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Énergie verte : la solution inédite imaginée par Differdange


«Ce projet innovant est très observé par nos partenaires du réseau NetZeroCities», pointe Luc Arend du Service écologique. (Photos : julien garroy)

La Ville de Differdange lancera cet été une appli innovante pour faciliter l’accès à l’énergie photovoltaïque, en connectant les investisseurs avec les foyers qui souhaitent s’équiper mais n’en ont pas les moyens.

L’été prochain, après deux ans de travaux sur ce projet, la Ville de Differdange lancera «Decaff» (Decarbonising Differdange), marquant une étape décisive sur le chemin de sa transition énergétique.

C’est dans le cadre des initiatives européennes Climaborough puis NetZeroCities auxquelles la commune est associée, qu’une nouvelle plateforme va voir le jour avec le but de partager collectivement l’électricité produite sur le territoire.

Luc Arend du Service écologique de la commune, et l’échevine Zenia Charlé (LSAP), nous parlent de cette démarche inédite.

Comment est né le projet «Decaff»?

Luc Arend : C’est une idée qu’on a développée en 2022, en participant à un programme européen. On s’est alors fixé l’objectif de devenir autonome en électricité locale et durable dès 2030, et on a cherché à identifier où étaient les freins du côté des citoyens.

Zenia Charlé : Le problème du coût est clairement apparu. Les gens sont volontaires pour s’équiper en panneaux photovoltaïques mais, malgré les aides, cela représente des sommes conséquentes qu’il faut être en mesure de préfinancer. Sachant qu’actuellement, il y a un an d’attente pour percevoir le remboursement de 62,5% accordé par l’État. Certains ménages ne peuvent pas se le permettre.

Y a-t-il une aide de la commune? 

Z.C. : Oui, bien sûr. Cependant, elle ne peut intervenir avant l’obtention de l’aide étatique. Nous offrons la moitié de la somme accordée par l’État pour une installation, dans la limite de 5 000 euros. Au final, il reste un peu plus de 10% à financer pour les habitants.

L.A. : Pour une facture à 20 000 euros par exemple, l’État prend en charge 12 500 euros, et nous, 5 000. Le ménage aura donc à régler de sa poche 2 500 euros au final, mais c’est un effort financier très important au départ pour nos habitants.

Z.C. : En 2024, 71 ménages differdangeois ont bénéficié d’un subside communal, un record, là où ça plafonnait à une trentaine les années précédentes. Et on sait déjà que ce sera encore plus cette année, certainement autour d’une centaine. Nous avons déjà budgétisé cette hausse, et plus globalement, 7,35% de notre budget en 2025 ira à des projets «climat».

«Il faut être ambitieux, sinon on n’arrive à rien», estime l’échevine Zenia Charlé.

Avez-vous mis le doigt sur d’autres problèmes?

L.A. : On a constaté en parallèle qu’on avait beaucoup de demandes de la part d’habitants pour devenir copropriétaires de panneaux solaires sur le toit du 1535° ou au stade. D’où cette idée de trouver un moyen simple et efficace pour connecter ceux qui souhaitent investir dans la production d’énergie durable et locale avec ceux qui ont besoin d’un coup de pouce pour équiper leur toiture. Une solution inédite qu’on n’a vue nulle part ailleurs à l’étranger.

Concrètement, quelle forme cela va prendre? 

L.A. : Ce sera une application mobile, développée pour nous par deux sociétés européennes, qu’on lancera cet été. On a prévu d’envoyer un courrier aux habitants et de les convier à une soirée d’information sur le sujet prochainement. Il suffira de créer un compte pour obtenir une foule d’informations sur sa propre consommation d’électricité en fonction des données du ménage rentrées par les utilisateurs (combien d’enfants, voiture électrique ou non, combien de luminaires).

L’application pourra soumettre directement les projets des habitants à des investisseurs

L’IA sera également capable d’interpréter ces chiffres pour offrir un suivi personnalisé et guider les habitants comme un conseiller en énergie pourrait le faire. Le photovoltaïque fera partie des conseils dispensés : l’appli pourra juger si c’est une solution adaptée ou pas au logement, si c’est plus intéressant de s’associer aux voisins pour un projet commun quand les logements sont mitoyens. L’application pourra soumettre directement les projets des habitants à des investisseurs, qui prendront en charge les frais d’installation.

Grâce à cette plateforme, les citoyens pourront s’engager dans des communautés énergétiques virtuelles avec un principe simple : lorsque des panneaux solaires produisent plus d’électricité que nécessaire, l’énergie peut être partagée au lieu d’être perdue.

La commune est soutenue par l’Europe pour ce projet? 

Z.C. : Tout à fait, avec une importante contribution financière dans le cadre de Climaborough et NetZeroCities. Nous sommes la seule ville du pays à avoir été sélectionnée pour participer à ce programme européen. Le fait d’être une terre d’industrie engagée dans la transition énergétique a certainement pesé. On est régulièrement sollicités sur la façon dont on attaque ces problématiques en tant que petite commune industrielle.

Quels sont les autres grands projets en cours au volet énergétique?

Z.C. : Sur le territoire, il y a déjà les installations photovoltaïques d’Enovos sur l’étang d’ArcelorMittal et la production électrique par combustion de bois et panneaux solaires sur le site de Kronospan à Sanem. De notre côté, on avance sur le projet de parc éolien, et on a aussi un grand projet de géothermie en grande profondeur à Oberkorn dans le quartier de Lunex et Aquasud. Ce n’est pas pour demain, mais ça progresse.

En 2021, Enovos et ArcelorMittal lançaient la première centrale photovoltaïque flottante du pays à Differdange.