Un homme possiblement armé était en fuite après avoir agressé deux jeunes femmes. La police a mobilisé tous ses effectifs pour le retrouver. Une amie l’a exfiltré ni vu, ni connu.
Peppange était en état de siège le 8 novembre 2024. Toutes les patrouilles de police des régions sud et centre, l’unité spéciale, l’hélicoptère et les maîtres-chiens de la police ont bouclé le village à la recherche d’un fugitif armé. La cavale de Marwane s’est terminée deux jours plus tard à Paris à sa descente du train.
«Je voulais me calmer en fumant une cigarette avant de rentrer chez moi. Quand j’ai vu les effectifs de police, j’ai eu très peur», raconte le prévenu à la barre de la 9ème chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. «Je voyais des snipers. J’ai eu peur qu’on me tire dessus. Un article disait que j’étais armé. Rien n’était planifié.»
Le jeune homme s’est terré sur un chantier pendant de longues heures jusqu’à ce qu’une amie vienne l’extraire au nez et à la barbe du dispositif de police, pour le conduire à Nancy chez un ami qui lui aurait prêté 1 200 euros pour continuer sa fuite. «Je savais que j’avais fait une connerie. Je voulais prendre le temps de réfléchir pendant quelques jours avant de revenir au Luxembourg», prétend le prévenu.
La présidente de la chambre criminelle pense pourtant le contraire. «Tous vos faits et gestes prouvent le contraire. Vous n‘étiez pas dans une logique de retour», affirme-t-elle persuadée que l’argent de Marwane provient de la vente des objets subtilisés à ses victimes présumées. La juge l’interroge avec beaucoup de doigté et de calme. Marwane est présenté comme une bombe à retardement à la mèche très courte par les protagonistes de l’affaire.
«L’interrogatoire a été difficile. Le prévenu a un problème avec l’autorité. Il avait des sautes d’humeur extrêmes et paraissait capable de bondir par dessus le bureau pour un rien dès que quelque chose le contrarie», a indiqué un enquêteur du service de répression du grand banditisme de la police judiciaire. Un expert psychiatre se penchera cet après-midi sur l’état psychologique du jeune homme.
«Plus de bus pour rentrer»
Très calme à la barre, Marwane répond à toutes les questions posément. «Je ne comprends pas pourquoi j’ai fait ce qu’on me reproche. J’ai honte. Je ne me reconnais pas», indique-t-il penaud. «C’était un mauvais mélange de drogues et d’alcool. Je ne prenais plus mes médicaments. J’ai eu un épisode psychotique en 2022. J’ai de légers troubles bipolaires et de l’hyperactivité. Les médicaments calment ma tête.»
Le soir du 7 novembre 2024, il se dispute avec Djamila qui lui a annoncé vouloir rompre. Persuadé qu’elle a rencontré un autre homme, il entre en trombe dans la maison, se dispute avec le père de la jeune femme avant de lui asséner un coup de boule et de quitter les lieux. Il y reviendra au cour de la nuit et s’introduira dans la maison où il passera la nuit caché dans le bureau. «Il n’y avait plus de bus pour rentrer», explique-t-il.
Le lendemain, il téléphone à la jeune femme qu’il entend dans la maison. Elle lui affirme être partie en Allemagne chez une amie pour prendre ses distances. Marwane n’aurait pas supporté ce mensonge. «Cela l’a rendu fou. Il nous a déclaré avoir voulu faire du mal à toute la famille», rapporte l’enquêteur. Il a commencé par se saisir d’un sac-à-dos et le remplir d’objets de valeur ayant notamment appartenu à la défunte maman de Djamila, avant de surprendre la jeune femme et sa meilleure amie avec un pistolet qui s’avérera être factice.
Il menace et terrorise les deux amies puis les dépouille de leurs smartphones. Un appel de son père l’a ramené à la raison. «Il m’a dit de les laisser tranquilles et de m’en aller», précise le prévenu. Avant de quitter la maison, il enferme les deux jeunes femmes à double tour. Djamila et son amie se sont portées parties civiles à hauteur de près de 144 000 euros pour la première et de 20 000 euros pour la deuxième.
La présidente s’étonne du comportement de Marwane. «Vous avez eu le sang-froid de vous introduire illégalement dans une maison où vous n’étiez pas le bienvenu. Vous avez eu le sang-froid de fumer un joint pendant que tout le monde dormait», souligne la juge. «Le lendemain, vous saviez pertinemment que Djamila était dans la maison et vous lui téléphonez quand même. Il faut avoir un sacré culot. Ce n’est pas le comportement de quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il fait.»
Ce faisant, il a terrorisé les deux amies ainsi que Tiphaine, une autre jeune femme qui l’accuse de violences physiques et de séquestration à son domicile en août 2024. Elle venait elle aussi de rompre avec Marwane et venait récupérer ses affaires quand elle a croisé Djamila. Marwane nie les coups. «Elle était enceinte.» Il explique avoir cru qu’elle lui avait volé son smartphone. «Il a réapparu dans la cuisine alors je l’ai laissée partir.»