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Crime au Portugal : Maria n’a rien vu, rien entendu et rien dit


Le procès, initialement prévu sur une semaine, se poursuivra la semaine prochaine. (Photo : archives lq)

Maria est déconcertante. Elle dit tout et son contraire pour se dépêtrer de la situation dans laquelle elle s’est mise, oubliant toute logique ainsi que les éléments objectifs du dossier.

Au cinquième jour du procès, qui devait aussi être le dernier, on n’en sait toujours pas plus sur les circonstances exactes autour de l’empoisonnement de Marco. Pour rattraper le temps perdu lors des interrogatoires, l’affaire criminelle fixée la semaine prochaine a été annulée. Les quatre prévenus ont brouillé les pistes depuis le début de l’enquête et n’apportent pas davantage de clarté à la barre. À force de raconter n’importe quoi, Rosa et sa mère, Maria, ont fini par se perdre dans leurs histoires. Maria se souvient de tout, mais oublie des épisodes essentiels à la découverte de la vérité quand elle ne nie pas avoir su quoi que ce soit.

«Ma fille a plusieurs fois menacé Marco de mort. Je n’ai jamais cru qu’elle passerait à l’acte», témoigne Maria, prévenue dans l’affaire d’empoisonnement de Marco à l’insecticide en août 2021 près de Figueira da Foz au Portugal. Elle assure que «Rosa a menti» et qu’elle n’était pas au courant de ses intentions. Elle fait un récit très détaillé des journées qui ont précédé la nuit du crime. Nuit durant laquelle elle a été réveillée par «quelqu’un qui a heurté la porte de sa chambre».

Marco avait 46 ans quand il a disparu. Photo : police grand-ducale

«La voiture de Rosa n’était plus là.» João et Rosa non plus. «J’ai pensé qu’ils étaient partis quelque part et je suis allée me recoucher.» Contrairement à la version de sa fille, dans la sienne, elle n’aurait pas participé au crime. Le lendemain, João l’aurait menacée de lui enlever sa petite-fille si elle évoquait la disparition de Marco. «J’avais le mauvais pressentiment qu’il était arrivé quelque chose à Marco. João me lançait des regards menaçants», raconte Maria, que cette disparition n’aurait pas inquiétée outre mesure.

Un détail manque cependant dans son récit : l’achat «du remède contre les cafards» avec sa cousine. «Ma cousine m’a dit : « J’espère que Rosa ne va pas faire une bêtise avec. » Elle n’aimait pas João», poursuit la prévenue, qui prétend dur comme fer ne s’être doutée de rien, alors que la veille elle avait vu sa fille essayer de réduire des grains de mort-aux-rats en poudre, selon sa propre déposition au juge d’instruction, et entendu les menaces de mort par le passé. Maria joue les naïves. Sa fille était «une bonne personne incapable de faire du mal» et elle lui faisait confiance.

Tout et son contraire

Elle serait même tombée des nues quand la police grand-ducale s’est présentée à son domicile luxembourgeois. «Nous doutons de votre bonne volonté à nous dire la vérité», l’interrompt la présidente de la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Quand la juge est sur le point de la coincer, elle rejette son attitude sur la peur que lui aurait inspirée João ou tente de détourner l’attention en racontant des histoires sans importance pour le dossier et un brin tirées par les cheveux.

«Vous n’avez sorti cette histoire de menaces de la part de João qu’après des heures et des heures d’interrogatoire, une fois informée de la liaison entre Rosa et lui. Jusque-là, vous avez toujours dit avoir aidé votre fille», lui oppose la juge. Maria a réponse à tout. Le problème : «D’un interrogatoire à l’autre, voire dans le même interrogatoire, vous dites tout et son contraire», assure la présidente. Idem à la barre. «Il ne faut pas croire qu’en brouillant les pistes, nous allons laisser tomber et vous acquitter», la prévient-elle. «Les écoutes téléphoniques ne laissent pas entrevoir que vous étiez si intimidée que cela.»

Des écoutes téléphoniques riches en renseignement

Dans une écoute lue par la juge, Maria informe sa fille qu’elle a conseillé à son petit-fils ce qu’il devait dire à la police sur la nuit du crime. «João a tout fait. Avant qu’il entre dans nos vies, tout allait bien», glisse Maria, qui semble lui en vouloir pour sa trahison. «Vous avez conseillé à votre fille de se trouver un homme riche. Elle vous a demandé si elle serait obligée de le jeter dans la Moselle cinq ans plus tard», poursuit la juge en citant les écoutes téléphoniques.

Elles renferment de nombreux renseignements à confirmer. Comme le partage de l’argent de l’assurance vie, leurs réactions à l’appel à témoins de la police pour retrouver Marco, une remarque sur le fait que «dans l’estomac, on trouve toujours», entre autres. Maria crie aux mensonges et nie les évidences. La juge propose de diffuser certaines écoutes lors de la prochaine audience, mardi prochain.

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