Une nouvelle ère commence pour le service de traduction orale historique de l’ASTI lancé il y a 30 ans. Rencontre avec une équipe surmotivée!
Rebaptisé SIMI, pour SIMultan Iwwersetzung fir de vivre-ensemble, voilà l’ancien service de traduction orale directe (TOD) de l’ASTI totalement relooké et doté d’un nouveau site web.
Sa mission sociale, elle, reste inchangée : favoriser l’ouverture et le dialogue entre les communautés du Luxembourg à travers l’accès à l’information pour tous.
«On est loin d’un simple service technique», pointe ainsi Claire Geier, présidente de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés.
«La traduction est cruciale pour la cohésion sociale. Pouvoir recueillir des informations quand on ne maîtrise pas une langue est l’un des piliers du vivre-ensemble. Encore plus aujourd’hui, avec une diversité toujours plus grande.»
- 682 000 personnes vivent au Luxembourg
- 47 % n’ont pas la nationalité luxembourgeoise
- 170 nationalités sont recensées dans le pays
- 70 % des résidents de la capitale sont étrangers
- Les communautés les plus importantes :
Portugais (14 %), Français (7 %), Italiens (3 %)
Sollicité par les associations, les communes, les établissements scolaires, les administrations ou même les ministères, le SIMI assure jusqu’à 600 interventions annuelles, avec une équipe ultramotivée de 30 volontaires.
Une quinzaine de langues disponibles
Plusieurs fois par semaine, ces actifs, étudiants et retraités sillonnent le pays pour aller traduire en simultané des événements publics, des assemblées générales, des conférences, des tables rondes ou des réunions de travail.
«Nos volontaires traduisent du luxembourgeois vers une quinzaine de langues et inversement», précise la coordinatrice du service, Mounia Zerktouni. Toujours en équipe de deux pour se relayer, tant l’exercice de la traduction directe requiert rigueur et concentration.
«Ma mère ne parlait que le darija marocain»
Elle-même parle dix langues et avait à peine 18 ans quand elle a rejoint l’équipe de traduction de l’ASTI en 2010. «Grandir au Luxembourg, c’est parler très vite énormément de langues différentes», sourit-elle.

La présidente de l’ASTI, Claire Geier, entourée de membres du service SIMI. (Photo : christelle brucker)
«Adolescente, je traduisais déjà plein de choses pour ma mère qui ne parlait que le darija marocain. Alors quand on m’a demandé de rejoindre l’équipe, j’ai foncé.»
La jeune femme se remémore les heures passées à s’entraîner à la traduction simultanée, en enregistrant les news de la radio sur des cassettes.
«Ce qui compte, c’est que le message passe»
Une gymnastique cérébrale moins évidente qu’il n’y paraît : «Même quelqu’un qui maîtrise bien les langues n’est pas forcément capable de faire de la traduction directe. Il faut se lancer et tester!»
Elle veut encourager d’autres traducteurs amateurs à s’engager. «On n’est pas des interprètes. Ce qui compte pour nous, c’est que le message passe. Et surtout, en finir avec les réunions en luxembourgeois d’un côté et en français de l’autre. Permettre à tout le monde de participer, n’exclure personne, c’est ça notre moteur.»
Une action qu’elle intègre aussi dans son quotidien, en proposant son aide dès qu’elle voit quelqu’un en difficulté avec une langue.
Mounia Zerktouni indique que c’est durant les élections que le service connaît ses pics d’activité, avec jusqu’à 15 événements la même journée pour les traducteurs. «On est parfois obligés de refuser des demandes.»
Cependant, elle constate que tous les scrutins ne font pas l’objet de la même volonté d’inclusion. «Surchargés lors des communales ou des européennes, nous sommes beaucoup moins sollicités pour les élections législatives», celles-ci étant réservées aux seuls électeurs disposant de la nationalité luxembourgeoise. «Pourtant, une large partie d’entre eux, d’origine étrangère, ne parle pas le luxembourgeois.»
Entre 2011 et 2021, la diversité des langues «a explosé au Luxembourg», notait le Statec dans un rapport de 2023, constatant une hausse de 55 % des «nouvelles langues» sur le territoire, en lien direct avec la croissance démographique.
«Seule une infime partie des immigrés connaît le luxembourgeois. Une partie d’entre eux et surtout leurs enfants vont l’apprendre. Une autre partie va s’intégrer par le biais du français qui reste, à ce jour, la langue la plus parlée sur le marché de l’emploi», expliquait l’institut, qui voyait aussi l’anglais se renforcer.
Semir Nesic : «C'est devenu une vraie passion»
D’origine bosniaque, Semir Nesic est arrivé au Grand-Duché à l’âge de 4 ans. S’il s’est engagé dans le service de traduction «un peu par hasard», il s’est véritablement pris de passion pour cette activité à la fois sociale, solidaire et inclusive.

«J’ai commencé en aidant des familles du Monténégro à comprendre ce qui se disait lors de réunions de parents d’élèves. Et puis, on m’a parlé de l’ASTI et ça fait presque dix ans que j’enchaîne les interventions aux quatre coins du pays!»
Un investissement personnel important, puisqu’il assure ses missions de traduction les soirs et les week-ends – entre trois et cinq par semaine – en plus de son poste administratif à temps plein dans une école.
Alors parfois, les journées s’allongent : «Aujourd’hui, je dois être à 19 h à Esch pour une soirée film et débat. Comme je travaille en ville et que j’habite Echternach, ça ne vaut pas le coup de repasser par la maison, et je sais que je ne serai pas rentré avant 22 h. Mais c’est devenu une vraie passion et ça me porte!»
«Aider, se sentir utile, c’est une sensation incroyable, et puis, une fois qu’on est dans le sujet, c’est parti, on est à fond», décrit-il avec le sourire, en glissant son regret de ne pas avoir fait des études dans ce domaine.
Bon à savoir
Le SIMI refuse toute demande de la part des sociétés commerciales. Le tarif normal pour une traduction orale directe est de 200 euros pour deux heures, frais de route non compris.
Les associations composées uniquement de bénévoles peuvent obtenir des réductions, voire la gratuité. Pour un devis ou si vous avez envie de rejoindre l’équipe en tant que volontaire (indemnisé), contactez le SIMI via son site web.