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Féminicide à Dommeldange : il aurait tué et réfléchi ensuite


Le prévenu a tué sa femme et maquillé son crime. Il jure ne pas l'avoir prémédité et avoir agi a posteriori. (Photo : archives lq)

Patrick a tué sa femme et, pourtant, il l’aimait. Si quand on aime, on a toujours 20 ans, Patrick encourt bien davantage si la chambre criminelle juge que son crime était prémédité.

«J’avais l’impression que ma femme me repoussait», rapporte Patrick en reniflant, la voix tremblante. «Quelque chose n’allait pas, je le sentais. Ce n’était pas comme d’habitude.» Depuis douze ans, le couple vivait comme des colocataires et Simone ne s’y retrouvait plus. Lors de vacances en Espagne en 2023, elle avoue au prévenu avoir un amant et vouloir le quitter. Patrick n’a rien vu venir. «Elle avait l’air heureuse dans sa vie et j’étais heureux de mon côté.»

À la barre de la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, le prévenu témoigne des derniers jours passés avec son épouse. «Je ne pouvais pas m’imaginer vivre une telle situation du jour au lendemain. J’étais effondré, je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal. Elle m’accusait de tous les torts.» Patrick a l’impression que son épouse veut effacer 40 ans de vie commune. «Elle ne m’aimait plus et m’a fait part de son envie de vivre une autre vie avec ou sans son amant.»

À leur retour de vacances, Patrick a essayé de «tuer le temps» en allant se promener en forêt du côté d’Echternach – où le corps a été retrouvé – pour réfléchir à la suite. «Je n’ai rien planifié.» Pourtant, Patrick a avoué à la police avoir pensé sur le moment que le coin était un endroit parfait pour «se débarrasser du corps» de son épouse. «Quelle raison aurais-je eu de vouloir la faire disparaître à ce moment-là? Je ne sais pas pourquoi j’ai dit cela», se dépêtre le prévenu accusé de meurtre et d’assassinat. 

Peut-être avait-il déjà l’idée en tête, avance la présidente. L’achat de combinaisons de peintre dont il avait revêtu la dépouille de son épouse? Elles n’étaient pas chères et le prévenu aime peindre. «C’était sympa et je n’en avais jamais utilisé.» «Vous vous débarrassez des vêtements de votre épouse et des vôtres, cela ressemble à de la préméditation», assure la juge. 

Un «assassinat de sang-froid»

Le soir du crime, Patrick regardait du billard à la télévision quand Simone est rentrée éméchée. «Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête. Elle m’a dit quelque chose, je ne sais plus quoi… Je me suis approché d’elle et je lui ai asséné un coup de poing sur le nez.» «Vous vous souvenez du moindre détail, mais pas de ce qu’elle vous a dit», souligne la présidente. «Ce ne sont pas ses propos, c’est son état… J’ai pété les plombs.» Patrick a placé ses mains autour du cou de Simone et a serré.

«Je n’étais plus moi-même. Je ne me reconnais pas. C’est comme si on avait appuyé sur un interrupteur. Je ne comprends pas ce qui m’a pris», sanglote Patrick. «Elle a brisé ma vie. Je l’aimais. Je suis un monstre, c’est terrible!» Le prévenu en fait trop. «Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse», prétend-il pour expliquer qu’il n’aurait rien prémédité et aurait agi «pas à pas». «Je ne comprends pas comment quelqu’un comme moi a pu faire une telle chose, c’était une torture. Terrible, terrible, terrible…»

Méthodiquement, il a mis au point toute une mise en scène pour cacher son geste. «J’étais trop lâche pour avouer la vérité. J’ai joué un rôle. J’étais comme dans un film, une vie parallèle. Ma situation était inextricable.» Patrick ment à ses proches et à la police. Il ment mal et la police s’en rend compte. Acculé, il finit par avouer avoir tué son épouse. «Je ne l’ai pas prémédité», insiste-t-il. «Je n’ai jamais voulu la tuer. Je vous le jure.»

Patrick parle trop et en dit trop peu. Tout ce qu’il semble savoir, c’est qu’il était un type bien, incapable du pire, qui n’aurait pas mérité que son épouse le quitte. Le sexagénaire pleure sur son sort alors que le parquet évoque un «assassinat de sang-froid» survenu dans la nuit du 28 au 29 septembre 2023. Avant et après le crime, il a commis des actes préparatoires et savait ce qu’il faisait, selon sa représentante. «Il lui a dit : « Tu as pris ma vie, je te prends la tienne. »»

«Tuer quelqu’un par étranglement prend du temps, ce qui témoigne de son intention», rappelle la magistrate. «Il n’a pas prévenu la police ou le SAMU» et «n’a pas paniqué. Il savait très bien quoi faire». Pour elle, cela ne fait aucun doute : Patrick avait prémédité son acte. La substitut réclame la réclusion criminelle à vie à l’encontre du prévenu.

Pour le défendre et écarter la préméditation, Me Lynn Frank évoque «une réaction inexplicable», «un comportement inhabituel» et un prévenu «honnête» en proie à «un choc émotionnel». L’avocate prend le dossier à rebours et reproche au tribunal d’avoir instruit à charge en se basant sur des suppositions pour établir la préméditation. 

L’acte aurait été impulsif en réaction à un rejet insupportable et à une vulnérabilité au moment des faits. Ainsi, Me Frank plaide en faveur d’une peine de réclusion pour meurtre largement inférieure assortie d’un large sursis pourquoi pas probatoire.

Le prononcé est fixé au 25 février.

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