autre ami, Hugo, qui est ailier à Quevilly et se trouve encore en rééducation. Il a été plus touché que nous et il se bat très fort chaque jour. C’est une vraie source d’inspiration.

Et donc, les séances de psy ont commencé sur le gazon…

Quand je suis sur la pelouse, je ne pense plus à rien d’autre qu’au ballon. Le foot brouille tout ce qu’il y a autour. C’est un refuge pour tout oublier. Au point qu’à un moment, j’ai presque cherché à y passer trop de temps. Il a fallu que je respecte les consignes des coaches qui m’ont freiné.

Parce qu’en dehors du terrain, vous y pensez beaucoup, à cette terrible soirée?

La plupart du temps, ça va. Mais il y a des moments… C’est surtout le soir, quand je suis seul. Je me refais le scénario de la soirée. C’est rare, mais ça arrive. Et là, je suis envahi par un sentiment de culpabilité envers ceux qui sont morts ou ceux qui sont de grand brûlés ou même envers mes amis qui doivent travailler dur alors que moi, j’ai pu reprendre le foot. Alors que je sais que ce n’est pas de ma faute et qu’il faut que j’avance.

Reprendre le foot, justement, dans ces conditions, cela ouvre-t-il de nouvelles perspectives?

J’ai appris que le foot n’était peut-être pas la chose la plus importante. Aujourd’hui, je me rappelle chaque matin en me levant que des gens vont plus mal que moi et j’apprécie vraiment chaque petite chose. Alors je ne me pose plus de questions futiles liées à mon sport. Je pense que cela peut faire de moi un meilleur footballeur parce que j’évolue désormais avec plus d’insouciance. Et aussi bien plus de respect pour la vie. Et je joue pour mes amis.

Que doit-on vous souhaiter pour la fin de saison?

La montée en fin de saison avec les juniors de Pescara parce qu’on est bien placés (NDLR : actuellement à une place de barragiste pour monter en Primavera A) et éventuellement un contrat pro. Mais ça, c’est pour le côté sportif. Cet été, je suis content parce que mes meilleurs amis et moi, on va pouvoir repartir en vacances ensemble. Ils ne peuvent pas trop s’exposer au soleil, fatalement, mais on va trouver quelque chose…

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