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Condamné pour grivèleries : « Aujourd’hui, je paie les restos »


Il y a eu des restaurants huppés de la place d'Armes, une chaîne de restauration rapide, des pizzerias, brasseries, restaurants asiatiques... sans oublier la Schueberfouer ! (archives Editpress)

Un quinquagénaire qui avait écumé plus d’une bonne adresse sans payer entre 2015 et 2018 comparaissait lundi matin devant la Cour d’appel.

« Il y a tellement de faits que l’on en a presque le vertige », constatait la présidente de la Cour d’appel en s’emparant du dossier.

Un cognac, un cordon bleu, un crumble, deux pinots gris, une bouteille de San Pellegrino, un expresso… Romain dégustait ses repas au restaurant. C’est le moins que l’on puisse dire. En général, il n’hésitait pas non plus à terminer avec un digestif. Sauf qu’au moment de payer l’addition il faisait savoir qu’il n’avait pas d’argent. Entre fin 2015 et janvier 2018, le quinquagénaire avait ainsi écumé plus d’une bonne adresse. Midi et soir. Trente-cinq fois au total.

Il y a eu des restaurants huppés de la place d’Armes, une chaîne de restauration rapide, des pizzerias, brasseries, restaurants asiatiques… sans oublier la Schueberfouer ! Il n’y a pas que dans la capitale que Romain a sévi. Tout le pays y est passé : Mersch, Grevenmacher, Junglinster, Esch-sur-Alzette, Rumelange, Schifflange, Wormeldange, Remich… Et chaque sortie avait son prix. Cela allait de la simple consommation de quelques euros au menu complet de plus de 80 euros.

«Est-ce que Monsieur se fait toujours aujourd’hui des bons restos ?», s’est ainsi intéressé la présidente lundi. La réponse ne s’est pas fait attendre : «Aujourd’hui, je paie.»

Son curateur ne lui filait pas assez d’argent…

Ce n’est pas l’argent qui manquait à cet ancien enseignant, âgé aujourd’hui de 59 ans. Sa rente d’invalidité s’élevait à 4 000 euros par mois et il avait 500 000 euros sur son compte d’épargne… Mais son curateur ne lui passait pas assez d’argent de poche à son goût. Avec ses grivèleries, le quinquagénaire, placé sous tutelle, comptait manifester son mécontentement. Après avoir fini son repas, il ne prenait pas les jambes à son cou. Souvent, quand il annonçait qu’il ne pouvait pas payer la note, la police arrivait sur place: «Je lui expliquais que mon curateur me traitait injustement. Et que je n’avais pas envie de souffrir de cette mesure jusqu’à la fin de mes jours», avait-il déclaré à la barre lors du premier procès.

À entendre son avocat, Me Daniel Baulisch, tout est rentré en ordre aujourd’hui. Avec son nouveau curateur, qu’il a depuis près de deux ans, tout fonctionnerait à merveille. Et de renchérir : «Les additions, il les a toutes payées aujourd’hui.» En interjetant appel, le quinquagénaire espérait donc une réduction de peine. Et l’extinction des poursuites pour les huit premiers faits tombant encore sous l’ancienne loi, en vigueur jusqu’en mars 2016. «En cas de paiement avant l’audience, l’action publique s’éteint», a souligné la défense. «Lors du procès en première instance, il n’avait encore rien réglé. Donc c’était une autre donne à l’époque», s’est permise d’intervenir la présidente.

Si Me Baulisch a plaidé pour une simple amende, la représentante du parquet général s’est opposée à une telle réduction de peine : «On ne parle pas d’une ou deux grivèleries. Même si, pour certaines, l’action publique est désormais éteinte, il en reste toujours une ribambelle, 28 au total !» Et d’insister: «Ce n’est pas la première fois qu’il va au resto et ne paie pas.» Elle a demandé la confirmation de la peine prononcée en première instance, fin juin dernier, à savoir les 9 mois assortis du sursis probatoire avec l’obligation de se soumettre à une traitement psychiatrique. Pour ce qui concerne l’amende qui s’élevait à 5 000 euros, elle se rapporte à prudence de justice. «Car entre-temps, il a fait l’effort de régler les additions.»

Prononcé le 27 mai.

Fabienne Armborst

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