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Féminicide à Dommeldange : «Mon frère aimait sa femme»


Le fils de Patrick a accepté les excuses de son père. «J’ai l’impression qu’il regrette son geste.» (Photo : archives lq)

Le fils, le frère et un ancien collègue de Patrick se sont relayés à la barre pour dresser le portrait du prévenu. Aucun d’entre eux ne s’attendait à ce qu’il devienne un meurtrier.

La vie était simple au sein du foyer de Patrick et Simone. «Mon père regardait la télévision dans le salon et ma mère faisait des mots-croisés dans la cuisine», quand l’un n’était pas à la salle de sport et l’autre engagée au sein d’associations, témoigne le fils du couple. «J’ai été extrêmement choqué d’apprendre qu’ils allaient se séparer. C’est tombé du ciel.» Comme son père, le jeune homme de 28 ans n’aurait rien vu venir.

«J’étais fâché que nous, les enfants, n’ayons pas été impliqués dans la discussion. J’étais déçu. Nous étions une famille.» Ses parents étaient en vacances quand ils lui ont annoncé leur décision par SMS. Rendez-vous avait été pris le vendredi suivant avec sa sœur pour en discuter. La réunion de famille n’a jamais eu lieu. Ses enfants la croient disparue, alors que leur père l’avait tuée la veille avant de dissimuler le corps en forêt. 

Pendant cinq jours, les enfants sont restés sans nouvelle de leur mère. Jusqu’à ce que Patrick, «un homme simple et gentil», selon son fils, avoue son geste. Il n’avait pas supporté la rupture et avait essayé de donner le change. Essayé, car sa fille et les enquêteurs commencent à le soupçonner du pire. «J’ai également commencé à avoir des doutes», reconnaît le témoin de moralité. «Ma sœur m’a téléphoné en pleurant. Elle n’a pas formulé la nouvelle de manière explicite, mais j’ai compris. J’ai sauté dans ma voiture pour aller la soutenir.» 

Le jeune homme a accepté les excuses de son père. «J’ai l’impression qu’il regrette son geste.» La juge lui rappelle que les psychiatres ont établi que Patrick regrettait avant tout sa propre situation. «Je pourrais le haïr, mais j’ai choisi de rester à ses côtés.» Contrairement à sa sœur qui a fait un choix contraire. 

Simone avait rencontré un autre homme. La vie de couple s’était transformée «en colocation les douze dernières années». La passion était retombée et Patrick se laissait porter par son épouse. La victime a mis un point final à cette histoire et le monde de Patrick s’est écroulé. Le fameux vendredi soir, face à ses enfants, le prévenu aurait hésité à avouer son geste, mais il a finalement préféré brouiller les pistes. 

Effacé et doux

«Je n’ai jamais constaté de conflit», note le frère aîné de Patrick. «Ils formaient une bonne équipe.» L’homme de 75 ans décrit un prévenu qui «s’efface face aux problèmes» et «espère qu’ils se résolvent d’eux-mêmes». «Mon frère aimait sa femme. Il a toujours essayé de lui faire plaisir. C’était réciproque. Peut-être que sur la fin certaines choses ne fonctionnaient plus très bien, mais je n’avais rien remarqué.»

Lui aussi affirme que son frère regrette son geste et a réalisé «le mal qu’il a fait à ses enfants, à notre famille et à celle de son épouse». «Il a été dépassé par la situation et sait qu’il va devoir payer.» Le témoin décrit un homme tranquille en quête d’équilibre.

«J’ai cru rêver», lance un ancien collègue de travail du prévenu qui, lui non plus, n’aurait jamais pensé Patrick capable d’un tel fait. «Il n’a jamais été agressif ou autoritaire. Il préférait éviter les discussions», poursuit l’homme. Les trois hommes entendus vendredi décrivent tous le prévenu de la même manière : un homme effacé et doux aux antipodes des conclusions des experts neuropsychiatres et psychologues chargés d’analyser sa personnalité.

Les quatre experts avaient relevé «un certain égocentrisme», «un détachement émotionnel» ainsi qu’«une tendance à banaliser» son geste et diagnostiqué «une blessure narcissique insupportable». Patrick, persuadé que tout allait bien, n’a rien vu venir. Tout devait tourner autour de lui, selon les experts. «Il ne s’est jamais remis en question et ne s’est jamais soucié des besoins de son épouse.» 

Qui croire? Le prévenu aura la possibilité de s’exprimer sur son crime le 27 janvier au cours d’une nouvelle audience.

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