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Eran, eraus… an elo : «Les conditions de détention des femmes sont loin d’être humaines»


Selon Christian Richartz de l'association Eran, eraus... an elo, les droits des femmes sont remis en question en prison. (Photo : archives editpress)

L’association Eran, eraus… an elo se montre choqué par les conclusions du rapport de l’Ombudsman sur la situation des femmes en prison.

Le rapport publié lundi par l’Ombudsman sur les conditions de détention des femmes n’a pas manqué de faire réagir. L’association Eran, eraus… an elo, engagée pour les droits des détenus, a écrit une réaction «claire et immédiate» le soir même. «Je suis vraiment choqué par les résultats de ce rapport. Vraiment choqué que la prison soit toujours un monde sous-optimal, qu’il y ait toujours des problèmes, des frictions et que les chemins pour trouver une solution soient toujours plus difficiles en prison qu’à l’extérieur», confirme Christian Richartz, le président de l’ASBL, contacté par nos soins.

Eran, eraus… an elo critique le manque d’amélioration depuis le premier rapport publié en 2018. «Pendant quasiment dix ans, il n’y a presque pas eu de changements. Je trouve cela grave, pour ne pas dire scandaleux ou honteux», s’alarme Christian Richartz. Il rappelle le cas d’une jeune femme ayant accouché avec les pieds menottés. Un «scandale» révélé dans le rapport de 2018 qui a, certes, permis d’établir une règle sur la question et d’éviter une nouvelle situation similaire, mais qui ne serait pas une «grande» amélioration à applaudir pour autant.

Une négligence politique

Pour le président de l’ASBL, l’absence d’avancées est d’autant plus «incompréhensible» que seules trente-trois femmes sont concernées. «Il y avait à l’époque 600 personnes au CPL, avant que 300 personnes le quittent en 2022 pour aller à Sanem. Mais jusqu’à maintenant, ils n’ont pas réussi à le transformer pour mettre trente-trois femmes dans des conditions adéquates», appuie-t-il. Comme le relève le rapport de l’Ombudsman, les femmes détenues n’ont pas accès à des cellules individuelles, alors que les hommes y ont rapidement accès.

D’autres constats sont, quant à eux, connus depuis plus de trente ans déjà, tels que l’absence de construction de l’unité psychiatrique des soins judiciaires (UPSJ), le travail pénitentiaire des femmes stéréotypé et sans débouché ainsi que l’incarcération d’adultes et de mineures au même endroit, comme le rappelle Christian Richartz. «À notre avis, on ne peut plus parler de lenteur et de retard administratif. Non, c’est vraiment une négligence politique», estime-t-il. Selon lui, les politiciens sont responsables de cette situation.

Des droits remis en question

Les droits des femmes s’arrêtent-ils donc aux portes de la prison? «Il faut bien se mettre à l’esprit qu’une peine prononcée par un juge est une peine privative de liberté. Donc, l’État a seulement le droit d’enlever la liberté, il n’a pas le droit d’enlever à un détenu son travail, sa sexualité, son accès à la culture et j’en passe», explique le président d’Eran, eraus… an elo. Bien qu’il soit réaliste sur la difficulté de garantir tout cela en prison et sur la préservation d’autres droits comme l’accès aux soins médicaux ou à un avocat, Christian Richartz l’atteste : «Certains droits sont quand même remis en question, pour tous les détenus et encore plus pour les femmes.»

L’ASBL est donc d’avis que l’on pourrait faire plus avec plus de volonté. «Il faut faire le plus d’efforts possibles pour garantir les droits des détenus, surtout dans un pays comme le Luxembourg, où les contraintes budgétaires sont quand même moins grandes que dans d’autres pays, afin de respecter les protocoles du Conseil de l’Europe que nos ministres ont signés», juge Christian Richartz. Et il l’assure : ils ne demandent pas de gros projets, rien que des solutions aux petits moyens. «Il faut humaniser le monde carcéral. Et les conditions de détention des femmes sont loin d’être humaines dans tous les domaines.»

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