Le ministère de l’Éducation nationale et l’université du Luxembourg ont présenté, ce lundi, le Rapport national sur la situation de la jeunesse dans notre pays. Un document qui met en exergue le rapport aux écrans.
Crises successives, événements géopolitiques, changements sociétaux, avancées technologiques rapides… La jeunesse est au carrefour de profonds bouleversements. Après avoir étudié la façon dont les générations futures naviguent et s’adaptent dans ce contexte, le ministère de l’Éducation nationale et l’université du Luxembourg font paraître, ce lundi 9 mars, le Rapport national sur la situation de la jeunesse au Luxembourg.
Ce document de plus de 250 pages est publié tous les cinq ans, il dresse un état des lieux des réalités que vivent nos cadets en balayant plusieurs domaines tels que l’éducation, les loisirs, les relations sociales et la digitalité. Ce dernier point occupe une place prépondérante dans l’édition 2026, puisqu’il en est le thème principal, soit «Vivre et grandir en ligne et hors ligne». Accès, usage, perception du temps, autorégulation, apprentissage, relation à l’intelligence artificielle sont autant de sujets abordés à l’intérieur de ce quatrième rapport depuis 2010.
Les résultats qu’il compile proviennent des travaux de recherche du Centre for Childhood and Youth Research (CCY), qui mobilise une approche mixte (méthodes quantitatives et qualitatives) et interdisciplinaire avec un accent mis en particulier sur la perspective sociologique. Ce lundi matin, c’est l’un des douze auteurs et autrices, le Pr Robin Samuel, qui a présenté, aux côté du ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, les résultats établis dans cette publication.
Le sentiment d’anxiété augmente
Depuis 2019, le sentiment d’anxiété chez les jeunes âgés de 16 à 29 ans a augmenté. La proportion de jeunes se déclarant inquiets à propos de plusieurs thèmes comme la guerre en Europe, le vol, la violence, une mauvaise situation économique ou l’immigration est en hausse.
Là où il y a sept ans, la pollution de l’environnement arrivait en tête des préoccupations des nouvelles générations, c’est, aujourd’hui, la crainte d’une guerre en Europe qui domine les inquiétudes chez 80,6 % des jeunes. Suivent la peur d’une maladie grave (78,9 %), la pollution de l’environnement, rétrogradée en troisième position (77,3 %), et le changement climatique (74,5 %).
À noter que parmi les sujets d’inquiétudes en progression, la situation économique et la sécurité personnelle ont tous deux augmenté. En cause derrière ces résultats, on retrouve les influences de la pandémie de Covid-19 ou la guerre en Ukraine. À noter que les craintes liées à l’immigration occupent la dernière place de ce classement, loin derrière les autres. En effet, seul un jeune sur trois est sensible à ces craintes.
À côté de ces peurs, le rapport donne à voir que l’engagement sociétal des jeunes est resté stable depuis 2019. Celui-ci s’exprime principalement dans leur environnement proche via les associations sportives, les associations de jeunesse ou encore les associations de musique ou culturelles. Cette publication montre également que les nouvelles générations s’engagent politiquement par le biais de formes alternatives et numériques comme des publications ou bien des commentaires en ligne ou le boycott de certains produits.
Enfin, elle met en lumière que 17,1% des jeunes issus de l’immigration sont actifs politiquement en ligne, contre 10,8% des jeunes sans origine migratoire.
Entre monde réel et vie digitale
La quasi-totalité des jeunes (98 %) possède ou partage un smartphone, 68,5% sont sur les réseaux sociaux au moins vingt jours par mois et 80% y passent au moins deux heures par jour. Des chiffres qui montrent que le digital fait partie intégrante de l’existence de ces générations et influencent leur vie familiale, scolaire et sociale et leurs loisirs. Les deux mondes, numérique et analogique, se chevauchent.
Concernant les activités des jeunes en ligne, l’étude fait apparaître des utilisations variées s’orientant vers la formation, l’apprentissage autodirigé, la recherche d’informations, la communication via les réseaux sociaux et, bien sûr, le divertissement, comme le streaming de vidéos et de musique.
Les plateformes de communication et les services de streaming sont en quelque sorte «les compagnons permanents» de ces générations et les réseaux sociaux sont utilisés de façon ciblés comme un moyen de conserver et de maintenir un contact malgré la distance géographique. Aujourd’hui, 87,6% des jeunes jugent le numérique très utile pour les contacts à distance.
La peur de passer à côté
Si elle possède des bons côtés, cette consommation du numérique a également des conséquences. Le rapport met en exergue l’accélération du rythme de vie et la perte de temps et de contrôle, en lien avec les réseaux sociaux et la consommation de contenus digitaux. Le rôle central du smartphone aide les nouvelles générations à se construire, à se forger des opinions et à développer des relations sociales, mais crée également un sentiment de perte de temps. Les adolescents âgés de 12 à 15 ans y sont particulièrement vulnérables en raison du caractère balbutiant de leur capacités d’autorégulation et de leurs compétences digitales.
Incapables de se détacher de leur écran, beaucoup de jeunes souffrent de la crainte de passer à côté d’un événement. Un comportement appelé «FOMO» pour «fear of missing out». D’après le ministère, il est nécessaire de générer une prise de conscience des enjeux et des stratégies d’autorégulation chez les jeunes pour contrer l’omniprésence du numérique. Certaines initiatives ont déjà été mises en place au Luxembourg par le ministère de l’Éducation nationale via des mesures d’interdiction et de restriction de l’utilisation du téléphone dans les écoles fondamentales, les maisons relais et les lycées depuis la rentrée 2025/2026.
Le bien-être se détériore
«Nous devons créer, en dehors de l’école, des espaces et des possibilités pour que les jeunes puissent réellement se rencontrer, échanger et vivre ensemble des expériences enrichissantes», a lancé Claude Meisch durant la conférence de presse de ce lundi. Avec ces propositions, le ministre revient sur les transformations opérées dans la vie des plus jeunes.
D’après les résultats du rapport, ils se rencontrent moins physiquement, pratiquent moins d’activités de loisir. En chiffres, on observe que seulement 13,3% des jeunes de 12 à 29 ans rencontrent leurs amis au moins vingt jours par mois. Des phénomènes qui ont des répercussions sur leur bien-être, puisque, depuis 2019, un quart d’entre eux déclarent se sentir moins bien. Un phénomène encore plus important chez les filles, puisque seulement 32,2% d’entre elles se disent en très bonne santé, contre 39% des garçons. Plus inquiétant, 21,3% des jeunes filles déclarent avoir déjà reçu des sollicitations sexuelles non désirées.