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Fermeture de l’USAID par Trump : «Des décennies de progrès anéanties»


David Hoffmann, responsable du plaidoyer politique à Action solidarité tiers monde (ASTM).

La fermeture de l’agence américaine pour le développement a plongé les acteurs de l’aide humanitaire dans le désarroi. David Hoffman, de l’ASTM, témoigne des conséquences de cette décision.

Depuis que Donald Trump a décidé de fermer l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), les ONG humanitaires sont abasourdies, K.-O. debout, à l’image de David Hoffmann, responsable du plaidoyer politique à Action solidarité tiers monde (ASTM). «Cela semblait inimaginable pour beaucoup d’acteurs de notre sphère de l’aide humanitaire», réagit-il.

Elon Musk, nommé au sein du département de l’Efficacité gouvernementale, accuse l’agence d’être une «organisation criminelle» qui «doit mourir» et Donald Trump n’a pas hésité à suspendre toute aide au développement à l’étranger, hormis pour Israël. Les répercussions sont énormes. «On parle de presque 10 000 collaborateurs qui travaillent pour USAID sans compter les agents locaux qui dépendent aussi de ces programmes et qui font un travail énorme dans leur communauté et se retrouvent aujourd’hui démunis», poursuit-il.

L’USAID fournissait une aide de près de 70 milliards de dollars et des millions de personnes vont pâtir de cette fermeture brutale. «Ce sont des décennies de progrès qui sont anéanties d’un coup, et on a du mal à imaginer que la politique de développement puisse ouvertement être orientée en fonction de l’idéologie, de la géopolitique et des intérêts économiques», poursuit David Hoffmann.

Trump et son acolyte Musk veulent surtout en finir avec les programmes qui visent à soutenir des groupes précis comme les femmes, les minorités ethniques ou les personnes LGBT. Les États Unis se retirent des traités internationaux sans se soucier des dégâts que ces décisions vont entraîner. «On revient à une colonisation directe du Sud pour les intérêts économiques des pays donateurs», se lamente-t-il.

Le plus angoissant, c’est le signal qu’il envoie, jugé «dévastateur» par David Hoffmann. L’Europe n’est pas à l’abri non plus et on observe une trumpisation dans de nombreux pays membres qui devient bien visible et, pire encore, acceptable.

Pour l’heure, et en réaction à la décision de Donald Trump, les responsables des différentes organisations sont en train de faire un état des lieux et de passer en revue les programmes qui peuvent être maintenus. Trump a rétropédalé et a consenti à certaines exceptions, mais, comme le rappelle notre interlocuteur de l’ASTM, «dans un monde où les crises et les problématiques deviennent de plus en plus complexes et interconnectées, il est parfois difficile de tracer une ligne très claire entre aide au développement et aide humanitaire». Tous les programmes en lien avec d’aide médicale ne sont pas touchés, mais l’arbitrage sera dur à réaliser.

Selon David Hoffmann, ce qui sera toujours difficile à récupérer, même si le financement devait reprendre un jour, c’est la perte d’expertise. «Les gens vont chercher du travail ailleurs et les ONG qui sont directement impactées par cette décision mettront des années à développer leurs forces, leurs expertises.»

Ce qui désole encore David Hoffmann, c’est l’attitude des dirigeants qui cherchent à augmenter les budgets de la défense et à diminuer ceux consacrés à la coopération internationale. «On observe une évolution qui n’est pas du tout adaptée pour faire face aux défis mondiaux.»

Xavier Bettel réagit

Le ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire, Xavier Bettel, dit avoir pris bonne note de l‘annonce de la fermeture annoncée de l’USAID. «Le démantèlement, s’il est confirmé, du plus grand donateur mondial en matière d’aide humanitaire et au développement – dont les missions visent à réduire la pauvreté, promouvoir la démocratie, favoriser la croissance économique, soulager les victimes des catastrophes naturelles ou prévenir les conflits –, aura sans doute des conséquences négatives pour des millions de personnes dans le monde», nous déclare-t-il. «Pour le Luxembourg, la politique de coopération au développement est et continuera d‘être un des piliers de sa politique étrangère.»

Le Luxembourg consacre 1 % de son PIB à la coopération et la société civile a toujours demandé que tous les pays en fassent autant. Au niveau des pays européens, l’objectif était de 0,7 % au moins, mais beaucoup de pays n’atteignent pas ce niveau. David Hoffmann cite le rapport «Aid Watch 2024», qui indique que l’on est loin du 1 %. Pour les 27 États membres, l’aide publique au développement rapportée en 2023 n’atteignait que 0,5 % du PIB.