Entre renforcement des effectifs spécialisés et nouvelles procédures de gestion de crise, ces mesures visent à stabiliser l’inclusion scolaire dans les écoles fondamentales du pays.
De nouvelles procédures pour l’inclusion scolaire. Ce lundi, le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch, a présenté une série de mesures visant à améliorer le quotidien des élèves à besoins spécifiques dans les écoles fondamentales du pays. Pour rappel, un enfant à besoins spécifiques est un enfant qui, en raison de particularités physiques, mentales, sensorielles, cognitives ou d’un parcours de vie difficile, nécessite un accompagnement, des aménagements ou des soins supplémentaires pour se développer, apprendre et s’épanouir, au-delà des besoins fondamentaux classiques.
Très attendu, ce plan d’action était réclamé depuis de nombreuses années par les partenaires sociaux. En novembre dernier, le syndicat Éducation et Sciences (SEW) de l’OGBL avait rappelé, à l’occasion d’une conférence de presse, la mise en place de mesures d’urgence. «Dans presque toutes les classes, il y a des enfants au comportement difficile pour lesquels on n’a pas de solution», regrettait Joëlle Damé, enseignante et présidente du SEW-OGBL dans nos colonnes.
Pour répondre à cette situation, le ministère a rencontré en début d’année plusieurs acteurs du terrain pour élaborer un plan d’action. Parmi eux, les syndicats ont été sollicités, tout comme des directeurs d’écoles, les représentants de parents d’élèves ou encore des instituteurs spécialisés dans la prise en charge des élèves à besoins spécifiques. Au total, 140 représentants ont été mis à contribution. «On a beaucoup plus d’enfants à besoins spécifiques que dans le passé. La qualité de ces besoins a également changé. C’est pour cela qu’il fallait réagir», souligne Claude Meisch.
Une exclusion possible de l’élève
Ces nouvelles mesures seront mises en place progressivement sur les trois à quatre années à venir. Parmi elles, une procédure de «gestion de crise» vient d’être créée. D’après le ministère, elle concerne «les élèves à troubles comportementaux traversant une crise émotionnelle aiguë» à l’école et qui peuvent «représenter un danger pour eux-mêmes ou pour autrui».
Dans ce tel cas, deux agents (assistant ou instituteur spécialisé) pourront intervenir immédiatement. Ils pourront ainsi décider d’exclure l’élève du cours et de l’école pendant au maximum trois jours. «Ces crises sont des réalités dans les établissements. C’est pour cela que nous avons souhaité mettre à disposition ces deux nouvelles ressources pour garantir le bon fonctionnement de l’école», souligne le ministre de l’Éducation nationale. Ces enseignants et assistants spécialisés seront, par ailleurs, affectés désormais dans une seule école.
Ces deux nouvelles ressources font ainsi partie d’une vaste campagne de recrutement à destination des enfants à besoins spécifiques. Si ces postes seront pourvus sur plusieurs années, aucun chiffre définitif n’est avancé par le ministère de l’Éducation nationale.
Des centres de compétences plus nombreux
Pour certains élèves à besoins spécifiques, une scolarisation temporaire dans une structure spécialisée reste nécessaire. Au Luxembourg, huit centres de compétences en psychopédagogie existent et sont présents à travers 91 antennes régionales réparties sur l’ensemble du pays. D’ici à 2028, le ministère souhaite porter ce chiffre à 124 au total. En novembre, le syndicat Éducation de l’OGBL avait dénoncé le manque de structures et des listes d’attente «de plus de cent enfants». Une situation que nuance Claude Meisch. «Ce n’était pas nécessairement des listes d’attente, mais on a constaté que certains centres ne répondaient pas aux besoins des enfants (…). Il faut juste éviter que les enfants ne soient pas pris en charge et offrir davantage de places pour éviter des situations de crises aiguës répétées à l’école».
Si pour l’instant ces nouvelles mesures concernent uniquement le cycle fondamental, elles pourraient s’élargir à d’autres établissements scolaires dans le futur, notamment dans les lycées. «Dans ces établissements, cela fonctionne déjà mieux», indique Claude Meisch. Un centre sociothérapeutique destiné aux jeunes de 12 à 18 ans sera, par ailleurs, créé à raison d’un par an.
Contacté, le syndicat Éducation et Sciences (SEW) de l’OGBL explique que ce plan d’action présenté par le ministère de l’Éducation nationale «reste encore flou sur les processus d’application (…). La grande question sera celle des recrutements qui restent toujours difficiles dans ces secteurs», pointe-t-il.
9 245 élèves bénéficient d’une prise en charge
Combien d’enfants sont-ils accompagnés pour des besoins spécifiques? D’après les chiffres recensés sur le nouveau site du ministère sur l’inclusion, environ 12 % des élèves du cycle 1 de l’enseignement fondamental sont pris en charge pour des besoins spécifiques. Un peu plus de 18 % de ces élèves se trouvent dans le cycle 3 de l’enseignement fondamental, catégorie la plus importante. La majorité des enfants pris en charge pour ces besoins sont âgés de 9 à 12 ans. Au total, 9 245 élèves bénéficient d’une prise en charge. Un projet pilote sera lancé dès la rentrée 2027 pour évaluer et diagnostiquer le plus tôt possible les élèves à besoins spécifiques.