Le secteur comptable luxembourgeois fait face à une pénurie de talents alors que 48 % des professionnels interrogés envisagent de quitter la profession dans les douze prochains mois.
Le secteur de la comptabilité au Luxembourg traverse une période de forte tension sur le marché de l’emploi. Selon une étude commandée par Silverfin auprès de 100 professionnels de niveau intermédiaire à senior travaillant dans des cabinets d’audit et d’expertise comptable, 48 % envisagent de quitter la profession au cours des douze prochains mois, tandis que 44 % prévoient de quitter leur cabinet actuel.
Dans le même temps, les besoins de recrutement restent élevés : 99 % des cabinets interrogés comptent au moins un poste vacant en comptabilité, avec une moyenne de 2,11 postes à pourvoir. Le recrutement prend en moyenne 12,35 semaines.
Des difficultés de rétention
Parmi les professionnels qui envisagent de quitter leur cabinet ou la profession, 40 % citent une réorientation de carrière comme principale raison. Le mauvais équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi que le manque de perspectives d’évolution sont chacun mentionnés par 32 % des répondants. Suivent la charge de travail élevée (28 %) et des approches technologiques jugées dépassées (27 %).
Pour An Maes, CEO de Silverfin, le problème ne se limite pas au recrutement : «La pénurie de talents dans le secteur comptable luxembourgeois n’est pas uniquement un problème de recrutement. Lorsque presque tous les cabinets recherchent des professionnels de la comptabilité alors que près de la moitié de ceux qui exercent déjà le métier envisagent de le quitter, la rétention devient tout aussi importante que l’attraction de nouveaux talents.»
La pression sur les effectifs intervient alors que les attentes des clients augmentent. 78 % des professionnels interrogés indiquent que leurs clients demandent souvent ou toujours davantage de soutien en matière de conseil ou de stratégie que leur cabinet n’est actuellement en mesure d’en fournir. Le conseil représente déjà en moyenne 27,5 % du chiffre d’affaires des cabinets.
Dans le même temps, les professionnels restent mobilisés par des tâches opérationnelles. La réconciliation des écarts dans les données financières est citée par 29 % des répondants comme l’une des principales sources de pression, devant le transfert de données entre différents systèmes (27 %). Le suivi de la réglementation, la collecte et l’analyse de données à des fins de conseil et la facturation des clients sont chacun cités par 25 %.
L’optimisation de ces processus pourrait permettre de dégager du temps. Les professionnels interrogés estiment pouvoir libérer en moyenne 1,6 heure sur une journée de travail de huit heures. 52 % évaluent le gain entre une et deux heures, tandis que 27 % l’estiment à deux heures ou davantage.
«Il existe un lien important entre les capacités et la rétention des talents», estime An Maes. «Lorsque des professionnels hautement qualifiés consacrent une part importante de leur journée à transférer des données entre différents systèmes ou à résoudre des écarts, c’est autant de temps qu’ils ne peuvent pas consacrer à l’analyse des informations, au conseil aux clients ou au développement de leur propre expertise.»
Des professionnels malgré tout optimistes
Malgré ces tensions, l’avenir de la profession est perçu positivement. 83 % des répondants se disent optimistes quant à l’avenir de la comptabilité au cours des cinq prochaines années, contre seulement 4 % de pessimistes. 79 % déclarent par ailleurs qu’ils choisiraient à nouveau de travailler dans la comptabilité s’ils devaient refaire leur choix de carrière aujourd’hui.
À cinq à dix ans, 58 % anticipent une stabilité de la profession et 31 % pensent qu’elle gagnera en importance. Seuls 7 % prévoient un recul.
«En libérant davantage de temps pour l’analyse, le conseil et des interactions à forte valeur ajoutée avec les clients, la technologie peut aider les cabinets à répondre aux attentes croissantes de leurs clients, tout en rendant la profession plus attractive pour les talents actuels et futurs», conclut An Maes. Le message est lancé.