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Féminicide à Dommeldange : «une blessure narcissique insupportable»


Les experts ont dressé le portrait du prévenu et contredit un peu plus la thèse de la préméditation. (Photo archives lq)

Patrick a tué sa femme et pourtant il aimait la vie tranquille à ses côtés. Peut-être un peu trop tranquille aux yeux de Simone qui voulait le quitter après 40 ans de vie de couple.

Le corps de Simone reposait camouflé sous des branches dans une forêt entre Lauterbach et Scheidgen quand les policiers l’ont trouvé le 3 octobre 2023. Son époux les avait guidés à l’endroit où il l’avait déposé. Patrick l’avait tuée dans la nuit du 28 au 29 septembre 2023 et avait maquillé son geste en disparition auprès de la police et de ses proches. Un appel à témoin et une action de recherches avaient été lancés avant que l’homme de 66 ans ne passe aux aveux.

Comment une relation de couple «parfaite pendant 40 ans» a-t-elle pu déraper au point que Patrick est devenu un meurtrier? Son «monde parfait» s’était écroulé quand, une semaine plus tôt, Simone lui avait annoncé être tombée amoureuse d’un autre homme et vouloir divorcer. «Il n’a pas supporté de se retrouver seul», a avancé une experte en neuropsychiatrie à la barre de la 13eme chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. 

Elle relève pourtant «un certain égocentrisme», «un détachement émotionnel» ainsi qu’«une tendance à banaliser» son geste. «Il nous a confié que ce qui s’est passé est terrible, mais que cela peut arriver à tout le monde.» La rupture aurait été pour lui «une blessure narcissique insupportable». Patrick, persuadé que tout allait bien, n’a rien vu venir. Il raconte avoir vécu une vie heureuse de «monsieur-tout-le-monde» «évitant les conflits» et espérant «que tout se passe comme il l’entendait». Tout devait tourner autour de lui, selon l’experte. «Il ne s’est jamais remis en question et ne s’est jamais soucié des besoins de son épouse.» 

Des conclusions qui ne réjouissent pas l’avocate de la défense, Me Lynn Frank. L’avocate veut écarter la préméditation et appuyer la thèse du crime passionnel, malgré ce qui peut passer pour des actes préparatoires et le délai entre l’annonce de la rupture et l’homicide. «Patrick ne nous a pas communiqué les émotions ressenties dans ce laps de temps», précise une psychologue clinicienne. «Il nous a juste confié avoir respecté la décision de son épouse.» 

Le couple faisait chambre à part depuis la demande de rupture et leur retour de vacances. La nuit des faits, Patrick n’aurait pas supporté que Simone rentre éméchée d’une soirée. Il lui a asséné un coup de poing qui lui a cassé le nez avant de l’étrangler, de «se débarrasser du corps», selon les propres mots du prévenu, et de mettre en scène sa disparition. 

«Il voulait lui jouer un tour»

Pendant plus de deux heures jeudi, l’avocate a procédé à un véritable interrogatoire des expertes judiciaires à la recherche de conclusions qui puissent coller à son schéma de défense : le monde de Patrick s’écroulant, il aurait été soumis à un stress terrible qui aurait pu le pousser à l’acte. Le prévenu sera invité, s’il le souhaite, à s’expliquer sur son geste ce vendredi matin. 

Le 2 octobre 2023, Patrick a voulu «changer quelque chose à l’appel à témoin». Il avait conduit la voiture de Simone à Echternach devant son lieu de travail pour mettre en scène sa disparition. Il s’est ensuite rendu compte qu’images de vidéosurveillance à l’appui, les enquêteurs pouvaient découvrir sa supercherie. Au lieu d’écarter les soupçons, il les a attirés. Pour ce faire, il a raconté avoir conduit la voiture de son épouse pour «lui jouer un tour, car elle s’était bien amusée la veille».

Constatant les moyens d’enquête dont disposait la police, Patrick est passé aux aveux. «Il était froid et calme», a indiqué un enquêteur du service Infractions contre les personnes de la police judiciaire, avant de lire la déposition du prévenu à la barre. «Je lui ai dit, tu as pris ma vie, je te prends la tienne, pendant que je serrai très fort.» Et encore : «J’ai pensé, ma femme voulait un enterrement en forêt.» «Il semblait avoir clos le chapitre de sa vie de couple», note le policier. «Il parlait d’elle comme d’un objet et nous a décrit la mise à mort sans montrer d’émotions.»

Le procès devait durer trois jours. La présidente de la chambre criminelle a annoncé qu’il serait prolongé au-delà de l’audience de ce vendredi matin. La date du mardi 27 janvier a été retenue.

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